Brésil : Lula a gagné, le plus dur commence
Réélu contre les pronostics, le président brésilien retrouve un pays coupé en deux et un Congrès dominé par ses adversaires.
Contestation du scrutin, dette et pressions américaines : son quatrième mandat s’annonce comme une bataille permanente.
Les fumigènes rouges peuvent bien embraser l’avenue Paulista : Lula n’a pas gagné la paix. Avec 51,79% des suffrages contre 48,21% à Flavio Bolsonaro, dimanche 25 octobre, il a arraché un quatrième mandat au terme d’une remontée spectaculaire. Mais la mobilisation qui a sauvé sa présidence ne lui donne ni majorité parlementaire ni répit. Le bolsonarisme a perdu l’élection présidentielle. Pas sa puissance.
Une défaite que Bolsonaro refuse
Premier front : la légitimité du scrutin. Flavio Bolsonaro annonce qu’il demandera son annulation. Il exploite la prolongation de deux heures des opérations électorales, décidée à trois minutes de la fermeture prévue, après des perturbations des transports et des pluies diluviennes. Certains bureaux, déjà fermés, n’ont pas rouvert. Un désordre réel, mais qui ne démontre pas une fraude. Le politiste Marco Teixeira, cité par Le Monde, estime que les votes tardifs n’auraient pas suffi à inverser le résultat
Le danger est politique : installer le soupçon, transformer chaque décision judiciaire en preuve de partialité, entretenir une mobilisation contre le vainqueur. Avec près de la moitié des suffrages, le fils de Jair Bolsonaro dispose d’une base considérable. Lula devra défendre son mandat tout en gouvernant ceux qui le récusent.
Le Parlement, forteresse de la droite
L’obstacle le plus solide n’est pourtant pas dans la rue. Il siège à Brasilia. Le Parti libéral de Bolsonaro et les cinq formations qui l’ont soutenu disposent de 286 députés sur 513 et de 51 sénateurs sur 81. Le camp progressiste ne rassemble que 124 députés et 15 sénateurs. Le président a remporté le pouvoir exécutif ; ses adversaires disposent des majorités législatives.
Pour faire voter ses textes, Lula devra chercher des défections, négocier avec le « Centrao », ces partis du centre droit habitués à monnayer leur soutien, et multiplier les compromis. Or les parlementaires contrôlent une part croissante du budget fédéral : moins dépendants de l’exécutif, ils peuvent lui résister davantage. Le risque est celui d’un mandat où chaque réforme coûtera cher, politiquement et budgétairement.
Des promesses sous contrainte
Lula doit aussi résoudre une équation redoutable : protéger les plus pauvres sans laisser dériver les comptes. La dette publique dépasse 82% du produit intérieur brut, après une hausse de plus de dix points pendant son mandat actuel. Les taux d’intérêt élevés renchérissent son financement. Et le gouvernement ne prévoit que 2,3% de croissance l’an prochain.[
Les engagements sociaux renforcés pendant la campagne vont donc rencontrer le mur budgétaire. Réduire les dépenses expose Lula à décevoir ceux qui l’ont sauvé ; augmenter les recettes suppose d’affronter un Congrès rétif. Ses conseillers veulent notamment réduire les avantages fiscaux, mais les parlementaires ont déjà résisté à ces mesures. Le piège se referme : les concessions nécessaires pour gouverner peuvent affaiblir le programme pour lequel il a été réélu.
Tenir tête, préparer l’après
À l’extérieur, Lula revendique une souveraineté que Donald Trump entend contraindre. « Le Brésil n’est l’arrière-cour de personne ! », a-t-il lancé. Derrière la formule se joue notamment la relation avec la Chine, premier partenaire économique du pays, que Washington cherche à évincer d’Amérique latine. Défendre cette autonomie sans aggraver les tensions commerciales sera un autre exercice d’équilibriste.
Reste enfin l’après-Lula. Il aura 81 ans le 27 octobre et ne pourra briguer un troisième mandat consécutif. Sa victoire souligne autant sa force personnelle que le défi de sa succession. Il lui faut désormais transformer un barrage électoral en capacité d’action durable. Le sursaut a empêché le retour des Bolsonaro au palais présidentiel. Il n’a abattu aucun des obstacles qui attendent Lula.
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