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Canicule : le chaudron européen

publié le 07/07/2026 par Pierre Feydel

L’Europe suffoque sous des températures inédites : des milliers de morts, des économies fragilisées et un continent qui découvre le prix réel de la chaleur extrême

Gouvernements sous pression

La France suffoque, mais l’Europe étouffe. À peine la canicule de fin juin s’essouffle, que celle de juillet s’installe. Partout, les gouvernements sont assaillis de demandes d’aides et de reproches pour n’avoir pas anticipé une telle situation. L’inquiétude est d’autant plus grande que des records de température ont été enregistrés du Royaume-Uni jusqu’à l’Ukraine, de la Suède à l’île de Malte. La canicule va provoquer des milliers de décès surtout parmi les personnes âgées, des noyés, des suppressions de manifestations sportives ou festives, des modifications des horaires de travail, une forte augmentation du télétravail, des perturbations dans les transports, des pannes d’électricité, une multiplication des incendies.

Les inconvénients mineurs côtoient les catastrophes et les drames. Chaque citoyen est plus ou moins frappé d’une façon ou d’une autre. Et le coût financier des canicules de cet été 2026 risque d’être important pour les finances des États. L’assureur Allianz Trade a produit une étude qui prévoit pour la France une perte cumulée pouvant atteindre 7% du PIB imputable à des canicules entre 2026 et 2030

L’arc méditerranéen en flammes

En ce début juillet, ce sont les feux de forêt qui inquiètent le plus au sud-ouest du continent. Au Portugal, le mercure atteint 44°. La dernière canicule a desséché une végétation rendue particulièrement inflammable. 10 000 hectares ont déjà été ravagés cette semaine. Le pays a demandé l’aide de ses voisins espagnol et marocain. L’agence météorologique locale a placé 12 districts sur les 18 que compte le territoire national en alerte rouge. Dans le sud du pays, des brasiers font rage dans la région de Setúbal. En Espagne, 2 200 hectares ont brûlé sur la Costa Brava. Le gouvernement a réclamé l’appui de l’armée.

Incendies en France, Grèce, Italie, Albanie…

Des incendies se sont déclarés en Albanie, en Bosnie, en Italie, en Grèce. En France, dans les Pyrénées-Orientales, le Gard, la Drôme, les sinistres se multiplient. Des dizaines de foyers se déclarent. Tout le pourtour méditerranéen de l’Europe est menacé. Reste une évidence : des chaleurs à plus de 35 degrés sont plus supportables par les populations et les économies en Grèce ou en Italie qu’au Danemark ou au Royaume-Uni.

Le Nord découvre la « chaleur extrême »

L’agence météorologique britannique, Met Office, a dû lancer une alerte rouge pour « chaleur extrême ». Jamais le Royaume-Uni n’avait subi de telles températures, supérieures au record de 35,6° relevé à Southampton en juin 1976. Plus de 100 millions d’Européens sur les 450 que compte l’Union ont été touchés par des chaleurs à plus de 35 degrés. L’Europe centrale souffre particulièrement. En Autriche, la température a atteint 39° à Vienne. En Hongrie, le travail à domicile a été imposé. Dans le centre du pays, on a relevé 41,8°. Le Premier ministre a demandé aux églises d’ouvrir leurs portes ainsi qu’aux institutions publiques climatisées. Il est interdit de remplir les piscines ou d’arroser les jardins. En Pologne, les autorités ont compté 56 noyades et enregistré 41° dans le sud du pays. En Bosnie, en Albanie, au Kosovo, la situation est comparable.

Ukraine, la guerre, 38°, pas d’électricité,

L’Ukraine, dont les infrastructures énergétiques ont été très endommagées par les bombardements russes, voit une température à 38° provoquer de graves coupures de courant. Pour autant, dans les Balkans, des mesures d’interdiction de la consommation d’alcool, de fermeture d’écoles ou d’annulation de festivals n’ont pas vraiment été prises.

Un choc durable pour les économies européennes

Les événements climatiques extrêmes handicapent sérieusement et pour plusieurs années l’économie des pays qui les subissent. Dans une étude, la Banque centrale européenne note que les chaleurs estivales font baisser l’activité économique de 1% la première année, puis de 1,5% les deux suivantes. De même, quatre ans après une sécheresse, l’activité économique baisse encore de 3%. L’agriculture est une des activités les plus touchées. Elle produit moins. Et, du coup, les prix alimentaires grimpent. La calamité des canicules ne peut donc être considérée comme un mauvais moment à passer. D’autant qu’elles risquent de se répéter au cours des années à venir.

La chaleur, « tueur silencieux »

Quant à la mortalité, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a enregistré depuis quatre ans le décès de 200 000 personnes en Europe des suites de chaleurs extrêmes. Les pays les plus touchés sont l’Allemagne, l’Espagne, la Grèce et l’Italie. Le Dr Hans Henri P. Kluge, directeur de l’OMS pour l’Europe, explique : « L’Europe se réchauffe plus rapidement que tout autre continent et nous le payons au prix de vies humaines. Cela doit cesser. La chaleur est un tueur silencieux, mais ce n’est pas une fatalité. »

Bruxelles…inerte

Reste que l’Union européenne a donné un fort coup de frein à son plan vert de transition écologique. Pas une bonne idée au vu de la situation climatique. D’ailleurs, jusqu’à présent, Bruxelles reste étrangement silencieuse sur le phénomène des canicules et leurs dégâts.


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