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Ces fous de Dieu qui gouvernent le monde

publié le 12/05/2026 par Jean-Paul Mari

Si le XXIᵉ siècle a su fabriquer l’intelligence artificielle, il a laissé prospérer un obscurantisme religieux qui sert désormais de logiciel aux chefs d’état

Si le XXIe siècle a inventé l’intelligence artificielle, il n’a pas jusqu’ici réussi à élaborer un système d’imbécillité artificielle intégrant l’obscurantisme, la mégalomanie et le fanatisme. D’autant que ce que l’on croyait réservé aux couches incultes de la société est désormais l’apanage des plus grands dirigeants de la planète.


Star incontestée, l’inévitable Donald Trump, président de la très grande Amérique, rejoue « Jésus revient » sur une photo publiée par son divin réseau social. On l’a vu en robe blanche, ceinture rouge, surmonté d’une auréole lumineuse, sa main droite posée sur le front d’un mourant. En arrière-plan, une femme éplorée, des soldats, des aigles et la Statue de la Liberté.


Deux jours plus tard, nouvelle image, Jésus enlace Trump, joue contre joue. La légende dit : « Ne semble-t-il pas, avec tous ces monstres sataniques, démoniaques, sacrifiant des enfants… que Dieu joue sa carte Trump ! » Le problème est que, loin d’être un cas pathologique isolé, le fol ondulé messianique est entouré à la Maison-Blanche de la 8e tribu des frappadingues.

Comme Paula White-Cain, la bien nommée, à la tête du Bureau de la foi depuis février 2025, qui diffuse des séances de chamanisme pentecôtiste en plein délire : « J’entends le son de la victoire ! Victoire, victoire, victoire ! Des anges sont délivrés et envoyés d’Afrique et d’Amérique du Sud au nom de Jésus ». Paula White appelle à frapper le sol pour écraser les ennemis, la « confédération démoniaque » du Parti démocrate. En transe, la voilà qui parle en langues, glossolalie, pendant qu’un homme en caleçon tourne autour d’elle.

Trump lui-même avait qualifié sa campagne 2024 de « croisade contre les athées, les globalistes et les marxistes », comparé son adversaire Kamala Harris à « la grande prostituée de Babylone » et il vient de lancer en pleine Semaine sainte une bible à 59,99 dollars, mélange de bible, de déclaration d’indépendance et de chants patriotiques, en criant : « Make America Pray Again ».

La guerre froide ayant cédé la place à une guerre des bénitiers, Vladimir Poutine n’est pas en reste. Il se dit un nourrisson « baptisé en secret », porte depuis l’enfance la croix offerte par sa mère et qualifie la force nucléaire russe de pilier de la sécurité garantissant la santé morale du pays.

Lors du carême orthodoxe, le patriarche Kirill de Moscou a affirmé que l’Occident testait les lois naturelles de Dieu en imposant la Gay Pride comme condition aux aides économiques.

La lutte contre le péché justifie donc la guerre, une « démarche de rédemption », une lutte pour « le salut de l’homme », qui déterminera quelle place chaque homme occupera « à droite ou à gauche de Dieu le sauveur ».

Bien sûr, et sans surprise, il y a l’Iran, mais comment en vouloir au parti de Dieu? Même si Ahmadinejad a conclu son intervention à la tribune de l’ONU en 2005 en implorant « le retour du Douzième imam », le Mahdi, et affirmé avoir été entouré d’un « halo de lumière » pendant son discours.

Son adversaire le plus féroce, Israël, a lui aussi dérapé sur la même pente céleste. Avant l’offensive terrestre contre Gaza, Benjamin Netanyahou a cité un verset du Deutéronome : « Souviens-toi de ce qu’a fait Amalek » (dans la Bible, l’ennemi absolu des Israélites, voué à l’anéantissement total et intergénérationnel). Netanyahou a nié l’annonce d’un génocide mais son ministre Smotrich, autre esprit plutôt enflammé, a repris la même citation : « Tu effaceras le souvenir d’Amalek. »

États-Unis, Russie, Iran, Israël, Chine… reste la Chine, adepte des formulations douces comme la Route de la soie pour masquer son implacable brutalité. Xi Jinping a obligé les prêtres catholiques à retirer la croix des bâtiments, à censurer les textes bibliques et à prêcher l’idéologie du Parti à la place de l’Évangile.

Et Dieu dans tout ça?  Le voici, comme l’a noté l’évêque de Wenzhou : « Xi dirige une campagne visant à construire un dieu. Et le Dieu, c’est lui. » Livres, dessins animés, chansons et chorégraphies célèbrent les « Pensées de Xi » et les moines bouddhistes sont désormais requis de méditer sur ses textes plutôt que sur ceux de Bouddha.

Dieu est mort. Les fous de Dieu, nos dirigeants, sont de retour.


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