Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Chaos mondial : les scénarios du pire

publié le 03/04/2026 par Pierre Feydel

Une guerre Iran–États-Unis qui dérape, fracture l’économie mondiale et rebat l’ordre géopolitique au profit de Pékin… le pire n’est jamais sûr?

Une dérive stratégique assumée

C’est un politologue franco-libanais, Antoine Basbous, fondateur de l’Observatoire des Pays arabes, grand spécialiste du Moyen-Orient, qui a le plus cruellement résumé la situation: « la plus grande puissance du monde a mis, à sa tête, le plus petit cerveau stratégique du monde. » Opposer une nation du poker à une vieille civilisation inventrice du jeu d’échecs était sans doute hasardeux. La première bluffe, tandis que la seconde calcule dix coups d’avance. La puissance contre l’intelligence. Comme si les Américains n’avaient rien appris du Vietnam. Plus le président des États-Unis perd de crédit auprès de sa population, plus il accélère sa fuite en avant militaire. Le point culminant de ce délire guerrier est  atteint le 11 avril, lorsque Donald Trump déclenche une offensive terrestre contre la République islamique.

Invasion et enlisement

La 82e aéroportée et ses hélicoptères se ruent sur l’île de Kharg, le terminal pétrolier d’où s’écoulent 90 % des exportations iraniennes de brut. Les Marines partent à l’assaut des îles du détroit d’Ormuz. La bataille dure plusieurs semaines au prix, de part et d’autre, d’énormes pertes. La République islamique célèbre ses martyrs. Les États-Unis pleurent leurs centaines de morts ines. Le spectacle de corps de GI et de prisonniers américains maltraités, fait le tour des écrans de la planète. La cote de popularité de Donald Trump achève de s’effondrer, passant sous 25 %. Wall Street continue de dévisser. Et le dollar chute.

Trump perd les élections mais le mal est fait

De plus en plus d’élus républicains au Congrès manifestent leur désaccord, de peur que les élections de mi-mandat leur soient fatales. Le président a beau crier victoire en plantant la bannière étoilée sur les îles du golfe Persique, plus personne n’accorde le moindre intérêt à ses propos. Les infrastructures pétrolières et militaires des îles ont certes été détruites, mais les forces armées iraniennes ont repris le terrain. Résultat : un détroit d’Ormuz est plus fermé que jamais et les installations pétrolières de Kharg en partie détruites. L’offre de pétrole réduite dans le monde provoque une nouvelle flambée du prix du baril, qui dépasse 150 dollars fin 2026. Le gallon aux États-Unis augmente à plus de 5 dollars à la pompe. Certes, Trump a perdu les élections de mi-mandat, sa capacité de nuisance est sérieusement réduite. Mais le mal est fait.

Le choc énergétique mondial

Crise énergétique, puis crise économique doublée d’une crise financière, les victimes du chaos sont innombrables. La hausse des prix, et parfois la pénurie d’hydrocarbures, affectent l’industrie des engrais, des plastiques, les transports aériens ou routiers, etc. Et dès la fin avril, les conséquences sont flagrantes. Pénalisés par la flambée des prix des fertilisants, les agriculteurs américains, majoritairement électeurs de Trump, font de mauvaises récoltes. La situation est bien pire en Afrique ou en Asie, avec des risques de famines dénoncés par la FAO, l’organisme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les agriculteurs australiens ont dû réduire les récoltes, voire renoncer aux cultures pour deux ans. Nombre d’exploitations ont disparu. On craint la fin de sa sécurité alimentaire.

Manque de plastique et hausse de l’aluminium

La hausse des prix du plastique a fragilisé toutes les entreprises de la plasturgie, et aussi tous les secteurs utilisant ces produits : automobile, emballage, jouet, habillement, construction… Des entreprises ferment. Le chômage augmente. La destruction des équipements industriels de l’Iran par la coalition israélo-américaine a provoqué une réaction symétrique des Iraniens. En attaquant avec des drones les fonderies d’aluminium du Bahreïn et des Émirats arabes unis, ils ont aussi provoqué une hausse considérable des prix de ce métal, à plus de 4 000 dollars la tonne, : fin 2026. L’aluminium est abondamment utilisé dans l’automobile, l’aérospatiale, le ferroviaire, la construction, le transport de l’énergie, l’emballage. La guerre d’Iran a-t-elle ruiné le monde ?

Une économie mondiale à l’arrêt

En 2027 et 2028, la croissance mondiale a reculé, restant durablement en dessous de 3 %. L’inflation, elle, a progressé en faisant des pics à plus de 2 %. L’Asie du Sud-Est est particulièrement touchée. En Europe, l’Allemagne, pour ne citer qu’elle, a dû dès 2026 renoncer à ses espoirs de sortir de la récession avec plus de 2,8 % d’inflation et une croissance qui se traîne à 0,6 %, deux fois moins que prévu qu’avant les hostilités. L’industrie allemande, handicapée par un prix du gaz effarant et par un prix de l’électricité quatre fois supérieur à celui payé en France, souffre. Des usines ferment.

Un Moyen-Orient sous tension permanente

Lorsqu’à la fin du printemps 2026 Donald Trump décide d’un cessez-le-feu avec l’Iran, puis d’un retrait de ses forces, affirmant qu’il a atteint tous ses buts de guerre, la consternation est générale. Il ment. Il ne récupérera pas l’uranium enrichi iranien, qu’il affirme être enterré par les bombardements dans les sites. Après son échec dans les îles du golfe, plus question de monter une opération terrestre pour aller chercher les fûts qui contiennent l’uranium enrichi. La capacité de tir de l’Iran n’est pas entamée. Jusqu’au bout, des missiles se sont abattus sur Israël et les États du Golfe. Et le peuple iranien n’est pas du tout débarrassé de la dictature qui l’oppresse. Trump a éliminé les têtes, pas le système. Tel-Aviv a, lui aussi, dû arrêter ses frappes. Le ressentiment à l’égard des Américains est puissant.

Iran : répression féroce et menace de guerre civile

À Téhéran, le pouvoir crie victoire. Mais dans le pays, la guerre civile couve. Aux attentats de la résistance répond une répression féroce du pouvoir. L’ensemble de la région est déstabilisée. En Irak, les milices chiites multiplient les attaques contre le pouvoir et les autres confessions. Situation identique en Syrie et au Liban, dévasté par les frappes israéliennes. Les accords d’Abraham, la tentative trumpienne de rapprocher pays arabes et Israël, sont caducs. La rue arabe a manifesté sa joie à l’annonce d’une victoire iranienne. Du coup, les monarchies font profil bas tout en manifestant à l’égard des États-Unis, qui les ont si mal défendus, une distance hautaine. Les Émirats arabes unis, le Koweït ont renforcé leurs liens militaires et économiques avec la France. Ces pays tentent de se relever de la perte d’une partie de leurs infrastructures pétrolières et gazières, de l’effondrement du secteur touristique.

La bascule vers Pékin

Au Moyen-Orient, en Asie et partout dans le monde, la parole américaine d’un Trump très affaibli ne vaut plus grand-chose. En Europe, le « trumpisme » plus ou moins affiché des extrêmes droites leur a coûté cher. Jordan Bardella a perdu in extremis les élections présidentielles de mai 2027 face à un Édouard Philippe revigoré par une campagne très gaullienne. Mais le grand gagnant de ce tournant du siècle, c’est la Chine. Pékin, après des mois de tractations, menaces, promesses, a obtenu la réouverture du détroit d’Ormuz.

En échange, sans doute, d’une acceptation tacite par la communauté internationale de la récupération de Taïwan. Les Américains n’ont pas eu droit au chapitre. Désormais, Pékin apparaît comme la puissance garante de l’équilibre mondial. Et Trump, l’éléphant qui transporte son propre magasin de porcelaine, passe pour ce qu’il est : un dangereux « loser ».


Tous droits réservés "grands-reporters.com"