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Chili : le retour de Pinochet?

publié le 20/11/2025 par Régis Poulain

35 ans après le départ de Pinochet, l’extrême droite est aux portes du pouvoir au Chili

L’extrême droite aux portes du pouvoir

Le premier tour de l’élection présidentielle est sans appel : les voix de la droite dure approchent la moitié des suffrages, propulsant au second tour le candidat José Antonio Kast (24 %). Candidat pour la troisième fois, il fera face, le 14 décembre, à la candidate du front progressiste allant du centre droit au Parti communiste, Jeannette Jara, ancienne ministre du Travail (26 %).

Une Constitution introuvable, un pays en suspens


Le Chili ne semble pas sorti de la crise politique et institutionnelle : l’actuelle Constitution, héritée de Pinochet, avait été au centre de la révolte sociale de 2019. La capitale avait été bloquée et le président avait dû se soumettre à la convocation d’une assemblée constituante. Or, le peuple chilien a refusé coup sur coup les deux projets de constitution : la première étant très favorable aux droits des minorités et la seconde, au contraire, un ressucé de la dictature.
Le président Boric, que la Constitution empêche de se représenter, a tout misé sur cette réforme dont l’accouchement, repoussé sine die, l’a entravé jusqu’à la fin de son mandat. Le climat institutionnel demeure instable.

Une droite dure décomplexée, un héritage assumé

Car derrière le clivage entre l’ancienne ministre du Travail de gauche et le fils d’un nazi de la Wehrmacht, ce sont également les dissensions latino-américaines qui transparaissent. Trumpiste dans l’âme, ce père de neuf enfants se veut le défenseur du Chili face aux 337 000 immigrés illégaux (la plupart vénézuéliens) qu’il accuse de l’augmentation de la criminalité.
Économiquement, Kast est dans la lignée du néolibéralisme qui a fait du Chili l’un des pays les plus riches du continent, mais également l’un des plus inégalitaires du monde.
63 % des électeurs ont placé la « criminalité violente » au sommet de leur priorité. S’inspirant du dictateur du Salvador, Nayib Bukele, il veut rétablir l’ordre dans un Chili qu’il estime au bord du gouffre — alors que le taux d’homicides est l’un des plus faibles d’Amérique du Sud.

Richesse nationale, pauvreté sociale

Au contraire, Jara veut un renforcement de l’État social, alors que la gauche est sur la défensive chez ses voisins : Javier Milei a triomphé aux élections de mi-mandat en Argentine, et la droite a ravi la Bolivie des mains de la gauche, où elle gouvernait depuis vingt ans.

Diminuer les impôts et de miner la frontière pour dissuader les immigrés

Pendant l’entre-deux-tours, l’économiste Franco Parisi apparaît comme le faiseur de rois. Candidat d’une partie des classes moyennes, il a obtenu 19,7 % des voix, presque le double des prédictions des sondages. Populiste, il promettait de diminuer les impôts et de miner la frontière pour dissuader les immigrés illégaux.
Il souhaite faire monter les enchères avant de se déclarer pour l’un ou l’autre des candidats.
Le ballottage défavorable de la gauche pourrait refermer l’un des derniers chapitres progressistes actuellement en cours d’écriture en Amérique latine.


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