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Chine : Xi JiPing purge l’armée

publié le 05/02/2026 par grands-reporters

Le dirigeant chinoins renforce son contrôle personnel mais fragilise le commandement militaire, au moment où la question stratégique de Taïwan devient brûlante

Une armée politisée

Depuis plus d’une décennie, Xi Jinping mène une entreprise méthodique de reprise en main de l’armée chinoise. Officiellement, il s’agit de lutter contre la corruption et d’accélérer la modernisation militaire. Dans les faits, ces purges répétées dessinent un autre tableau : celui d’une armée profondément politisée, amputée de plusieurs de ses chefs les plus expérimentés, au moment même où Pékin affiche ses ambitions les plus risquées, au premier rang desquelles l’annexion de Taïwan.

Le dernier épisode en date a marqué les esprits. En janvier, Xi Jinping a décidé de démettre de leurs fonctions le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale et figure clé de l’appareil de défense, ainsi que le général Liu Zhenli. Les deux hommes, parmi les plus hauts gradés de l’Armée populaire de libération, ont été accusés de « violations graves de la discipline et de la loi ». Le motif exact reste flou. Un éditorial du journal de l’armée a évoqué des faits de corruption et une atteinte à l’autorité du président, sans davantage de précisions. Une formulation suffisamment vague pour laisser supposer des désaccords stratégiques ou des frictions sur la mise en œuvre des objectifs fixés par Xi Jinping.

Une purge accélérée à l’approche de 2027

Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Xi Jinping n’a cessé d’éliminer des officiers supérieurs, brisant progressivement les réseaux hérités de ses prédécesseurs. Mais l’ampleur et la cadence des évictions récentes constituent un tournant. « Xi a tout rasé », résume John Culver, ancien analyste de la CIA et aujourd’hui chercheur associé à la Brookings Institution. Après avoir tenté des réformes progressives en laissant une certaine autonomie à l’armée, le dirigeant chinois semble avoir conclu que cette méthode avait échoué. Il privilégie désormais une loyauté sans faille, quitte à sacrifier l’expérience et la continuité du commandement.

Cette accélération n’est pas anodine. Pékin s’est fixé l’horizon de 2027 pour atteindre son objectif officiel de modernisation militaire. Selon plusieurs responsables du renseignement américain, cette échéance correspondrait aussi au moment où la Chine ambitionnerait de disposer d’une capacité crédible pour envahir Taïwan. Or, c’est précisément à l’approche de cette date que le sommet de l’armée est profondément déstabilisé.

Un commandement fragilisé par la peur

En trois ans, des dizaines de généraux et d’amiraux ont été écartés ou placés sous enquête. Le problème n’est pas seulement quantitatif. Former, promouvoir et éprouver une nouvelle génération de chefs militaires prend du temps. Déjà, certains exercices militaires publics annuels ont été reportés ou réduits, signe inhabituel pour une armée qui met traditionnellement en scène sa montée en puissance.

Le risque le plus sérieux, soulignent plusieurs analystes, est celui d’un commandement tétanisé. Dans un système où la disgrâce peut tomber brutalement, la tentation est grande de se conformer à la ligne politique plutôt que de livrer des évaluations militaires honnêtes. Drew Thompson, ancien responsable du Pentagone, met en garde contre ce danger : si Xi Jinping reçoit des conseils biaisés de généraux soucieux de leur survie politique, le risque d’erreur de calcul stratégique augmente considérablement.

Une capacité opérationnelle intacte à court terme

À court terme, toutefois, la machine militaire chinoise continue de fonctionner. En décembre, de nouveaux commandants ont été nommés à la tête de plusieurs théâtres d’opérations, dont celui chargé des actions autour de Taïwan. Quelques jours plus tard, cette région militaire conduisait des manœuvres de grande ampleur autour de l’île, démontrant une capacité de mobilisation intacte.

Selon David Finkelstein, chercheur au Center for Naval Analyses, la structure même de l’Armée populaire de libération limite l’impact immédiat des purges décidées à Pékin. La préparation opérationnelle repose largement sur les commandements régionaux, relativement autonomes. Les têtes tombent au sommet, mais l’appareil militaire demeure capable d’agir.

Une erreur de calcul sur Taïwan?

Reste une inconnue majeure : la qualité des décisions prises au sommet de l’État. En cherchant à contrôler chaque rouage, Xi Jinping renforce indéniablement son pouvoir personnel. Mais il affaiblit peut-être la capacité de son armée. Dans le dossier taïwanais, où une erreur de calcul pourrait avoir des conséquences régionales et mondiales majeures, cette armée loyale mais muselée pourrait devenir le principal point faible de la stratégie chinoise.


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