Christophe Gleizes : l’otage français du président algérien
Le journaliste sportif de 37 ans est aujourd’hui , à l’isolement, dans une cellule à Koléa, en Algérie. En prison depuis un an, condamné à sept ans. Pour « apologie du terrorisme »…
Christophe Gleizes, journaliste sportif, ne verra pas la Coupe du monde. Son crime ? Sa passion dévorante pour le football en général et le football africain en particulier. Le journaliste, loin d’être un amateur, peut se prévaloir d’une solide réputation dans les rédactions de So Foot et Society. En mai 2024, il part en Algérie pour réaliser un sujet sur la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie) et raconter ses heures de gloire. « Kabylie »… déjà, pour les autorités algériennes, le nom fait dresser l’oreille.
Christophe Gleizes veut, en plus, enquêter sur la mort suspecte, dix ans plus tôt, d’un footballeur camerounais, Albert Ebossé Bodjongo, 24 ans, dans les vestiaires à la fin d’un match contre Alger. Cause officielle : un projectile venu du ciel des gradins ; plus sûrement, un coup de matraque sur la nuque. Là encore, Alger n’aime pas ce genre d’investigation.
D’autant que le reporter rencontre les dirigeants du club kabyle, dont Ferhat Mehenni, un responsable du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), en exil, et condamné entre-temps à la perpétuité. Détail aggravant : Christophe Gleizes est entré avec un visa de tourisme. Forcément. Voilà très longtemps que l’Algérie, pays fermé, n’accorde des visas presse qu’au compte-gouttes et sous surveillance, et préfère délivrer des visas aux touristes en mal de dromadaires à 1 500 km au sud de la capitale.
Christophe Gleizes est arrêté le 28 mai 2024. On fouille ses notes, ses carnets, ses rencontres. On parle « d’apologie du terrorisme ». Rien moins. Le piège se referme. Contrôle judiciaire strict, quotidien, interdiction de quitter le territoire algérien : il va vivre treize mois dans une prison à ciel ouvert.
Le 28 juin 2025, le tribunal de Tizi-Ouzou le condamne à sept ans ferme. Il fait appel. Le 3 décembre 2025, le procureur demande dix ans, la cour confirme les sept ans. Depuis, Christophe Gleizes partage une cellule de 10 m², crâne rasé, isolé, coupé du monde, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, dans la prison de Koléa, destinée aux opposants, aux journalistes et aux détenus de droit commun considérés comme dangereux.
S’ensuit alors ce que l’on connaît déjà par cœur : « contacts diplomatiques », « discrétion bienvenue », « dossier suivi de près ». En clair : silence. Jusqu’à ce que l’affaire éclate, puis retombe. Silence.
Derrière cette farce grotesque, mais dramatique, il y a d’abord la crise entre Paris et Alger, déclenchée par la reconnaissance par la France du plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental. Trahison ! On se fâche puis on se parle. Coup de chaud, puis coup de froid. Cela fait beaucoup de courants d’air pour un détenu inconnu ballotté par les vents politiques. Rien à voir avec Boualem Sansal, franco-algérien, écrivain connu et polémique. Lui aussi condamné, mais finalement gracié par le président Tebboune. Merci, M. le Président.
Alger garde Gleizes, petit journaliste, mais dont le prix est en hausse quand il devient un otage à marchander. Le président Tebboune pratique la politique des otages. Comme les mollahs d’Iran, mais en plus endimanché, sous l’habit d’« apologie du terrorisme ». Quelle idée aussi, de toucher à la Kabylie et à la mort d’un pauvre footballeur camerounais. Sujet tabou. Règle : est tabou tout ce dont le pouvoir ne veut pas parler. Le statut de la Kabylie, le Maroc, le Sahara occidental, le Hirak, les années noires de la guerre civile, etc.
Avec le temps, le pouvoir a transformé l’Algérie rebelle en pays soumis. Avec l’aide de sa police, comme au bon vieux temps, de fonctionnaires serviles, d’une justice aux ordres et d’une presse vassalisée. Aujourd’hui, l’Algérie est classée 145e sur 180 pays dans le Classement mondial RSF 2026. En ajoutant, par souci de modernité, un lot d’influenceurs qui diffusent le dogme officiel jusqu’à l’autre côté de la Méditerranée.
Et Tebboune a une obsession, parmi d’autres : surtout, surtout, ne jamais donner l’impression de concéder, donc de capituler, devant Paris, cette France, « ennemie éternelle », ressort bien pratique pour faire oublier la gabegie du pays et la fuite de sa jeunesse.
Les conseils de Christophe Gleizes l’ont bien compris, qui ont abandonné toute procédure pour ne garder que la demande de grâce au président. La grâce, Sire ! Votre généreuse compassion, malgré l’horreur de la faute.
Voilà un an exactement que Christophe Gleizes, journaliste fou de foot et coupable de rien, croupit en prison. Pris en otage par le pouvoir algérien, par un homme, un président. Et oublié par les autres. Vu le silence en dehors des stades, il ne verra pas la Coupe du monde avant longtemps.
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