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Comment la Chine tient l’Amérique à sa merci

publié le 16/05/2026 par Pierre Feydel

Pékin défie les États-Unis sur le terrain technologique et s’impose diplomatiquement sur la scène mondiale

Pékin, nouveau centre de gravité diplomatique

Les Chinois annoncent, répètent que les États-Unis ont entamé leur déclin. Il n’est pas sûr que la visite du président Donald Trump leur donne tort. Reçu avec faste, le chef de l’exécutif américain est apparu tout en retenue, contraint par un protocole rigoureux, presque déférent à l’égard de son homologue chinois, vis-à-vis duquel il a multiplié les protestations d’amitié. Était-il intimidé ? En tout cas, on ne reconnaissait plus le Donald Trump vantard, bavard, toujours prêt à humilier son interlocuteur. Avait-il enfin pris la mesure du défi chinois lancé à son pays ? Le faucon prêt à fondre sur la Chine se muait-il en pacifique colombe ?

L’Empire du milieu » érigé en puissance d’équilibre

Son attitude a confirmé le statut de Pékin, désormais à égalité d’influence avec les États-Unis et devenu un arbitre central des tensions mondiales. Et c’est Donald Trump qui lui a donné ce rôle. Car, empêtré dans l’affaire iranienne, le locataire de la Maison-Blanche est bien venu demander aide et assistance au maître de « l’Empire du milieu » érigé en puissance d’équilibre. La Chine se pose désormais en garante d’un ordre mondial que les États-Unis contribuent à perturber.

L’échec de l’offensive des droits douanes

L’hégémonie américaine a vécu. Militairement mise en échec par l’Iran, elle est désormais talonnée et parfois dépassée technologiquement par la Chine. La République populaire reste l’usine du monde, mais elle est aujourd’hui en passe de devenir aussi le principal centre de recherche de la planète. Et elle a pris de l’avance dans de nombreux secteurs-clés. Le président des États-Unis l’a appris brutalement lorsqu’il a voulu imposer des droits de douane de 145% aux produits chinois importés aux États-Unis en avril 2025.

L’arme stratégique des terres rares

Donald Trump a dû faire promptement machine arrière lorsque Pékin a menacé de ne plus exporter en Amérique ses terres rares. Or la Chine assure, selon les sources, autour de 60 à 70% de la production mondiale de ce groupe de métaux et près de 90% de la capacité de raffinage de leurs minerais. Son monopole sur le gallium et le germanium est crucial, comme en témoignent les contrôles à l’export imposés depuis 2023. Elle a aussi, du coup, une mainmise sur des matières premières nécessaires, par exemple, à la fabrication des batteries de véhicules électriques.

Taïwan, la bataille des semi-conducteurs

La Chine dispose du même avantage décisif dans l’éolien comme dans les missiles guidés. En fait, déjà, Pékin possède les clés de l’industrie de demain, industrie de défense comprise. Si, en plus, la République populaire absorbait Taïwan et ses usines de fabrication de semi-conducteurs, près de 50% de la production mondiale, et en particulier les plus avancés, indispensables au développement de l’intelligence artificielle, des infrastructures critiques et des systèmes d’armes du monde entier, elle acquerrait une position de force sans pareil en y ajoutant sa propre capacité de production, de l’ordre de 15%. D’autant qu’aujourd’hui, la Chine représente environ 30% de la production mondiale de biens manufacturés.

Les écueils de la croissance

Il est vrai qu’en termes de chiffres macroéconomiques, on constate que le PIB chinois par tête s’élève à 13 453 dollars contre plus de 94 000 pour les États-Unis, pour une population chinoise presque quatre fois supérieure. Il est vrai que le pays est en pleine crise immobilière, que 20% des jeunes sont au chômage, que la croissance stagne à 5% alors qu’il lui faut atteindre 6%, et que la consommation par habitant baisse.

Une suprématie industrielle sous contrôle d’État

Mais les Chinois semblent avoir mieux identifié les faiblesses des Américains que ces derniers n’ont mesuré les failles chinoises. Leur offensive qualitative sur les technologies paraît à terme décisive pour rendre les États-Unis dépendants, avec toutes les possibilités de pression politique que pourrait leur valoir cette absence d’indépendance nationale. Il y a une donnée qui semble totalement échapper à Donald Trump. Il souhaite une vaste négociation économique et commerciale avec la Chine, profitable aux deux parties. Mais la situation est totalement asymétrique. Les deux systèmes économiques obéissent à des logiques radicalement différentes. La Chine a certes une économie de marché.

La stratégie du long terme

Mais ce capitalisme communiste n’est en aucune façon un système libéral. L’industrie y est largement subventionnée pour diminuer les coûts, faire baisser les prix et ainsi pratiquer une forme de dumping qui donne aux produits chinois un avantage concurrentiel décisif. Sans parler de la totale soumission des dirigeants d’entreprise aux décisions du pouvoir politique. En fait, l’État chinois dirige les grands groupes avec des objectifs à long terme. Alors qu’aux États-Unis, sous Trump, ce sont les milliardaires de la tech qui s’imposent avec des volontés de profits à court terme. Les Chinois ont tout leur temps.


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