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Comment le Moyen Orient s’est embrasé

publié le 04/03/2026 par Pierre Haski

Comment comprendre cet embrasement du Moyen Orient, et surtout, jusqu’où cela peut-il aller ? 

Il faut d’abord observer la stratégie de chacun des acteurs principaux de cette guerre, avec une question : combien de temps Trump tiendra-t-il, lui qui n’a mené jusqu’ici que des guerres très courtes ?

Les États-Unis et Israël ont lancé les frappes contre l’Iran samedi matin. Au 5ème jour de cette guerre, c’est toute la région qui est atteinte. L’Iran est bombardé quotidiennement, mais a riposté en lançant missiles et drones sur une demi-douzaine de pays : Israël bien sûr, mais aussi, c’est nouveau, les pays arabes du Golfe coupables d’être les alliés des Américains ; Israël de son côté a relancé sa guerre au Liban contre le Hezbollah. Jusqu’à la France qui a déployé des Rafales hier au-dessus des Émirats arabes unis après une frappe de drones iraniens contre sa base navale à Abu Dhabi.

Comment comprendre cet embrasement, et surtout, jusqu’où cela peut-il aller ? Il faut d’abord observer la stratégie de chacun des acteurs principaux de cette guerre régionale.

Israël d’abord, qui cherche à éradiquer ses ennemis, l’Iran et ses alliés régionaux. Depuis le massacre du 7 octobre, l’État hébreu leur a porté des coups sévères, mais pas fatals, aussi bien le Hezbollah que l’Iran, toujours debout après la « guerre des douze jours » l’an dernier. Benyamin Netanyahou a su convaincre Donald Trump, lors de leur rencontre du 11 février à Washington, de lancer de nouvelles frappes contre l’Iran. C’est là que cette guerre s’est décidée.

Les États-Unis partagent-ils l’objectif d’Israël ? La question fait débat aux États-Unis. D’abord parce que Donald Trump a changé plusieurs fois de version sur les buts de guerre, entre le changement de régime en Iran et l’élimination du programme balistique. Ensuite parce que certains à Washington, comme le sénateur démocrate Mark Warner, membre du « gang des 8 » comme on appelle ces élus du Congrès qui ont accès au renseignement, contestent la raison d’être de cette guerre. Soutien d’Israël, il considère néanmoins qu’il n’y avait pas de menace immédiate sur les États-Unis, contrairement à ce que dit l’administration.

Il faut donc chercher du côté de Donald Trump une logique chez un homme qui s’est fait élire deux fois en dénonçant les interventions hasardeuses à l’étranger. L’hubris du « commandant en chef », après des victoires faciles au Venezuela ou en juin dernier en Iran, l’ont conduit dans ce qui risque d’être un conflit bien plus compliqué.

Enfin, troisième acteur, le régime iranien n’a qu’un seul objectif aujourd’hui : survivre ! Il a massivement réprimé le soulèvement de la population en janvier, et a perdu son « Guide suprême », Ali Khamenei. Il a déclenché une stratégie du chaos régional qui vise à faire payer à ses voisins le prix de leur compromission avec les Américains et Israël. Il n’a aucun espoir de gagner : mais en faisant monter le coût de cette guerre, il peut espérer assurer sa survie, et ça lui suffirait.

La suite des événements répondra à plusieurs critères : d’abord combien de temps Donald Trump tiendra-t-il dans cette guerre aux buts loin d’être clairs du point de vue du public américain, avec une disruption économique, la bourse en berne, et avec les premiers morts américains ? Lui qui n’a mené jusqu’ici que des guerres très courtes, aura-t-il les nerfs assez solides ? Les Israéliens, de leur côté, n’ont aucune envie d’arrêter avant d’avoir atteint leurs objectifs.

Restent les grands perdants : les peuples de la région, à commencer par les Iraniens qui risquent de se retrouver à huis-clos avec leur régime répressif, si les promesses d’aide de Trump restent une fois de plus lettre morte. Le tyran a disparu, mais pas leurs bourreaux.


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