Dans l’ombre de la crise iranienne, la bande de Gaza reste sans solution
Le point de passage entre Gaza et l’Égypte à Rafah entrouvre ses portes aujourd’hui, mais rien n’est réglé dans le territoire palestinien
Photo: Une femme palestinienne et son enfant après une frappe israélienne dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza samedi. ©AFP – Eyad Baba / AFP
32 personnes ont été tuées samedi dans une série de frappes israéliennes à Gaza malgré le cessez-le-feu, et l’impasse politique se prolonge.
Le monde a les yeux fixés sur l’Iran, après la répression terrifiante de janvier, et la possible intervention militaire américaine, dont la décision est entre les mains de Donald Trump. Une crise chasse l’autre, et on en oublierait presque la bande de Gaza, où rien n’est réglé.
Un semblant de normalité s’engage aujourd’hui, avec l’ouverture du poste frontière de Rafah, à la frontière entre l’Égypte et le territoire palestinien. C’est significatif car c’est le seul passage avec un pays autre qu’Israël : sa réouverture était espérée depuis longtemps par les humanitaires et par des milliers de Palestiniens qui veulent sortir pour des soins médicaux, ou, dans l’autre sens, qui veulent retrouver leur famille.
Mais cette « normalité » n’est qu’apparente. D’abord parce qu’Israël reste en contrôle de la frontière, qui n’est donc qu’entrouverte à 150 personnes par jour, soigneusement filtrées. Ensuite parce que ce petit pas ne peut pas cacher que tout le reste est très loin d’être normalisé.
Il y a d’abord la situation militaire. Il y a bien eu un cessez-le-feu, conclu le 10 octobre dernier : mais qui n’a pas empêché 32 Palestiniens d’être tués samedi par une série de frappes israéliennes, officiellement en réponse à des violations du cessez-le-feu.
Depuis le début de la trêve, 509 personnes ont trouvé la mort, soit quatre par jour en moyenne, selon le ministère de la Santé du Hamas. Au passage notons qu’Israël a confirmé les chiffres du Hamas sur l’ensemble de la guerre, soit 70 000 morts au total.
L’autre entorse à la normalité, c’est la décision d’Israël ce weekend d’expulser de la bande de Gaza Médecins sans frontières, qui gère pourtant un lit d’hôpital sur cinq dans le territoire palestinien. Dans le bras de fer qui oppose les organisations humanitaires à l’État hébreu, MSF a finalement refusé de communiquer à l’armée la liste de ses collaborateurs à Gaza, s’attirant une accusation absurde de collusion avec le Hamas.
Dans ce contexte, quelles sont les perspectives à Gaza ? L’accord de cessez-le-feu d’octobre a gelé une situation qui n’est absolument pas stabilisée. Le plan Trump tarde à entrer dans sa deuxième phase, malgré la création du Conseil de la paix du président américain censé superviser le processus. Ni la force internationale prévue pour Gaza, ni l’immense défi de la reconstruction, ne sont près de voir le jour dans ce contexte.
Les conditions politiques sont également loin d’être remplies : le Hamas reste en contrôle de la population palestinienne et n’est pas disposé à se laisser désarmer, tandis qu’Israël rappelle tous les trois jours qu’un État palestinien est hors de question. Cette impasse ne peut être résolue sans volonté internationale qui n’existe pas.
L’Iran mobilise aujourd’hui toute l’énergie politique, avec la pression exercée par Donald Trump pour tenter d’obtenir un accord de Téhéran interdisant l’accès à l’arme nucléaire. Le régime iranien, par sa répression brutale et inhumaine des manifestants civils, a finalement offert un formidable cadeau à son ennemi israélien : il a mis la barre très haut dans l’horreur, et détourné l’attention du sort des Palestiniens, de Gaza ou de Cisjordanie, qui continuent de vivre un vrai calvaire. Ce régime aura décidément échoué sur toute la ligne.
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