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Démission de Keir Starmer: le Royaume Uni désuni

publié le 23/06/2026 par Pierre Haski

Le départ du premier ministre britannique reflète à la fois les problèmes du Royaume après le Brexit, mais aussi la difficulté de la vie politique aujourd’hui, et pas seulement outre-Manche

Les démocraties libérales sont affaiblies.

La carrière météorique de Keir Starmer tient en trois dates : 2019, le parti travailliste subit une défaite historique, et Starmer est porté à sa tête comme un sauveur. 2024, le parti dirigé par Keir Starmer remporte une victoire, là encore historique, avec une majorité colossale de 174 sièges. Moins de deux ans plus tard, donc, Keir Starmer démissionne de la tête du Labour et de son poste de premier ministre, désavoué par son groupe parlementaire.

Il y a bien sûr un contexte britannique très particulier, celui du Brexit voté il y a dix ans, et dont le Royaume peine à surmonter les effets désastreux ; six premiers ministres en une décennie, et bientôt un septième, dans un pays dont le système électoral était destiné à favoriser la stabilité.

Mais on commettrait une erreur à observer ces péripéties comme un phénomène uniquement britannique : il y a, dans cette crise politique, des traits communs à bon nombre de démocraties libérales. Keir Starmer a sans aucun doute été un meilleur candidat que chef de gouvernement, sans charisme ni grands projets, mais cela n’explique pas tout.

Trois leçons à tirer

Quelles leçons en tirer ? J’en retiendrai trois : l’usure des partis traditionnels de gouvernement, la dévalorisation rapide des hommes ou femmes en responsabilité, et enfin la difficulté de faire de la politique à l’heure des réseaux sociaux sans être un démagogue. Ces phénomènes se retrouvent dans presque tous les pays européens.

Il y avait autrefois deux grands partis de gouvernement au Royaume Uni, le Labour et les Tories, les travaillistes et les Conservateurs, et une troisième force libérale qui essayait de percer. Les Conservateurs sont l’ombre d’eux-mêmes après avoir lamentablement échoué sur le Brexit, et les travaillistes viennent de subir une défaite catastrophique aux élections locales. Le challenger s’appelle aujourd’hui Reform UK, un parti populiste dirigé par Nigel Farage, le Monsieur Brexit il y a dix ans, qui a réussi à survivre au naufrage. Et de fait, le paysage politique est désormais coupé en cinq.

Deuxième facteur, Starmer a commis des erreurs, comme la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré ses liens avec Jeffrey Epstein ; mais sa descente aux enfers a plus à voir avec son absence de charisme et sa gestion terne. Le charisme, c’est ce que les travaillistes attendent désormais de son successeur probable, Andy Burnham, l’ancien maire de Manchester, comme si ça tenait office de programme.

La troisième leçon rejoint la seconde, difficile de faire sérieusement de la politique à l’heure des réseaux sociaux. Silvio Berlusconi en Italie avait été l’homo politicus de l’ère télévisée ; Donald Trump mêle le savoir-faire télé avec l’art de la provocation sur les réseaux sociaux. Starmer est d’un autre temps, ou plutôt accordons lui le crédit de ne pas avoir cédé à ces sirènes-là.

Polarisation et vérité alternative

Le plus grave survient quand vous avez Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, qui utilise son réseau social X, ex-Twitter, pour relayer les actions de Tommy Robinson, l’activiste violent d’extrême droite au Royaume Uni. Et c’est Trump lui-même qui a tweeté le premier sur le départ de Starmer, avant même qu’il soit officiel.

Cette dégradation du débat touche tout le monde, et avec elle surgit la polarisation et la vérité alternative. Chacune de nos démocraties est plus ou moins affectée par l’un ou l’autre de ces facteurs, et parfois aussi par les trois. Pensez-y à l’approche de la présidentielle française de 2027.


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