Donald Trump dans le piège iranien qu’il a lui-même créé
Menaces, sanctions, bombardements, appels au soulèvement : Donald Trump change de cap presque chaque jour, pris au piège de sa propre guerre
Donald Trump menace de nouveau l’Iran d’une escalade militaire et appelle la population à se soulever ; mais ces changements brutaux de cap reflètent surtout l’absence de stratégie du président américain, pris au piège dans cette guerre dont il ne sait pas comment sortir.
Il y a deux manières d’analyser ce qui se passe entre l’Iran et les États-Unis, avec la menace d’une nouvelle escalade. La première est de suivre les tweets de Donald Trump jour après jour, et vous risquez de ne rien y comprendre. Le président des États-Unis a, sur une période assez courte, changé plusieurs fois de tactique et de ton.
Un jour menaçant, le lendemain conciliant ; un jour guerrier, puis le lendemain annonçant qu’il préfère étouffer économiquement Téhéran ; avant de décider le surlendemain de relancer ponctuellement la machine de guerre. Hier, il a aussi appelé la population iranienne à se soulever.
L’autre approche, c’est d’observer ce qui se passe depuis le 17 juin, lorsque, sous les ors de Versailles, Donald Trump a signé un Protocole d’accord avec l’Iran. Ce document prévoyait un cessez-le-feu, la réouverture du détroit d’Ormuz, le dégel de milliards de dollars d’avoirs iraniens, et deux mois pour négocier sur le nucléaire. Rien de tout cela ne s’est produit, à l’exception d’un cessez-le-feu régulièrement rompu. Les deux mois sont passés sans que rien ne bouge.
Quelle est la stratégie de Donald Trump ?
Il n’en a pas, et c’est une grosse partie du problème. Pour Trump, la guerre avec l’Iran devait être une affaire rapide, peu coûteuse, et qui devait le conforter dans l’image de commandant en chef audacieux comme à Caracas en janvier.
Ce n’est évidemment pas ce qui s’est produit : le conflit vient de franchir la barre des six mois, il est impopulaire aux États-Unis, pèse sur l’économie mondiale, décourage les alliés de Washington. Ni la négociation, ni la pression militaire ou économique n’ont fait plier l’Iran, et ce sont les États-Unis qui sont dans l’impasse, malgré les tweets triomphants du président.
Depuis juin, Donald Trump tente par tous les moyens de se débarrasser de ce conflit, mais se heurte à l’intransigeance iranienne : Les partisans de la ligne dure à Téhéran ont compris que Trump a plus à perdre qu’eux, malgré les sanctions, malgré les bombardements ; et ils font monter les enchères au maximum.
Dans le contexte international actuel, les dirigeants iraniens n’ont aucun intérêt à céder
La Chine et la Russie leur ont offert une tribune de choix cette semaine à Bishkek, au Kirghizstan, avec un sommet dont le communiqué final présente ses condoléances à l’Iran pour la mort de son guide, tué par les Américains au début de la guerre.
La reprise des bombardements tout comme l’imposition de nouvelles sanctions ne feront pas céder l’Iran. L’équation est la même depuis le début, la capacité d’endurance de ce pays est vaste, et c’est la population qui souffre le plus. Pour comprendre cette guerre, il ne faut pas suivre les tweets de Trump mais analyser la psychologie des deux protagonistes : le régime tyrannique de Téhéran est plus fort à ce jeu que le président dysfonctionnel de la première puissance mondiale.
Dans son désespoir, Trump en appelle de nouveau la population iranienne au soulèvement. Sera-t-il entendu après sa promesse d’aide non tenue de janvier dernier, alors que les Gardiens de la Révolution réprimaient brutalement une révolte ? Et si un nouveau soulèvement se produit, que fera Trump si la répression s’abat ? Dans tous les scénarios, Donald Trump est face au piège qu’il a lui-même créé.
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