Donald Trump face aux frondeurs de son camp républicain
A quelques mois des élections de mi-mandat, le président est empêtré dans sa guerre en Iran impopulaire aux États-Unis, ce qui affaiblit son emprise politique
Donald Trump s’est efforcé, depuis son retour à la Maison Blanche, d’affaiblir les contre-pouvoirs. Il semblait avoir réussi au Congrès, dont les deux chambres sont majoritairement républicaines. Il vient pourtant de subir plusieurs revers parlementaires qui permettent de s’interroger, à quelques mois des élections de mi-mandat : son emprise sur son parti est-elle menacée ?
Des revers significatifs au Congrès
La principale manifestation de cette « résistance », le mot est sans doute excessif, a contraint la Maison Blanche à reculer sur un projet très controversé auquel tenait le président : un fonds d’1,8 milliard de dollars destiné à indemniser en particulier les assaillants du Capitole le 6 janvier 2020. Plusieurs élus républicains outrés ont fait connaître leur refus, et Trump a jugé plus sage de ne pas soumettre la décision au vote ; sans doute son plus grand revers en 18 mois.
Puis cette semaine, la Chambre des Représentants a voté pour restreindre les pouvoirs du président sur sa guerre en Iran. Le vote est passé grâce au ralliement de quatre républicains au côté des démocrates. Ce texte n’ira sans doute pas plus loin, mais il constitue un précédent impensable jusqu’ici.
Les raisons de la défiance républicaine
Les motivations des frondeurs sont multiples. Parmi les quatre défections sur l’Iran, deux sont des libertariens opposés aux interventions extérieures, les deux autres des républicains plus classiques, mais élus de circonscriptions où les conséquences de la guerre passent mal.
Ces premiers craquements sont surtout le reflet des hésitations des électeurs face à la gestion erratique de Donald Trump, sur à peu près tous les sujets, de l’économie à la guerre, du pouvoir d’achat mis à mal à les prix du pétrole, au népotisme et aux conflits d’intérêt qui commencent à se voir sérieusement. Certains républicains redoutent la sanction des urnes en novembre, et prennent leurs distances.
Il faut dire que la gestion de la guerre en Iran par le président n’est pas de nature à inspirer confiance. Il lance des informations contradictoires toutes les trois heures, n’a jamais réussi à convaincre qu’il avait une stratégie cohérente, et n’offre aucune perspective de sortie de cette situation dans laquelle le détroit d’Ormuz reste fermé.
Une emprise qui reste forte
Donald Trump conserve néanmoins son pouvoir sur le noyau dur de ses électeurs : les candidats qu’il soutient l’emportent généralement dans les primaires républicaines en vue des « mid-terms ». Ainsi, Thomas Massie, élu du Kentucky, l’un des quatre à avoir fait défection, a perdu sa primaire contre un loyaliste trumpien, et ne sera donc pas dans le prochain Congrès. Trump n’est donc pas directement menacé, mais risque d’avoir à négocier ses grandes décisions au lieu de diriger seul.
L’importance des contre-pouvoirs pour la démocratie américaine et mondiale
Au-delà de la politique intérieure américaine, cette question a de l’importance pour le reste du monde. Les décisions du président des États-Unis ont un impact mondial, qu’il s’agisse des droits de douane, de la paix et de la guerre, ou de l’avenir de l’OTAN. Si les contre-pouvoirs disparaissent, la concentration des décisions entre les mains d’un seul homme, même un « génie stable » comme il a pu se décrire lui-même, a de quoi inquiéter. Il n’est donc pas indifférent que des élus républicains se rebiffent.
Dans son célèbre essai sur l’Amérique, Alexis de Tocqueville avait vanté au 19ème siècle les contre-pouvoirs de la démocratie américaine : Trump les soumet à rude épreuve, mais il n’est pas sûr qu’il puisse les réduire au silence.
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