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Donald Trump lance un potentiel rival des Nations Unies ?

publié le 21/01/2026 par Pierre Haski

Donald Trump lance son Comité de la paix dont les membres permanents auront payé un milliard de dollars, rival potentiel de l’ONU que déteste le président américain

Emmanuel Macron a été le premier à refuser l’invitation à siéger, s’attirant les foudres du président des États-Unis.

Le carton d’invitation est magnifique : « le président des États-Unis invite les chefs d’État et de gouvernement à signer la Charte du Conseil de la paix, jeudi à 10h30 à Davos ». Mais derrière ce bel intitulé, il y a potentiellement un piège, comme souvent avec Donald Trump.

De quoi s’agit-il ? Ce Conseil de la paix doit superviser la mise en œuvre du plan Trump pour la bande de Gaza. Il est prévu dans la résolution 2803 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre, dans la foulée du cessez-le-feu à Gaza. Mais c’est là que commence le flou.


La résolution de l’ONU donne un mandat de deux ans à ce Conseil, alors que la Charte que Donald Trump veut faire signer n’a ni limites dans le temps, ni même de référence à Gaza. Et son texte appelle à avoir « le courage de s’écarter d’approches et d’institutions qui ont trop souvent échoué́ ». Une référence claire à l’ONU elle-même.
De là à penser que Donald Trump est en train de créer une institution destinée à remplacer les Nations Unies, et à gérer les conflits dans le monde sous son autorité, il n’y a qu’un pas.


La France a été la première à dire tout haut ce que beaucoup pensent. Emmanuel Macron a refusé d’y participer, et s’est attiré les foudres de Donald Trump, y compris la menace de 200% de droits de douane supplémentaires sur les vins et Champagne français. Hier, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a mis les points sur les i à l’Assemblée nationale, en proclamant : « non à la création d’une organisation (…) qui viendrait se substituer aux Nations Unies ».


Mais il n’y a pas que cela. Donald Trump a promis aux dirigeants étrangers qui lui verseraient 1 milliard de dollars un siège permanent dans ce Conseil de la paix ; tandis que les autres n’y siègeraient que trois ans… Un Conseil de Sécurité en quelque sorte, dont les sièges sont à vendre, et qui serait présidé de manière automatique et arbitraire par Donald Trump.
Le mélange des genres est total, l’argent, le bon vouloir du prince, et une absence totale de transparence, au service théorique de la paix dans le monde !


Seuls quatre pays sur les dizaines d’invités ont, jusqu’ici, annoncé leur participation : le Maroc, l’Argentine de Javier Millei, la Hongrie de Viktor Orban, et le Vietnam. Israël a critiqué la présence de la Turquie et du Qatar, mais finira sans doute par s’y rallier. Vladimir Poutine a été invité mais n’a pas donné sa réponse. Les autres sont embarrassés, mais redoutent l’hostilité de Trump.


C’est une situation stupéfiante : c’est la Chine qui était soupçonnée de tisser sa toile d’institutions potentiellement rivales de l’ONU, comme les BRICS et leur banque de développement, l’Organisation de Coopération de Shanghai, et même les Routes de la Soie. C’est aujourd’hui l’Amérique de Trump qui met toute sa puissance au profit d’une structure qu’elle domine.

Ceux qui refusent l’hégémonie chinoise comme celle des États-Unis feraient bien de s’opposer à cette régression qui transforme le reste du monde en vassaux des deux superpuissances. Il est encore temps de bloquer cette régression qui tourne le dos à 70 ans de tentatives de démocratisation des rapports entre les nations, imparfaites mais toujours préférables à la loi du plus fort.


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