Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Donald Trump, Prix Nobel de la guerre

publié le 04/01/2026 par Pierre Feydel

Sous prétexte de trafic de drogue, Trump bombarde le Venezuela et enlève son président, révélant une stratégie d’asservissement du continent

L’espoir d’un prix Nobel de la paix pour Donald Trump s’enfuit loin de la Maison-Blanche, malgré les huit guerres que le président des États-Unis prétend avoir arrêtées. Après les frappes contre l’Iran, en Syrie et au Nigéria, une nouvelle agression militaire consacre l’agressivité américaine.

La nuit du rapt

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces américaines ont frappé le Venezuela. Des missiles se sont abattus sur plusieurs bases militaires, surtout à Caracas, la capitale. De fortes explosions ont retenti pendant que des commandos Delta héliportés enlevaient le président Nicolás Maduro et sa femme. Le couple était transporté à bord d’un navire de l’US Navy croisant dans la mer des Caraïbes. Le bâtiment faisait immédiatement route vers les États-Unis. Ses prisonniers y seront jugés et sans doute condamnés à de longues peines de prison.

Une opération préparée de longue date

Une opération rondement menée et préparée de longue date. Donald Trump s’est vanté d’y avoir assisté comme le spectateur ravi d’une série télévisée depuis la cellule de crise. Elle a été le point culminant d’une offensive lancée dès l’automne.

La démonstration de force navale

L’US Navy a dépêché le plus grand porte-avions au monde, le « Gerald Ford », des frégates, au moins un sous-marin nucléaire d’attaque et une force amphibie de 15 000 Marines prête à débarquer. Depuis, cette escadre s’est surtout appliquée à couler les embarcations rapides des narcotrafiquants, ou supposés tels, tentant depuis les ports vénézuéliens de gagner la côte américaine. Résultat : au moins 170 morts. Car le prétexte de ce coup de force est la drogue. Trump qualifiant Maduro de « baron de la drogue ».

La guerre contre la drogue, argument central

Donald Trump, lors de la campagne électorale de 2024, avait promis de mettre fin à l’afflux de stupéfiants sur le territoire de l’Union. Leur consommation a fait 80 000 victimes en 2024 aux États-Unis. Mais ce n’est pas la cocaïne produite en Colombie et transitant par le Venezuela qui est la principale cause de ce massacre. C’est essentiellement le fentanyl, d’origine majoritairement chinoise et transformé au Mexique. Trump a-t-il voulu donner aussi un avertissement à Pékin ?

Maduro, une cible idéale

Le régime de Maduro et le dictateur lui-même étaient, il est vrai, une cible idéale : un tyran d’extrême gauche, illégitime puisqu’il a trafiqué les élections présidentielles de 2024 pour être réélu ; un corrompu qui, avec ses proches, a depuis 2013 détourné 90 milliards de dollars de recettes du pétrole ; un oppresseur cruel qui a emprisonné, torturé, exécuté des milliers de ses compatriotes ; un despote très peu éclairé qui a ruiné son pays et condamné à l’exil plus de 8 millions de ses compatriotes, soit 28,5 % de sa population.

Le droit international piétiné

Personne ne regrettera Maduro. Mais, une fois de plus, le droit international, ou ce qu’il en reste, est bafoué au nom d’un partage du monde que trois empires veulent imposer. Pour les États-Unis, il s’agit du contrôle de l’ensemble du continent américain. Après avoir menacé d’annexer le Canada, Donald Trump veut asservir l’Amérique latine. Les régimes d’extrême droite qui fleurissent au sud du continent vont l’y aider.

La doctrine Monroe remise au goût du jour

Les États-Unis ont donc renouvelé la doctrine Monroe, du nom du président qui, en 1823, voulait que son pays veille à protéger le continent de toute influence coloniale européenne. Cette fois, il s’agit d’écarter le reste du monde. La Chine, qui ne cesse d’étendre son influence dans le monde, vise Taïwan et l’ensemble des mers qui bordent sa façade sud.

Un précédent mondial dangereux

La Russie, elle, entend retrouver les territoires que l’empire des tsars et l’Union soviétique avaient asservis. Dans ces conditions, l’intervention américaine au Venezuela justifie l’agression russe contre l’Ukraine ou celles à venir contre les pays baltes. De la même façon, elle cautionne par avance la prise de Taïwan par les Chinois. La force peut désormais prévaloir partout dans le monde.

Le pétrole, nerf de l’opération

Mais c’est aussi l’avidité qui guide le président américain, comme dans chacune de ses actions internationales. Le président américain va pouvoir mettre la main sur le pétrole vénézuélien et ses énormes réserves, estimées à environ 300 milliards de barils, soit près de 17 à 18 % des réserves mondiales. L’industrie locale avait été nationalisée en 1975, les compagnies américaines chassées. Trump estime qu’il s’agit d’un vol. Il espère donc se faire rembourser. Chevron, deuxième « major », se frotte déjà les mains, comme Schlumberger, qui doit réhabiliter des champs pétroliers abandonnés. Leur cote va grimper à Wall Street.

L’obsession cubaine

Mais il y a d’autres enjeux encore. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, héritier d’immigrés cubains, a toujours considéré que faire tomber le Venezuela, c’était à terme atteindre le régime de La Havane. Les États-Unis veulent donc se débarrasser de tous les pouvoirs qui, au sud du Rio Grande, prétendent ne pas se ranger à leurs intérêts.

Les Etats-Unis vont gérer le pays

La drogue a bon dos. L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Pour l’instant, Trump exulte. Mais rien n’est réglé. La transition plus ou moins démocratique au Venezuela n’est pas gagnée. Les États-Unis prétendent gérer le pays en attendant la mise en place d’un nouveau pouvoir. Mais personne ne sait comment. Un échec américain du niveau de celui qui a conduit au chaos en Irak serait catastrophique. Et pas seulement pour les États-Unis, dont on ne sait pas s’ils sont capables d’apprendre de leurs erreurs. D’ailleurs, Trump n’en fait jamais…


⬛ Encadré 

Doctrine Monroe

Énoncée en 1823 par le président américain James Monroe, la doctrine Monroe affirme le principe de « l’Amérique aux Américains ». Les États-Unis y proclament leur opposition à toute ingérence étrangère — alors européenne — sur le continent américain, en contrepartie d’un retrait des affaires européennes. Au fil des décennies, cette doctrine a servi de justification idéologique à de multiples interventions politiques, économiques et militaires en Amérique latine. Au XXIᵉ siècle, elle est réactivée dans une version élargie, non plus défensive mais hégémonique, visant à exclure toute influence chinoise ou russe de l’espace continental américain.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"