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Douze millions de livres détruits : la Russie frappe l’édition ukrainienne

publié le 01/09/2026 par grands-reporters

À quelques heures de la rentrée, les frappes russes contre imprimeries, entrepôts et éditeurs ukrainiens ont détruit des millions de livres, dont des manuels scolaires.

Une imprimerie essentielle détruite

À la veille de la rentrée scolaire du 1er septembre, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine frappe un secteur particulièrement symbolique : le livre. Une imprimerie de la périphérie de Kyiv, engagée dans la production urgente de manuels scolaires, a été dévastée par une frappe russe. Dans le pays, les attaques récentes auraient détruit environ 12 millions d’ouvrages, scolaires ou non.

L’usine du groupe Konvi, l’un des principaux imprimeurs ukrainiens de manuels, devait produire 1,3 million de livres pour la rentrée, soit environ 10% des besoins nationaux en manuels scolaires. Le site a été frappé le 19 juillet, alors que les chaînes tournaient à plein régime.

L’attaque a ravagé les ateliers d’impression et de façonnage, détruit ou inondé une partie des équipements et arraché les toitures des halls de production. Près de 250 000 manuels de neuvième année, déjà imprimés et prêts à être distribués, ont été perdus ; quelque 350 000 autres exemplaires, notamment destinés aux élèves de quatrième année, ont été endommagés.

Les exemplaires épargnés par le feu ne sont pas nécessairement récupérables : l’eau utilisée par les pompiers, puis la pluie tombée à travers la toiture effondrée, ont ruiné des milliers de pages.

Une filière éditoriale sous pression

Cette destruction s’inscrit dans une série d’attaques contre les imprimeries, entrepôts, éditeurs et distributeurs ukrainiens. Environ 12 millions de livres auraient été détruits en quelques semaines, soit, selon certaines estimations, près d’un tiers de la production imprimée en Ukraine depuis le début de l’année. Plus de 35 installations liées à l’édition auraient été touchées.

Le bilan varie selon les organismes et les périodes retenues. L’Institut ukrainien du livre évoque environ 13 millions de livres perdus en juillet et août, tandis que le ministère de l’Éducation estime à plus de 1,2 million le nombre de manuels scolaires directement détruits. Ces chiffres ne recouvrent pas exactement la même réalité : le premier comprend les ouvrages de littérature générale, les livres jeunesse et les stocks commerciaux ; le second ne concerne que les manuels.

Le 1er août, une frappe contre un centre logistique de l’éditeur Ranok, à Kharkiv, a détruit des stocks considérables. L’entreprise estime ses pertes à environ 10 millions de livres, dont près d’un million de manuels. Pour poursuivre les livraisons, l’éditeur a réparti les réimpressions entre plusieurs imprimeries.

Une rentrée sous tension

L’effet le plus immédiat est scolaire. L’Ukraine prévoyait de distribuer 13,5 millions de manuels pour l’année 2026-2027. Mais les destructions de l’été ont frappé en particulier les ouvrages prévus pour les classes de quatrième et de neuvième année.

Le ministère ukrainien de l’Éducation a lancé des réimpressions et espère livrer les exemplaires de remplacement d’ici au 1er novembre. En attendant, les établissements concernés devront recourir aux versions numériques. Dans certaines régions, les manques sont déjà très importants : dans l’oblast de Mykolaïv, les autorités locales faisaient état, avant la rentrée, d’un déficit de près de 112 000 manuels destinés aux élèves de neuvième année.

La guerre pèse aussi sur les modalités d’enseignement. Des milliers d’écoles ukrainiennes fonctionneront en présentiel, à distance ou selon un modèle hybride, en fonction des risques de bombardement, des alertes aériennes et de la disponibilité des abris.

Livres anciens, mémoire vivante

Les frappes ne touchent pas seulement la production industrielle de livres neufs. Le marché de livres d’occasion de Potchaïna, à Kyiv, a lui aussi été atteint : des centaines d’étals et un nombre indéterminé d’ouvrages ont brûlé ou été soufflés.

Pour les professionnels du livre, l’enjeu dépasse la fourniture de manuels. Il concerne la circulation de la langue ukrainienne, la conservation du patrimoine imprimé et la transmission d’une histoire nationale. « Les livres sont notre salut ; les perdre, c’est comme perdre notre cœur », confiait la blogueuse littéraire Liliya Velyka, venue chercher des volumes récupérables parmi les ruines.

Viktoriia Haidai, directrice commerciale de Konvi, estime que les frappes contre les imprimeries et les entrepôts ne relèvent pas du hasard : « Les Russes détruisent aussi les imprimeries dans une tentative d’effacer l’Ukraine en tant que nation. Mais franchement, ils n’y parviendront pas. »

La culture, autre front de guerre

Le livre s’ajoute à un bilan culturel déjà considérable. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, plus de 1 900 éléments du patrimoine et plus de 2 000 institutions culturelles ukrainiennes auraient été endommagés ou détruits : musées, bibliothèques, galeries, studios de cinéma, théâtres et opéras.

La laure des Grottes de Kyiv, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, a elle aussi subi des dommages. Ce vaste ensemble monastique abrite notamment le musée ukrainien du livre et de l’imprimerie.

Moscou nie viser délibérément des objectifs civils et accuse les autorités ukrainiennes d’utiliser certains sites à des fins militaires. Pour Kyiv, en revanche, la destruction des imprimeries, des bibliothèques et des lieux de patrimoine participe d’une guerre plus vaste : une guerre contre les infrastructures du pays, mais aussi contre ses mots, sa culture et sa mémoire.


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