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Droits de douane : la défaite de Trump

publié le 22/02/2026 par Pierre Feydel

Le Cour suprême annihile la plupart des droits de douane imposés par Trump aux importateurs. Un grave revers pour sa marche vers une démocratie illibérale

La Cour suprême désavoue la Maison-Blanche

C’est un vrai coup de tonnerre qui a retenti dans le monde lorsque, le vendredi 20 février, la Cour suprême des États-Unis a décidé d’invalider les droits de douane imposés par Donald Trump depuis presque 10 mois à tous les pays importateurs. La décision a été prise par 6 voix contre 3. Ce qui veut dire que trois des juges conservateurs ont voté contre le président des États-Unis. Visiblement, le locataire de la Maison-Blanche a été estomaqué. Il ne s’attendait en aucune façon à cette décision. Sa réaction de colère, pas très contenue, a consisté, comme d’habitude lorsqu’il essuie quelque contrariété — et celle-là est de taille —, à insulter ceux qui s’opposent à lui.

Cette fois, il s’est exclamé : « C’est une honte » et s’est empressé d’accuser les juges fautifs d’avoir été instrumentalisés par l’étranger, les traitant d’« idiots », de « chiens ». Autrement dit, les magistrats convaincus d’appliquer la Constitution sont de mauvais Américains qui trahissent. Ces hauts magistrats apprécieront, d’autant que d’autres affaires concernant l’action publique de Trump et concernant les libertés publiques risquent de leur être prochainement soumises.

Séparation des pouvoirs réaffirmée

Le président a certes été humilié. Mais comment n’a-t-il pas compris qu’un juge, quel que soit ses opinions politiques, se doit d’appliquer la loi, sinon il se désavoue et perd toute autorité ? Il en va de la crédibilité d’une institution aussi respectée que la Cour suprême. Le grand quotidien économique conservateur « The Wall Street Journal », peu trumpiste, s’est contenté de noter, impitoyable, que la Cour suprême avait résolument réaffirmé « le principe de séparation des pouvoirs inscrit dans la Constitution». Une sorte de redressement de l’État de droit que Donald Trump s’applique à bafouer.

Le président de la Cour, le juge John G. Roberts Jr., a bien expliqué que la loi de 1977 sur laquelle s’appuyait Donald Trump pour distribuer des droits de douane quelquefois exorbitants, l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), avait été utilisée de façon abusive. Le chef de l’exécutif ne pouvait s’abstraire d’un passage par le Congrès pour pouvoir s’en servir. Il s’agit, expliquait le magistrat, d’une interprétation qui présentait « une expression transformatrice de l’autorité du président en matière de politique tarifaire ». Soit un abus.

Un coût considérable pour une politique inefficace

Sur les droits de douane, la politique présidentielle était non seulement illégale, mais, qui plus est, inefficace. Elle n’a pas permis de combler le déficit des États-Unis en matière d’échanges commerciaux. Il s’est réduit par rapport à la Chine, mais a augmenté par rapport aux autres régions du monde. Il atteint, en 2025, 1 241 milliards de dollars, 2,1 % de plus que l’année précédente. Et puis reste l’inconnu du remboursement des taxes perçues sur les importateurs américains. La facture s’établirait entre 133 et 175 milliards de dollars. Les entreprises vont engager des poursuites judiciaires pour se faire rembourser par l’État fédéral., de quoi alimenter des années de procédures.

Donald Trump, rageur, a immédiatement décidé, se servant d’une autre loi, de taxer tout le monde à 15 %. Au bout de 150 jours, il devra passer par le Congrès pour obtenir le renouvellement de cette disposition. Ce qui ne change rien pour l’Europe. Mais tous les acteurs économiques à travers le monde craignent l’avenir, une entrée dans une autre période d’incertitudes tarifaires.

Un coup d’arrêt politique

Les conséquences de la claque infligée à Donald Trump ne s’arrêtent pas là. C’est la façon dont il a utilisé l’arme des droits de douane pour punir ceux qui lui sont hostiles ou qui se refusent à se plier à ses exigences qui est désormais caduque. Le chantage apparaît aujourd’hui très difficile à exercer.

Le président Trump voulait imposer sa politique sans entrave. Il avait muselé le pouvoir législatif, le Congrès. Il pensait avoir réussi à mettre le pouvoir judiciaire à sa botte en installant une majorité conservatrice à la Cour suprême et ses affidés à la tête du ministère de la Justice. Après les échecs de sa milice anti-immigrés, contre laquelle de nombreux recours judiciaires ont été lancés et dont certains iront jusqu’à la Cour suprême, le front intérieur du trumpisme souffre. À l’extérieur, les succès se font rares. Les coups de menton autoritaires de Donald Trump, ses menaces, risquent de finir par se retourner contre lui.

Ses volontés d’illibéralisme s’enlisent. La démocratie résiste. Les inconséquences du président ne font qu’affirmer sa faiblesse. Il arrive à la Maison-Blanche à 10 heures du matin et en repart à 16 heures. Le reste du temps, il joue au golf. Donald Trump est-il déjà fatigué?


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