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Élections des midterms : les sondages affolent les trumpistes

publié le 09/10/2026 par Pierre Feydel

Malgré sa chute dans les sondages, Donald Trump fait de la campagne un référendum sur sa personne. Un pari dangereux étant donné son impopularité

Un enjeu de taille

À un peu plus de trois semaines des élections de « midterms », aux États-Unis, la tension grimpe. D’une part, parce que les sondages sont calamiteux pour les républicains et Donald Trump, d’autre part, parce que le président des États-Unis n’a jamais fait preuve d’une telle agressivité pour tenter de faire gagner son camp, et qu’il a multiplié les signes pour empêcher l’élection ou en contester les résultats. L’enjeu, il est vrai, est pour lui de taille. Perdre la majorité dans l’une ou les deux chambres du Congrès entraverait sérieusement son action. Il ne pourrait faire voter les textes qu’il souhaite.

Le vote du budget deviendrait problématique comme l’acceptation des nominations présidentielles ou la ratification des traités. Les parlementaires pourraient réclamer la fin de la guerre avec l’Iran. Les enquêtes des commissions parlementaires pourraient se multiplier sur la gestion des affaires de Trump et de sa famille. Et enfin, une procédure d’« impeachment » pourrait conduire à un procès en destitution du chef de l’exécutif.

Les sondages virent au rouge

Or, les prévisions sont mauvaises. Et les signes de mécontentement des Américains se multiplient. Les agrégateurs de sondages donnent largement les démocrates gagnants. De 9,6 points pour « Nate Silver ». De 8 points pour « Fifty Plus One » avec 50,8% des suffrages pour les démocrates et de 43,1% aux républicains avec 99% de chances d’emporter la majorité de la Chambre des représentants. Pour le Sénat, les démocrates n’auraient que 73% de chances de gagner. La cote de popularité de Trump s’est effondrée à 32%. 70% de l’opinion s’oppose à la guerre en Iran.

Et selon le dernier sondage de l’Associated Press, 17% seulement des Américains soutiendraient la politique de Trump en matière de coût de la vie. Des groupes sociaux importants de la société américaine sont extrêmement déçus par Trump. 59% des électeurs hispaniques souhaiteraient désormais un Congrès à majorité démocrate. Le double du soutien accordé aux mêmes démocrates il y a deux ans. Les rafles de la police de l’immigration ICE dans les communautés « chicanos » ont provoqué une vague d’indignation.

La vie chère, talon d’Achille de Trump

Le puissant syndicat des « Teamsters », celui des conducteurs de poids lourds, a manifesté clairement son opposition. Le prix du diesel à la pompe qui a pratiquement doublé explique leur colère. Comme celle des agriculteurs aussi pénalisés par ces coûts et la rareté des engrais dus au blocage du détroit d’Ormuz. Deux secteurs, le transport routier et l’agriculture, qui avaient très majoritairement voté Trump il y a deux ans. Si l’élection doit se faire essentiellement sur le pouvoir d’achat, pour les Américains, le bilan républicain est catastrophique. L’inflation a grimpé à 3,4% en août sur un an.

Les carburants pèsent lourd dans cette hausse. Dans une société aussi motorisée, aussi utilisatrice de gros pick-up extrêmement consommateurs d’essence ou de gasoil, le prix à la pompe compte. Et les taux d’intérêt pourraient remonter dans un pays où tout un chacun vit à crédit. Du coup, le camp républicain paraît parfois paniquer. Donald Trump a donc décidé de prendre les choses en main lui-même, lance une campagne pour ou contre lui, fait de cette élection un référendum sur sa personne.

Quand le soutien du président devient un boulet

Mais est-ce une bonne idée ? Tous les candidats républicains sont loin de souhaiter le soutien du président. Ils craignent que son impopularité ne les handicape. Par exemple, le candidat au poste de gouverneur de Floride, Byron Donalds, a fait disparaître dans son matériel de campagne le label « soutenu par le président Trump ». Même prise de distances de candidats au Texas et dans le Kentucky. D’autres vont plus loin encore. Deux représentants de l’Iowa qui jouent leur réélection ont même participé à un vote visant à limiter les pouvoirs de guerre de Donald Trump.

D’autres, au Texas, au Wisconsin, en Pennsylvanie, s’opposent à la politique pro-IA en refusant la construction des « data centers », ces mégacentres de données, qui soulèvent de fortes levées de boucliers des populations en raison de leur énorme consommation d’eau et d’électricité.

Ces élus républicains ne manquent pas de courage lorsqu’on connaît le caractère rancunier du président. Mais ils savent que le poids spécifique de Trump sur le parti va diminuer dans les deux années à venir. Il n’est pas rééligible selon la Constitution. Donc l’intérêt va se porter sur son successeur éventuel.

Promettre des dollars et préparer la contestation des urnes

Donald Trump multiplie les promesses : 5 000 dollars pour chaque adulte américain s’il est élu, 500 dollars à un million d’Américains dans 30 États, 90 dollars à 20 millions de seniors âgés de plus de 65 ans inscrits à « Medicare ». À ces achats de voix s’ajoutent les milliards de dollars que représentent les soi-disant investissements étrangers aux États-Unis. Le président, par ses annonces folles, paraît aux abois. Mais en cas de victoire démocrate, accepterait-il sa défaite ? Déjà la mouvance MAGA s’agite pour accuser les démocrates, au cas où, de vol des élections. D’autres supposent que Trump remettrait en cause le système électoral américain.

Certains lui prêtent même l’intention de suspendre les élections en prenant le prétexte de troubles graves à l’ordre public. Quoi qu’il en soit, une victoire démocrate sera pour le président américain un casus belli avec des risques de paralysie du système politique aux États-Unis. Les deux dernières années du second mandat de Trump s’annoncent difficiles pour les Américains.

Les urnes n’ont pas encore parlé

À moins que les tripatouillages des circonscriptions électorales opérés dans les États républicains en faveur des trumpistes soient efficaces ; à moins que les restrictions mises au vote de certaines minorités soient acceptées par les juges ; à moins que les sondages ne se trompent. Après tout, ils ont évolué. L’interrogation des panels en ligne est préférée au téléphone. Les instituts ajustent leur échantillon en fonction de l’âge et des revenus. Mais ils sont incapables de dire combien d’électeurs de chaque camp doivent y être représentés.

Aucun sondage ne suffit donc à révéler une dynamique électorale. Mais les votes pour les primaires des deux grands partis, réels ceux-là, montrent que les primaires démocrates ont attiré beaucoup plus d’électeurs que celles du parti républicain. Encore un très mauvais signe pour Donald Trump.


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