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En Pologne, une crise politique qui résonne dans toute l’Europe

publié le 02/11/2026 par Pierre Haski

L’enjeu, considérable, a des résonnances dans toute l’Europe, notamment en France à l’approche du scrutin présidentiel

Photo : Manifestant polonais hostile au gouvernement devant le siège du Tribunal Constitutionnel à Varsovie, vendredi 29 octobre. ©AFP – Artur Widak : NurPhoto : NurPhoto via AFP

Une grave crise politique en Pologne oppose le gouvernement centriste de Donald Tusk au président populiste Karol Nawrocki autour du contrôle du Tribunal Constitutionnel. L’enjeu est considérable et a des résonnances dans toute l’Europe, notamment en France à l’approche du scrutin présidentiel.

Coup d’État ou rétablissement démocratique ? La bataille des récits fait rage en Pologne – et au-delà – après la grave crise politique qui a éclaté vendredi dans ce pays-clé de l’Union européenne. Cette crise est révélatrice de la difficulté de rétablir des normes démocratiques après un long passage au pouvoir de forces populistes.

Elle oppose le gouvernement centriste et pro-européen de Donald Tusk, un ancien président du Conseil européen à Bruxelles, au Parti Droit et Justice, le PiS, ultra-conservateur et eurosceptique, qui conserve la présidence du pays avec Karol Nawrocki, élu l’an dernier. Cette cohabitation est des plus tendues, en attendant les élections générales prévues dans moins d’un an, en octobre 2027.

Un contexte d’extrême polarisation

C’est dans ce contexte d’extrême polarisation qu’a éclaté la crise. Vendredi, le premier ministre a voulu imposer deux nouveaux juges au Tribunal Constitutionnel polonais, dont la nomination a été approuvée par le Parlement, mais refusée par le président Nawrocki. L’épreuve de force juridique est devenue physique.

La police antiémeute a été déployée autour du Tribunal Constitutionnel protégé par des militants du PiS. Pendant ce temps, le ministre de la Justice lançait une procédure pour lever l’immunité du président de la plus haute instance du pays. Le chef de l’État, qui était en route vers le Sénégal, a fait demi-tour en apprenant la nouvelle, et s’est rendu directement au Tribunal. Il a dénoncé une tentative de « coup d’État » menée par le gouvernement, qui s’appuie pourtant sur la stricte légalité.

Le chaos est total.

Hier, le PiS a annoncé vouloir renverser le gouvernement par une motion de censure au Parlement, et a réclamé un cabinet technocratique jusqu’aux élections de l’an prochain.

L’affaire a évidemment une dimension européenne

Le premier ministre s’appuie sur une décision de la Cour européenne des droits de l’homme, qui reconnait au Parlement le droit de nommer des juges. La Commission européenne a d’ailleurs demandé hier au Président Nawrocki de reconnaître les juges ainsi désignés.

La crise polonaise a fait irruption dans la campagne électorale française : Marine Le Pen a exprimé hier sa « profonde inquiétude » en évoquant « une prise de contrôle forcée d’une institution constitutionnelle ». Elle s’est attiré une réponse sèche de Raphaël Glucksmann, le candidat socialiste, qui lui a rétorqué que « les violations de l’état de droit furent commises par vos amis ultra-conservateurs en Pologne ».

L’affaire prend une telle ampleur car l’enjeu est considérable : les gouvernements illibéraux se sont tous attaqués à la justice, en Hongrie avec Orban, en Pologne avec le PiS, ou en Israël avec Netanyahou. Comment revenir en arrière en cas d’alternance démocratique, comme en Hongrie ou, en cohabitation, en Pologne ? Il ne suffit pas de battre les populistes dans les urnes pour rétablir les règles démocratiques, les dégâts peuvent être profonds.

Dans la bataille des récits qui entoure chaque incident dans des démocraties libérales polarisée, avec la Russie en embuscade qui met de l’huile sur le feu, les populistes invoquent un état de droit qu’ils ont pourtant maltraité. Mais c’est une manière d’inverser les rôles, de blâmer l’Europe pour leurs propres contorsions, et de « vendre » aux électeurs une réalité alternative.

La Pologne en est à ce moment précis, à un an de ses élections générales. Et, sans surprise, la France en campagne électorale y voit la préfiguration de possibles batailles à venir entre Marine Le Pen et le Conseil Constitutionnel.


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