Entre Trump et l’Europe, c’est le moment de vérité
L’Europe et les États-Unis sont au bord de la guerre commerciale après la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane supplémentaires aux pays qui ont envoyé des soldats au Groenland
Les réactions en Europe sont très fermes, un changement de ton face au président américain.
Le ton a changé, il s’est durci. Une partie de l’Europe, à commencer par la France, a finalement décidé qu’il fallait parler le même langage que Donald Trump : celui des rapports de force. Depuis un an, les dirigeants européens ont tenté plusieurs stratégies, de la flatterie aux concessions ; mais Trump ne respecte que ceux qui lui tiennent tête.
L’Europe sera-t-elle capable de s’unir sur cette ligne plus dure sur le Groenland, de tenir sur la durée, et surtout de faire entendre raison à Washington ? Une partie de l’avenir du continent se joue en ce moment dans le bras de fer entre les deux rives de l’Atlantique.
Il y a l’appel d’Emmanuel Macron à utiliser pour la première fois l’instrument anti-coercition européen, reste à en convaincre les autres ; mais il y a d’ores et déjà la décision des principaux groupes du Parlement européen, après l’annonce de nouveaux droits de douane américains sur huit pays, de ne pas ratifier l’accord commercial signé cet été par Ursula Von der Leyen avec Donald Trump ; Rien que cela suffit à allumer la mèche d’une guerre commerciale transatlantique.
En fin de semaine dernière, on apprenait l’envoi au Groenland de quelques soldats européens, dont quinze chasseurs alpins français, afin de préparer des manœuvres militaires. Une partie de l’opinion a raillé ce déploiement symbolique, mais force est de constater qu’il a fait mouche, puisque Donald Trump a décidé de sanctionner les pays concernés.
Au passage, il n’a pas choisi l’escalade militaire : elle aurait été facile, personne n’imagine les soldats français ou danois ouvrir le feu sur une force d’invasion américaine
Ce n’était pas le but. Donald Trump a donc écarté de lui-même l’option de la force, c’est un recul. Pour le moment en tous cas.Mais les droits de douane de 10% qu’il imposera dans quelques jours aux pays qui lui tiennent tête sont une autre forme de violence. Ils doivent augmenter tant que le Groenland ne lui appartiendra pas : la vente forcée entre alliés est aussi brutale qu’une invasion, c’est inacceptable. D’où la réaction très ferme hier à travers l’Europe.
Il y a deux pièges à éviter pour les Européens. Le premier est celui de la désunion. Donald Trump a sanctionné huit pays dans une tentative de diviser pour mieux régner. Les Huit, dont six membres de l’UE, ont signé une déclaration hier confirmant leur engagement au côté du Danemark. Les soutiens sont tombés en rafale, des Baltes, d’Irlande, etc. Mais que fera l’Italie de Meloni, ou la Hongrie d’Orban, qui ménagent généralement Trump ?
Le deuxième écueil, est la crainte, malgré tout, de ceux qui redoutent l’éclatement de l’OTAN ; ceux qui, en particulier sur le flanc est de l’Union, se retrouveraient en première ligne face à la Russie. Ils pourraient préférer transiger plutôt que de prendre des risques excessifs.
Ce qui se joue, c’est le choix de l’Europe entre la vassalisation à laquelle la pousse Donald Trump, et une émancipation dans la douleur. On pensait que le moment décisif viendrait de la guerre en Ukraine ; il surgit là où on ne l’attendait pas, des étendues glacées du Groenland, cible de la voracité d’un président américain impérial. L’Europe n’a pas le droit de décevoir.
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