« Epsteingate », l’arme fatale contre Trump ?
Les députés américains veulent publier le dossier de l’affaire de trafic sexuel. Trump le bloque. Parce qu’il est incriminé ? Désormais, son propre camp doute
Une affaire explosive relancée par le Congrès
L’affaire Epstein est comme un feu qui couve. Mais cette fois, les signes avant-coureur d’un embrasement sont plus forts que jamais. Va-t-il déclencher le brasier qui consumera Donald Trump, convaincu de ses turpitudes sexuelles ? Mercredi 19 novembre, la commission de la Chambre des représentants, constituée pour enquêter sur l’affaire, va voter pour exiger la publication de tous les éléments du dossier que le FBI et la ministre de la Justice des États-Unis, tout dévoués à Trump, ont refusé de rendre publics.
Si l’exécutif américain cède à l’injonction du législatif, comme l’y oblige la loi, si le nom du président américain apparaît dans les documents comme un client des jeunes femmes prostituées par l’homme d’affaires, le locataire de la Maison-Blanche pourrait être emporté par le scandale, victime d’un « Epsteingate » fatal.
Le réseau Epstein, ses victimes et ses premiers grands noms
Jeffrey Epstein est accusé, en 2019, de diriger un réseau de prostitution internationale. Les plaintes pour agressions sexuelles se sont multipliées. L’enquête du FBI révèle que 1 000 mineures et jeunes adultes sont concernées. Des personnalités sont mises en cause. Le prince Andrew, frère de l’actuel roi d’Angleterre, vient d’être déchu de ses titres et fonctions du fait de son implication dans l’affaire.
La compagne d’Epstein, Ghislaine Maxwell, est à son tour arrêtée en 2020. En août de l’année précédente, le souteneur de luxe s’est suicidé dans sa prison. Son geste suscite une polémique : des rumeurs d’assassinat persistent. Trop de personnalités seraient compromises. Sa femme, qui lui servait de rabatteuse, dénichait des proies pour lui et ses amis, est condamnée pour trafic sexuel à 20 ans de prison en 2022.
« Lolita express »
Dans les années 90, Epstein est un ami de Trump. Ils font ensemble des affaires immobilières, mais aussi la fête. Des photos ou vidéos montrent les deux hommes plaisantant, riant entourés de jeunes femmes. Le jet-setter est une figure de tout New-York. Il emmène dans son avion, baptisé « Lolita Express », ses invités dans sa propriété de Floride proche de celle de Trump. Là, il met à leur disposition ses proies. Or, la commission des représentants a consulté 20 000 documents déjà rendus publics.
Dans un des trois mails qui incriminent Trump, Jeffrey affirme : « Trump savait et est venu chez moi plusieurs fois… » Dans un autre message, à sa complice Ghislaine Maxwell, il assure que le milliardaire a passé plusieurs heures avec une de ses victimes. Et enfin, dans le troisième, il certifie à un journaliste que le président « savait à propos des filles ».
« Joyeux anniversaire. Que chaque jour soit une autre merveilleuse secret.«
Même si ces textes ne prouvent pas que Donald Trump ait utilisé une des filles, le doute s’installe. D’autant qu’il y a d’autres indices. Début septembre, le Wall Street Journal a publié le contenu d’une lettre — puis le document lui-même — de Trump à Epstein. Elle date de 2003 et a été rédigée à l’occasion de l’anniversaire du jet-setter. La missive comporte un dessin de corps de femme où la signature de Trump remplace la toison pubienne. Le tout est accompagné de cette phrase sibylline : « Joyeux anniversaire. Que chaque jour soit une autre merveilleuse secret. » Enfin, il y a plusieurs témoignages de femmes qui ont croisé Trump chez Epstein. Le locataire de la Maison-Blanche nie tout, tout le temps. Même quand les enquêtes de graphologues concluent que c’est bien la signature de Trump qui « orne » la lettre publiée par le Wall Street Journal. Il n’est pas sûr que le déni soit la meilleure défense.
Une contre-attaque confuse et risquée
La riposte trumpienne consiste aujourd’hui à détourner les attaques. Trump demande une enquête fédérale. Il accuse d’autres d’avoir goûté aux « cadeaux » d’Epstein. Il hurle au complot démocrate et prétend que Bill Clinton s’est rendu 28 fois dans la propriété d’Epstein. Mais il ne promet pas vraiment de publier le dossier du procès d’Epstein que son administration recèle. Ce refus risque de lui coûter cher politiquement.
Les sondages montrent que 90 % des Américains souhaitent la publication de ces pièces. Le candidat Trump avait promis lors de sa campagne électorale leur divulgation. Et la mouvance MAGA, les plus fidèles de ses partisans, y comptait pour pouvoir y lire la liste des « clients » d’Epstein, ces membres de l’élite haïs, soupçonnés d’entretenir à travers le monde des réseaux pédophiles. L’attitude de Trump les déçoit profondément.
Le camp républicain se fissure
À tel point qu’une de leurs figures les plus populaires et les plus extrémistes, la représentante de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, a rompu avec son idole. Trump a retiré son soutien à celle qu’il nomme désormais « Maggie la folle ». Laquelle l’a immédiatement accusé de vouloir intimider les Républicains qui osent critiquer sa gestion de l’affaire Epstein. Mais Maggie n’est pas seule. Thomas Massie, député républicain du Kentucky, mène la charge pour la publication du dossier Epstein.
Ce rebelle, ami de Ron DeSantis, gouverneur de Floride, et candidat contre Trump aux primaires républicaines, est pour le président américain un personnage dangereux qu’il a d’ailleurs copieusement insulté. Les Républicains sont donc plus que troublés à un an des élections de mi-mandat. Il ne faudrait pas que Donald Trump, normalement inéligible en 2028, devienne dès lors un boulet pour le « Grand Old Party » du fait de son rapport toxique aux femmes.
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