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Escalade : Poutine menace les étrangers présents à Kiev

publié le 26/05/2026 par Pierre Haski

Moscou durcit le ton et annonce des frappes massives à Kiev. Paris refuse d’évacuer. L’Ukraine tient malgré l’escalade

Poutine poursuit sa fuite en avant : Mocou annonce des frappes massives contre l’industrie d’armement ukrainienne et donne l’injonction aux étrangers, y compris les diplomates, de quitter Kiev. « Hors de question d’évacuer », répond Paris. L’Ukraine résiste dans ces conditions difficiles.


La réponse du Quai d’Orsay a été rapide et nette : « on a l’habitude des menaces de Poutine. Hors de question d’évacuer ». Le ministère des Affaires étrangères répondait à l’injonction russe, hier, aux étrangers, y compris les diplomates, de quitter la capitale ukrainienne en prévision d’une nouvelle escalade dans les bombardements. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a appelé son homologue américain Marco Rubio pour l’inciter à évacuer ses diplomates de Kiev. On ne connait pas la réponse américaine.


La veille, la Russie avait lancé l’une de ses plus violentes attaques de drones et de missiles contre Kiev et sa région, utilisant, pour la troisième fois seulement depuis le début de la guerre, son missile hypersonique Orishnik. L’utilisation de ce missile à portée intermédiaire est significative : il peut porter des charges nucléaires. Ce n’est évidemment pas le cas dans les trois frappes déjà enregistrées, mais le message se veut menaçant.


Dans sa communication d’hier, la Russie annonce également des frappes massives visant l’industrie ukrainienne de l’armement à Kiev, et en particulier les fabricants de drones. Après les récents raids de drones ukrainiens contre des cibles industrielles russes à Moscou, et l’accusation d’avoir atteint un dortoir dans les territoires ukrainiens occupés, la Russie veut montrer qu’elle peut répondre plus brutalement encore à chaque coup porté par les Ukrainiens.

Le message concernant les étrangers est sans doute moins destiné aux ambassades étrangères elles-mêmes, peu susceptibles d’obéir à des injonctions de Moscou, qu’à l’opinion russe elle-même. Vladimir Poutine martèle régulièrement que la Russie a en face d’elle l’OTAN, et pas seulement l’Ukraine – c’est moins humiliant que de ne pas parvenir à écraser une ancienne république soviétique.


Le communiqué d’hier précise d’ailleurs que l’industrie ukrainienne d’armement qui sera visée par les frappes russes bénéficie « du soutien de spécialistes de l’OTAN responsables de la fourniture de composants, du renseignement, et de l’aide au choix des cibles ».


Il y a certes de coopérations importantes entre des entreprises du secteur de la défense occidentales et les Ukrainiens ; mais c’est ignorer l’ampleur de l’innovation ukrainienne dans le développement des drones que de tout attribuer à l’aide de l’OTAN. L’Ukraine est devenue un géant dans la conception et la fabrication par millions des drones qui mènent la vie dure à la Russie.
Jusqu’où peut aller cette escalade ? L’hiver dernier, la Russie a lancé une vague sans précédent de bombardements des infrastructures électriques ukrainiennes, afin de casser le moral des populations civiles au moment le plus froid de l’année. Les Ukrainiens ont tenu le coup, même avec des températures inférieures à zéro dans les appartements.


Aujourd’hui, Moscou veut donc élargir les cibles, employer des types de missiles inhabituels dans cette guerre, et des menaces verbales croissantes. Pour autant, la situation militaire n’est pas à l’avantage de la Russie, et l’arrêt de l’aide américaine n’a pas affaibli l’effort de guerre ukrainien.


Vladimir Poutine pourra-t-il, par son escalade et sa rhétorique, rassurer sa population que cette guerre, qui est entrée dans sa cinquième année, justifie véritablement les morts par milliers, les sacrifices économiques et maintenant les destructions par les drones ukrainiens ?

Le président russe est engagé dans une fuite en avant qui ne change ni le rapport de forces, ni les fondamentaux du conflit. La vraie question est de savoir si, en cas d’échec persistant, il aura la tentation de franchir des lignes rouges et d’élargir le conflit. Pour l’heure, ses menaces sont surtout révélatrices de sa nervosité.


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