Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Et pendant ce temps-là, le nettoyage ethnique continue…

publié le 17/03/2026 par grands-reporters

36 000 Palestiniens déplacés en Cisjordanie en un an. Un chiffre qui réveille la mémoire de 1948 et de 1967

Déplacements massifs en Cisjordanie

Plus de 36 000 Palestiniens de Cisjordanie occupée ont été déplacés en un an, selon un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. Le document couvre la période allant de novembre 2024 à la fin octobre 2025 et évoque une expulsion de population d’une ampleur rarement observée dans ce territoire. Les déplacements résultent principalement de démolitions d’habitations, d’opérations militaires et de l’expansion continue des colonies israéliennes.

L’ONU alerte

Le rapport mentionne l’avancement ou l’approbation par les autorités israéliennes de 36 973 unités de logement dans les colonies de Jérusalem-Est occupée et d’environ 27 200 dans le reste de la Cisjordanie. Plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie – hors Jérusalem-Est – parmi environ trois millions de Palestiniens. Les Nations unies considèrent ces colonies comme illégales au regard du droit international.

La colonisation s’accompagne d’un morcellement croissant du territoire palestinien. Check-points, routes réservées aux colons, zones militaires fermées et barrières de sécurité fragmentent la Cisjordanie en enclaves discontinues et compliquent la circulation des habitants.

En un an, 1 732 incidents violents attribués à des colons

Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre déclenchée dans la bande de Gaza, les tensions se sont fortement aggravées en Cisjordanie. Le Haut-Commissariat recense 1 732 incidents violents attribués à des colons ayant entraîné des victimes ou des destructions matérielles sur la période étudiée, contre environ 1 400 l’année précédente.

Dans plusieurs régions rurales, des communautés palestiniennes ont abandonné leurs terres après des attaques répétées ou sous la pression d’opérations militaires israéliennes. Des villages entiers se sont ainsi vidés de leurs habitants.

Des opérations militaires fréquentes

Parallèlement, l’armée israélienne mène régulièrement des opérations d’ampleur dans les camps de réfugiés et les villes du nord de la Cisjordanie, notamment à Jénine, Tulkarem ou Nour Shams. Ces interventions visent officiellement les groupes armés palestiniens actifs dans ces zones. Elles s’accompagnent cependant d’arrestations massives, de destructions d’habitations et de déplacements temporaires de civils.

Selon plusieurs organisations humanitaires, ces mouvements de population constituent les déplacements les plus importants observés en Cisjordanie depuis des décennies.

Un écho de l’histoire palestinienne

Pour de nombreux Palestiniens, ces expulsions ravivent une mémoire collective profondément ancrée. En 1948, lors de la création de l’État d’Israël et de la première guerre israélo-arabe, environ 700 000 Palestiniens ont été contraints de fuir ou ont été expulsés de leurs villes et villages. Cet épisode, appelé la Nakba (« catastrophe »), constitue l’événement fondateur du drame des réfugiés palestiniens.

Un second déplacement massif a lieu en 1967, lors de la guerre des Six-Jours. Israël conquiert alors la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Environ 300 000 Palestiniens quittent ou perdent leurs foyers, dont une partie se réfugie en Jordanie. Aujourd’hui encore, plusieurs millions de réfugiés palestiniens et leurs descendants vivent au Moyen-Orient, principalement en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Crimes de guerre ?

Pour le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, le transfert forcé de population dans un territoire occupé peut constituer un crime de guerre au regard du droit international humanitaire.Le Haut-Commissaire Volker Türk a appelé Israël à mettre fin à l’expansion des colonies et à permettre le retour des Palestiniens déplacés.

Israël conteste ces accusations et affirme que ses opérations militaires visent à lutter contre les groupes armés palestiniens responsables d’attaques contre ses citoyens. Mais sur le terrain, l’addition des violences, de la colonisation et des opérations militaires nourrit une inquiétude grandissante : celle de voir se répéter, à une autre échelle, l’histoire des déplacements qui marque le conflit israélo-palestinien depuis plus de soixante-quinze ans.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"