Etats-Unis : l’accord de Trump éreinté par son propre camp
Même parmi les républicains, l’accord Iran-USA de Trump est déjà qualifié de « jackpot » offert à Téhéran par ses propres alliés
La fronde républicaine contre l’accord de Versailles
Alors que les chefs d’État européens ont servilement applaudi, jeudi soir à Versailles, la signature de protocole d’accord Iran-USA par Trump, aux États-Unis, classe politique et médias hurlent à la catastrophe. Et les plus virulents ne sont pas les ténors de l’opposition, ou les éditorialistes de la presse d’opposition. Ce sont le plus souvent des républicains bon teint. Lorsque l’agence Bloomberg dévoile les 14 points du document, les partisans de Trump, exception faite du noyau dur MAGA, s’affolent.
Quand le président des États-Unis le signe sous les ors de Versailles, entre la poire et le fromage, les mêmes sont partagés entre la rage et l’affliction. Bill Cassidy, sénateur de la Louisiane, a qualifié l’accord « de pire erreur en matière de politique étrangère depuis des décennies. » Ted Cruz, du Texas, a quant à lui expliqué : « l’histoire nous enseigne que donner des milliards de dollars à des fanatiques théocratiques qui veulent nous assassiner n’est pas une bonne idée. »
Un fonds pour l’Iran de 300 milliards qui fait scandale
Ce qui reste particulièrement en travers de la gorge de ces trumpistes, c’est, dans l’accord, l’engagement des États-Unis de parrainer la création d’un fonds de 300 milliards de dollars pour reconstruire l’Iran. Ce qui, au passage, accréditerait l’idée que Téhéran est sorti vainqueur de cette passe d’armes, puisque Washington accepte de lui payer des dommages de guerre. Perversion ultime, ce sont les pétromonarchies bombardées par l’Iran dont les infrastructures pétrolières et gazières ont subi de graves dommages, et que les États-Unis ont été incapables de protéger, qui devraient abonder ce fonds.
L’absurdité est totale. Qui paiera les dommages du Koweït, des Émirats arabes unis, du Qatar ou de l’Arabie saoudite qui ne voulaient même pas de cette guerre ? Leurs émirs et autres princes régnants apprécieront cette très mauvaise manière de leur « allié » américain.
Les Gardiens de la Révolution renforcés
L’ancienne représentante des États-Unis à l’ONU lors des deux premières années du premier mandat de Donald Trump, Nikki Haley, ralliée à sa candidature en 2017 après avoir tenté de le concurrencer, ne dit pas autre chose à propos du protocole d’accord. Elle critique un financement pour reconstruire ce que les États-Unis se sont appliqués à détruire. La diplomate estime que cet octroi de fonds, la levée des sanctions économiques, le déblocage des dizaines de milliards d’avoirs iraniens aux États-Unis et ailleurs permettront au régime des Gardiens de la Révolution de renforcer ses réseaux terroristes et ses ambitions nucléaires.
Le jackpot pour Téhéran atteindrait 500 milliards de dollars, sans compter la rente que pourrait constituer un péage déguisé en services divers à la navigation dans le détroit d’Ormuz. Jusqu’à l’ex‑vice-président, Mike Pence, qui a lui aussi dénoncé l’accord qui trahirait, selon lui, une volonté de cessez-le-feu à tout prix. Certes.
Graham, Vance et la bataille du récit
Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud, faucon parmi les faucons, qui voulait assassiner Poutine et dont Obama disait qu’il était « prêt à tous les doubles jeux pour sauver sa peau », aurait dû se désoler de cet accord, lui qui voulait un conflit jusqu’à la victoire finale. Mais plus chattemite que jamais, il déplore l’accord mais s’empresse de mettre en exergue la responsabilité du vice‑président JD Vance chargé des négociations à suivre. Si l’affaire capote, il sera responsable et pas Trump. La presse et les médias américains, qui n’ont pas ces habiletés, ont dans leur grande majorité condamné l’accord. Les épithètes sont multiples, de la « gaffe » au « désastre ».
Fox News et la droite médiatique en première ligne
Jusqu’à…Fox News, la très conservatrice chaîne préférée de Donald Trump. Elle a donné abondamment la parole à ceux qui affirment que « le cadre des négociations à venir offre à l’Iran d’énormes avantages financiers sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire ».
Elle assure : « bien que l’administration présente l’accord comme une percée, des critiques soutiennent que les concessions accordées dépassent largement les engagements obtenus en retour. » La presse d’opposition s’en donne bien sûr à cœur joie. Le « New York Times », pour ne citer que lui, estime que les dirigeants iraniens ont « de nombreuses raisons de se réjouir », qu’ils ont compris qu’ils détenaient une arme décisive, la menace du « chaos économique ». Le quotidien constate que Donald Trump a plutôt consolidé la nouvelle direction iranienne « qui a désormais davantage de raisons objectives de vouloir se doter de l’arme atomique ».
Trump éructe
Autrement dit, Donald Trump a tout faux. Le président, comme d’habitude, se dispense d’argumenter ou de polémiquer. La hausse de Wall Street et la baisse du prix du baril suffisent, selon lui, à prouver son succès. Il injurie. Il traite ses détracteurs d’« imbéciles », estime qu’ils sont soit jaloux, soit malhonnêtes, soit stupides. Forcément.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"