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Etats-Unis : l’assassinat de Kirk déchaîne les trumpistes

publié le 28/09/2025 par Pierre Feydel

Voulue par le président lui-même, une vague de répression s’abat sur l’opposition aux États-Unis

Kirk, figure du héros martyr

faisait Une forme d’inquisition s’installe aux États-Unis. Elle soupçonne d’hérésie, de contestation des dogmes trumpistes, les wokistes, les libéraux, les progressistes, les démocrates — tout ce qui pourrait professer, de près ou de loin, des idées de gauche. Son terrain de chasse : les médias, les réseaux sociaux, tout système d’expression publique ou privée. Et elle reconnaît les dissidents à leur doute ou à leur refus des opinions d’extrême droite professées par l’influenceur Charlie Kirk, abattu le 10 septembre sur un campus de l’Utah. À 31 ans, le patron de l’organisation Turning Point USA était devenu un membre de la « famille Trump », un héritier possible.

L’homme qui avait apporté au président les voix des jeunes mâles américains, surtout noirs et hispaniques, faisait figure de héros. Son inconcevable assassinat à peine perpétré, le locataire de la Maison-Blanche dénonçait la « violence politique de l’extrême gauche » et promettait de punir « les organisations qui la financent et la soutiennent. »

Appel à la vengeance: la grande messe de Phoenix

Depuis, la mouvance MAGA, encouragée par son chef suprême, hurle à la vengeance. La Maison-Blanche prépare un vaste plan de sécurité intérieure pour protéger « la liberté d’expression » — autrement dit, faire taire les opposants à Trump. Stephen Miller, chef adjoint de l’administration présidentielle, a déjà désigné à la vindicte populaire les adeptes d’une idéologie « en guerre avec la famille et la nature ». Peter Hegseth, le secrétaire à la Défense, a conduit une prière à la mémoire de Kirk devant un parterre de soldats transformés ipso facto en militants trumpistes.

La cérémonie à la mémoire de l’influenceur, à Phoenix (Arizona), a réuni le 25 septembre plus de 65 000 fidèles dans une sorte de grand-messe. Sa femme, Erika, y expliquait à propos de l’assassin : « Ce jeune homme, je lui pardonne, car c’est ce que le Christ a fait et que Charlie ferait. »

Une dimension christique

Mais cette attitude remarquable, cette surprenante dimension christique du message de Kirk, échappe totalement à Donald Trump qui ne pratique, tout chrétien affirmé qu’il prétende être, la moindre religion du pardon. Les adversaires de Kirk — qui sont aussi, parfois, ses adversaires politiques — sont, pour lui, des ennemis. Il ne convient pas de les vaincre, mais de les éradiquer. Et ce meurtre est, pour lui, une aubaine. Ses courtisans se sont empressés de montrer leur zèle. Le président de la Federal Communications Commission, Brendan Carr, a menacé de sanctionner Disney et la chaîne ABC, les forçant à limoger l’animateur Jimmy Kimmel, qui avait osé se moquer des larmes républicaines et qualifiait le mouvement MAGA de gang.

Depuis, l’animateur a été réintégré. Mais le pouvoir trumpiste a menacé les médias audiovisuels de ne pas renouveler leur licence s’ils tenaient ou encourageaient des propos désobligeants à propos de Kirk. Une vision totalement partiale de la liberté d’expression.

De la délation à la purge systémique

Dès le 15 septembre, lors d’une édition du Charlie Kirk Show présentée depuis la Maison-Blanche, le vice-président J. D. Vance, la porte-parole Karoline Leavitt, l’ex-animateur de Fox News Tucker Carlson, le ministre de la Santé Robert F. Kennedy accusaient, en chœur, « l’extrémisme de gauche » d’être responsable de la mort de l’influenceur. Vance, nouveau Torquemada, conseillait : « Si vous voyez quelqu’un célébrer le meurtre de Charlie Kirk, dénoncez-le, appelez son employeur. » Cet hymne à la délation a immédiatement été entonné ici ou là.

Une enseignante de l’Oklahoma a immédiatement été l’objet d’une enquête pour avoir écrit : « Charlie Kirk est mort de la même façon qu’il a vécu, en faisant ressortir le pire chez les gens. » Dans le Tennessee, l’employée d’une université publique a été licenciée pour avoir commenté sur Facebook : « La haine engendre la haine. Zéro sympathie. » Ce ne sont que quelques exemples de répression parmi des milliers d’autres.

Ciblés : journalistes, enseignants, salariés

Déjà des journalistes, des salariés du système éducatif et du privé ont été remerciés. Il ne s’agit pas d’actes isolés, mais bien d’une stratégie de répression très organisée. La « Charlie Kirk Data Foundation », un site web initialement intitulé « Expose Charlie Murderers » (Dénoncez les meurtriers de Charlie Kirk), affirme avoir reçu 60 000 dénonciations. La procureure générale Pam Bondi, à Fox News, a distingué la notion de « discours haineux » de celle de la « liberté d’expression ». Elle a en effet affirmé : « Nous vous prendrons pour cible et vous poursuivrons si vous visez quelqu’un avec un discours haineux. »

Le Premier amendement de la Constitution des États-Unis n’établit pourtant aucune distinction de ce genre. Christopher Landau, le secrétaire d’État adjoint, a annoncé des « mesures appropriées » contre les étrangers souhaitant se rendre aux États-Unis qui « louent, minimisent ou rationalisent » l’assassinat de Kirk.

Entreprises, armée, enseignants…la chasse aux dissidents

Sam Duffy, le secrétaire d’État aux Transports, a, lui, félicité American Airlines pour avoir mis à pied des pilotes de ligne ayant critiqué Kirk. Il estime que « la prochaine étape serait de les licencier. » Mais la purge ne se limite pas aux entreprises privées. Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a assuré que le Pentagone surveille les militaires et les fonctionnaires civils qui auraient « célébré » la mort de Kirk.

Un agent du Secret Service — qui assure, entre autres missions, la protection du président des États-Unis — a été suspendu pour avoir accusé Kirk de « répandre la haine et le racisme ». Pourtant la meute qui chasse le gauchiste, ou le supposé tel, aux États-Unis pour venger Kirk ne pose aucune question sur son assassin.

Make America Weaker Again

Tyler Robinson, 22 ans, a vécu dans une famille pro-Trump de la classe moyenne. Le jeune homme entretenait une relation amoureuse avec son colocataire voulant devenir une femme. Selon les enquêteurs, les propos violemment anti-transgenre de Kirk auraient alimenté la haine de son assassin autant que des opinions de gauche. On serait donc loin d’un complot gauchiste.

Pourtant les trumpistes profitent du drame pour mettre un peu plus à mal l’État fédéral, le système éducatif des États-Unis et la liberté d’expression, par conséquent pour affaiblir les États-Unis. C’est le mouvement MAWA : Make America Weaker Again — rendez l’Amérique encore plus faible.


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