Europe : Trump, le mauvais cheval de l’extrême-droite
Le trumpisme fait‑il perdre ? Après la lourde défaite de Viktor Orbán en Hongrie, les extrêmes droites européennes s’interrogent
Un revers d’ampleur
Steve Bannon, figure de l’extrême-droite américaine, ancien conseiller de Donald Trump lors de son premier mandat, émissaire de la mouvance MAGA en Europe, avait expliqué que Viktor Orban « incarnait un trumpisme avant Trump ».
Un hommage rendu au leader hongrois, anti-européen déterminé, et promoteur d’une politique autoritaire et illibérale dans son pays. Mais il n’est pas sûr que cette sorte de compliment ait porté chance à l’ex-Premier ministre.
Sa très sévère défaite aux dernières élections législatives marque un coup d’arrêt au projet de dislocation de l’Union européenne voulu par lui-même et ses deux « amis » Donald Trump et Vladimir Poutine.
Ce revers d’ampleur, qui donne une majorité qualifiée de plus des deux tiers au Tisza, le parti du futur chef de gouvernement, Péter Magyar, un conservateur-libéral plutôt pro-européen, montre de façon flagrante que le soutien affiché, public, du président américain n’est pas vraiment, en Europe, un gage de succès.
La fin d’un mentor du national-populisme
Depuis seize ans à la tête de son pays, Viktor Orban faisait jusqu’ici figure de mentor du national-populisme européen.
Ses prises de positions farouchement anti-Bruxelles avaient ravi Donald Trump.
D’autant que le leader hongrois avait mis la main sur les médias, asservi la justice, mis sous sa coupe le monde économique dans son pays, ce que le président des États‑Unis rêve d’accomplir chez lui.
Donc, le locataire de la Maison-Blanche avait, à la veille des élections, demandé aux Hongrois de voter Orban.
Mieux, il avait envoyé son vice-président soutenir la campagne de l’ami Viktor.
JD Vance, à quelques jours du scrutin, s’était empressé, au cours d’un meeting électoral à Budapest, de chanter les louanges du chef de gouvernement déjà en difficulté dans les sondages.
Le lendemain, la cote de popularité du leader hongrois avait perdu 2 points.
Les ingérences systématiques des trumpistes dans la politique intérieure des États européens ne font plus du tout les affaires des extrême-droites locales.
Un Trump repoussoir en Europe
L’opinion publique européenne n’est pas très trumpiste.
La proximité idéologique avec le président américain fait figure de repoussoir.
Orban était, selon Vance, le « meilleur allié civilisationnel » des États‑Unis en Europe… l’incarnation de ce que souhaite Donald Trump pour ce continent.vOn a vu le résultat.
En janvier, après l’annonce de Trump de vouloir annexer le Groenland, un sondage révélait que le président américain était considéré comme « un ennemi de l’Europe » par 51% des personnes interrogées dans plusieurs pays européens.
63% des Belges, 58% des Danois, 57% de Français, 53% des Espagnols, 50% des Italiens, 46% des Allemands exprimaient cette opinion. Seuls 28% des Polonais étaient du même avis.
Depuis, ces chiffres ont dû considérablement augmenter avec l’attaque de l’Iran, largement condamnée.
Les extrêmes-droites européennes se dépêchent de prendre leurs distances après avoir accepté les propos aimables des trumpistes avec beaucoup de complaisance.vAujourd’hui, l’attitude générale consiste à oublier les « gentillesses » passées.
L’embarras français
En France, les leaders du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella, n’ont plus aucun souvenir de leur rencontre avec l’ambassadeur des États‑Unis en France, Charles Kushner, père du gendre de Donald Trump, promoteur immobilier condamné pour évasion fiscale.
À la suite de cette entrevue, le président du RN avait manifesté son accord avec certains aspects de la politique étrangère des États‑Unis, particulièrement les critiques de l’Union européenne, de sa politique migratoire et de « l’effacement civilisationnel » qui menacerait le Vieux Continent.
Meloni, Weidel et la tentation Trump
L’administration Trump est devenue une alliée, aujourd’hui, très encombrante pour l’extrême droite, et encore plus toxique depuis la guerre menée en Iran et ses conséquences économiques pour les Européens.
Et même si, après la défaite de Viktor Orban, le RN s’est senti obligé de rendre hommage à sa politique passée, pas question de faire la moindre allusion à ses tropismes trumpiens.
Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, a, elle, poussé la flagornerie à l’égard du président américain en janvier de cette année jusqu’à souhaiter publiquement qu’il reçoive le prix Nobel de la paix.
Depuis, les droits de douane, l’affaire du Groenland, la guerre en Iran et, pour couronner le tout, les attaques récentes, à la limite de l’insulte, de Donald Trump à l’égard du pape, ont contraint la leader d’extrême-droite à faire machine arrière toute.
Elle s’est empressée de trouver « inacceptables » les paroles du président Trump à l’égard du Saint-Père.
En Allemagne, Alice Weidel, la dirigeante de l’AFD, le parti de l’extrême droite allemande, a dû, elle aussi, se défausser.
Au moment de l’offensive trumpienne sur le Groenland, elle a déclaré : « Donald Trump a enfreint une promesse électorale fondamentale : ne pas s’ingérer dans les affaires des autres États. En tant que souverainiste, je suis attachée à la souveraineté du Danemark et du Groenland. Nous ne pouvons pas laisser passer ses menaces sans réaction. »
Un allié devenu toxique
Pourtant Elon Musk avait manifesté, à l’égard de ce parti, une vive sympathie, intervenant directement en janvier 2025 dans ses meetings lors de la campagne des législatives anticipées. « Seule l’AFD peut sauver l’Allemagne », avait-il clamé.
Alice Weidel l’avait remercié de son soutien. En fin de compte, c’est peu dire que Trump isole l’Amérique. Il perd ses amis, n’arrive pas à vaincre ses ennemis quand il ne fait pas leur jeu.
Jusqu’à quand ?
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