Face à l’ogre russe, la Moldavie s’arrime à l’Ouest
Echec à la manipulation. Malgré les provocateurs, l’argent russe et la peur, la Moldavie a dit oui à l’Europe. Mais Moscou n’a pas renoncé…
Victoire du PAS et affaiblissement du camp prorusse
Les élections législatives du dimanche 28 septembre en Moldavie ont marqué l’attachement des Moldaves à l’Union européenne. Le parti PAS, de centre-droit, a remporté 50 % des voix au terme d’un scrutin fortement perturbé, alors que le « bloc patriotique », financé par Moscou, n’a enregistré que 24 % des voix. L’arrivée de trois plus petites formations au Parlement pourrait compliquer la formation d’un gouvernement, mais les 52 % d’électeurs qui se sont rendus aux urnes ont montré leur volonté de se rapprocher de Bruxelles.
Une campagne sous haute influence étrangère
Pendant la campagne, on ne comptait plus les ingérences étrangères, d’un côté comme de l’autre. Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Donald Tusk ont tenu un meeting en commun à Chișinău pour soutenir le PAS. La Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe, est enfin considérée comme très importante dans le dispositif de sécurité européen. Enclavée entre la Roumanie, membre de l’OTAN et de l’UE, et l’Ukraine en guerre, elle reste partiellement occupée en Transnistrie, région russophone n’ayant pas accepté la dislocation de l’URSS en 1991. Toutes les chancelleries occidentales ainsi que Kiev ont salué la victoire de leur allié.
« Moscou a dépensé des centaines de millions de dollars dans cette élection »
Pendant les élections, la justice a fait arrêter 74 provocateurs, accusés d’être des agents russes fomentant des troubles. Deux partis ont été empêchés de se présenter à cause de financements illégaux de leur campagne électorale. La désinformation allait bon train sur les réseaux sociaux et des cyberattaques non identifiées ont frappé plusieurs fois le pays. La présidente moldave Maia Sandu assure que « Moscou a dépensé des centaines de millions de dollars dans cette élection ».
Arrestations, désinformation et cyberattaques
Mais l’Internationale des droits autoritaires ne reste pas les bras croisés. Sans fournir de preuves, le Franco-Russe Pavel Durov, fondateur et propriétaire de la messagerie cryptée Telegram, accuse le Quai d’Orsay de lui avoir demandé de supprimer des canaux de discussion pendant les élections. Ancien dissident, Durov s’est rendu plusieurs fois en Russie depuis son « exil » de 2014 et laisserait le FSB avoir accès à ses serveurs. Le milliardaire Elon Musk l’a retweeté en ajoutant « Wow ». Son tweet a été vu plusieurs millions de fois, contre seulement 15 000 pour la dénégation de la diplomatie française : autant dire une goutte d’eau.
Cependant, à l’est, Moscou a dénoncé le choix du gouvernement moldave de n’ouvrir que deux bureaux de vote en Russie, alors que le pays compterait 500 000 immigrés moldaves. Cela est à prendre en compte lorsque l’on lit que 78 % des Moldaves de la diaspora ont voté pour le PAS.
Une adhésion européenne encore lointaine
La petite république n’est pas au bout de ses peines : rien n’indique, malgré la forte volonté de ses citoyens, que son entrée dans l’UE soit pour bientôt. L’inflation demeure forte à 7 %, et le pays reste dépendant de l’argent que lui envoie sa diaspora : environ 15 % de son PIB chaque année. Le chemin des réformes pour rejoindre l’UE restera long, notamment pour réduire la corruption endémique et développer une économie fortement dépendante de l’énergie russe. En Moldavie, le salaire minimum est de 281 € par mois.
Encadré

La Transnistrie, un conflit gelé aux portes de l’Europe
La Transnistrie est une étroite bande de terre située entre le fleuve Dniestr et la frontière ukrainienne. Peuplée d’environ 460 000 habitants, majoritairement russophones, elle a proclamé son indépendance en 1990, refusant la rupture avec l’URSS. Une brève guerre en 1992 a opposé les séparatistes, soutenus par la Russie, aux forces moldaves.
Depuis, la région vit en marge : non reconnue par aucun État membre de l’ONU, dotée de ses propres institutions, armée, monnaie et services de sécurité, elle survit grâce au soutien politique, militaire et économique de Moscou. Environ 1 500 soldats russes sont toujours stationnés sur ce territoire, considéré comme l’un des « conflits gelés » post-soviétiques.
La présence de cette enclave prorusse empêche toute normalisation complète entre la Moldavie et ses voisins européens. Elle constitue un levier permanent du Kremlin pour freiner l’arrimage de Chișinău à l’Union européenne et à l’OTAN.
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