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Face au bilan terrifiant de la répression en Iran, la tentation de frappes punitives

publié le 28/01/2026 par Pierre Haski

Une armada américaine vient d’arriver dans la région, mais à quoi serviraient des frappes maintenant ?

Selon la rapporteuse de l’ONU sur l’Iran, Mai Sato, il pourrait y avoir « des dizaines de milliers de victimes » de la répression du dernier soulèvement dans le pays.

Connaîtra-t-on un jour le nombre exact de victimes de la répression du dernier soulèvement iranien ? Le bilan est assurément le plus lourd en plus de quatre décennies d’histoire de la République islamique, et montre un régime dépourvu de tout scrupule pour faire tirer sur son propre peuple.

Les mots de Mai Sato, la rapporteuse de l’ONU sur l’Iran, hier dans Le Monde, font frémir. Elle fait état de témoignages de médecins dans les hôpitaux et de responsables de morgues, et conclut : « Il pourrait y avoir des dizaines de milliers de victimes ». C’est un chiffre digne d’une véritable guerre, en l’espace de quelques jours, dans ce qui était pourtant au départ un mouvement social provoqué par une inflation hors de contrôle.

Le régime iranien a développé un discours destiné à faire passer les manifestants pour des « terroristes », ou des agents d’Israël ou des États-Unis. Mais les Iraniens savent à quoi s’en tenir, si l’on en juge par les rares témoignages qui passent malgré la coupure d’internet.

Armada américaine

Dans ce contexte, l’arrivée dans la zone d’une armada américaine relance la possibilité d’une action militaire décidée par Donald Trump, avec toutes les interrogations sur les motivations et les conséquences de frappes à ce stade.

À quoi serviraient des frappes maintenant ? C’est toute la question : on se souvient que Donald Trump, alors que les manifestations étaient au plus fort, avait déclaré : « L’aide est en route ». Mais deux jours plus tard, il renonçait en affirmant même, sans preuve, avoir empêché quelque 800 exécutions capitales.

Certains experts attribuaient ce recul à l’absence de moyens militaires suffisants dans la zone. Aujourd’hui, avec l’arrivée du porte-avions Lincoln et de son escorte, et le renforcement des bases dans la région, ces moyens sont réunis. Mais avec quel objectif ?

Il ne peut plus s’agir d’aider les manifestations qui ont cessé. Renverser le régime ? Ça ne serait pas possible par la seule voie aérienne, or Donald Trump ne veut pas démarrer une nouvelle guerre sans fin au Moyen-Orient ; et il n’a de toutes les manières pas déployé les moyens suffisants pour une invasion terrestre. Restent des frappes punitives en raison de la répression féroce infligée au peuple iranien : c’est peut-être moralement satisfaisant, mais sans effet sur le régime, sauf à le décapiter.

Le précédent Maduro

Trump peut-il viser le Guide Ali Khamenei ? Personne ne peut vraiment l’exclure, et le caractère illégal au regard du droit international n’est pas de nature à arrêter Donald Trump. Le précédent de l’enlèvement du président vénézuélien Maduro est dans tous les esprits.

Les pays de la région, même adversaires de l’Iran, n’y sont pas favorables. Les Émirats arabes unis, alliés d’Israël dans le cadre des Accords d’Abraham, plaident ainsi pour la « désescalade » – pas pour des frappes qui risquent de provoquer le chaos dans un pays de 90 millions d’habitants.

Beaucoup préfèrent laisser les dynamiques internes aller à leur terme, avec un Guide suprême, Ali Khamenei, qui a 86 ans et dont une partie du système serait fatiguée des positions radicales, et une société traumatisée qui aspire majoritairement à la fin de ce régime.

Mais le bilan rapporté par les ONG est tellement monstrueux que la pression pour agir est forte. Même si la tentation punitive n’est pas nécessairement bonne conseillère.


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