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Finale Coupe du monde : à 12 kilomètres du stade, l’“enfer” de Delaney Hall

publié le 18/07/2026 par grands-reporters

Alors que des supporteurs du monde entier y sont accueillis à bras ouverts, non loin des stades où se déroulent les matchs de football, la police de l’immigration poursuit ses arrestations

Photo : La police fait barrage, après que des manifestants ont érigé une barricade à l’une des entrées du centre ICE de Delaney Hall, à Newark, dans le New Jersey, le 6 juin 2026. PHOTO LEXI PARRA / THE NEW YORK TIMES

C’est notamment le cas dans le New Jersey, où de violents affrontements ont éclaté entre forces de l’ICE et ses opposants, à quelques kilomètres du MetLife Stadium, où se tiendra la finale de la Coupe du monde, le 19 juillet.

“À une quinzaine de kilomètres de l’énorme stade où des supporteurs vont payer des milliers de dollars pour assister aux matchs de la Coupe du monde, un tout autre genre de confrontation se déroule dans un autre stade du New Jersey”, annonce le chroniqueur Steve Politi sur le site NJ. com. Derrière “ses murs élevés couronnés de barbelés”, à Newark, le Delaney Hall abrite bien un terrain en gazon synthétique. Mais les occupants de ce vaste complexe du New Jersey n’ont pas vraiment le cœur à y jouer.

“Le centre, qui a accueilli des migrants jusqu’en 2017 avant d’être converti en maison de transition pour détenus, a été rouvert en mai 2025 pour devenir le premier centre de détention de l’ICE autorisé lors du second mandat de Donald Trump”, rappelle The New York Times. Et alors que des supporteurs du monde entier commençaient à arriver aux États-Unis pour soutenir leurs équipes préférées, en mai, un mouvement de protestation s’y est déclaré.

Lancé par les “détenus”, il visait à dénoncer leurs conditions de détention déplorables : “Nourriture immangeable, absence d’accès à des soins médicaux nécessaires et maltraitance physique de la part des gardiens”, détaille NJ. com. “La viande était parfois impossible à identifier”, confie au New York Times Latif Hafraoui, un immigrant marocain de 61 ans, détenu au Delaney Hall pendant cent huit jours. Azizullah Qasemi, demandeur d’asile afghan de 30 ans, se souvient quant à lui “avoir dormi dans une pièce glaciale en plein mois de décembre avec onze autres personnes, et sans jamais savoir ce qui lui était reproché”.

L’euphorie d’un côté, la misère de l’autre

Après avoir entamé une grève de la faim, les détenus de Delaney Hall ont été rejoints par des manifestants extérieurs qui “se sont rassemblés dehors et sont restés plusieurs semaines à bloquer le passage de véhicules”, relate le New York Times. Le tout, pendant que “des agents fédéraux en tenue antiémeute formaient des cordons de protection et les arrosaient de produits chimiques irritants”. En quelques semaines seulement, “Delaney Hall est devenu le fer de lance de la résistance à l’ICE aux États-Unis”, écrit Sebastian Moll, correspondant à New York pour Die Tageszeitung (TAZ). Un terrain d’affrontements violents où “le football n’a pas sa place”, fait observer Steve Politi.

La Coupe du monde braque les projecteurs sur les États-Unis, et nous voulons que les Américains en tirent bénéfice, mais ce n’est pas une raison pour oublier ce qui se passe ailleurs dans le pays”, alertait Rob Menendez, élu démocrate du New Jersey à la Chambre des représentants, lors d’une conférence de presse, en décembre dernier. “Comment le New Jersey peut-il accueillir le monde pendant que ces gens se font interpeller dans la rue ?” reprend Steve Politi. Comble de l’ironie, “durant l’une de ses quinze visites dans le centre, Menendez a fait la rencontre d’un détenu ancien joueur de football en ligue nationale”, originaire du Chili, rapporte le journaliste.

La face cachée de la Coupe du monde

Fin juin, les affrontements de Delaney Hall ont fini par cesser. Le calme est revenu au prix d’un transfert des “meneurs du mouvement” “vers d’autres centres”, lorsqu’ils ne sont pas “placés à l’isolement”, indique la Tageszeitung. Outre-Atlantique, la Coupe du monde bat désormais son plein. Et hormis “les piques contre l’équipe iranienne et les joueurs haïtiens” et “l’intervention de Trump au plus haut niveau [concernant une décision arbitrale]”, “les stades ont été relativement épargnés par la sauvagerie de l’administration Trump”, constate le quotidien berlinois.

À l’écart des médias, les activités de l’ICE ont pourtant repris de plus belle à échelle nationale”, regrette le journal allemand, qui note dans son article du 12 juillet “10 000 arrestations de plus que d’habitude en seulement cinq jours”. Une réalité bien loin de celle des supporteurs. Pourtant, “le stade du Mondial et ce centre de détention infernal ne sont séparés que par une douzaine de kilomètres”, souligne le journaliste allemand.

À Newark, quelques inconditionnels campent encore à côté du bâtiment, comme cet “homme barbu avec une queue-de-cheval”. Interrogé par la TAZ, l’intéressé affirme “qu’il restera là, 24 heures sur 24, parce qu’il ne faut pas oublier ce qui se passe au Delaney Hall”. Ce mouvement sera-t-il suffisant ? Le journaliste semble en douter : parce que si “quelques bannières peuvent encore flotter au-dessus des autoroutes” pour rappeler le sort des détenus, dans le New Jersey, “elles ne feront certainement pas baisser la fièvre des passionnés de foot” lors de la finale du 19 juillet.

Par Clémentine Soupart-Lejeune

Cet article a été publié dans Courrier International


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