France : les trois raisons de la reconnaissance de la Palestine
A New York, un groupe de pays a au moins le mérite de dire tout haut : « non » à la loi du plus fort. Voici pourquoi
Pour certains ça ne va pas assez loin, pour d’autres c’est un cadeau au Hamas : la reconnaissance de la Palestine par la France et une dizaine de pays aujourd’hui est d’abord une manière de dire « non » à l’éradication des Palestiniens de leurs terres, à Gaza comme en Cisjordanie. Explications.
Pour certains, la reconnaissance de la Palestine par la France et un groupe de pays, ne va pas assez loin : il n’arrêtera pas immédiatement la tragédie des Palestiniens à Gaza, et devrait être accompagné de sanctions contre Israël ; pour d’autres, au contraire, il est scandaleux car il récompense le Hamas qui détient encore des otages, il serait même teinté d’antisémitisme.
Entre ces deux positions extrêmes, il y a le réel, qui tient en trois points :
•Premièrement : la solution des deux États est la position traditionnelle de la Communauté internationale depuis longtemps, celle de la France depuis que François Mitterrand a demandé un État palestinien dans son discours historique à la Knesset, à Jérusalem, en 1982, il y a plus de 40 ans. Rien n’a été fait en ce sens depuis l’échec des accords d’Oslo il y a un quart de siècle, mais ce n’est pas une surprise que Paris soutienne le principe des deux États, la seule solution raisonnable malgré la difficulté de la mettre en oeuvre.
•Deuxièmement : reconnaître un État palestinien dans le cadre de la solution des deux États n’est pas un soutien au Hamas qui ne veut pas des deux États. Le Hamas, comme les suprémacistes israéliens d’ailleurs, est pour un seul État, de la Méditerranée au Jourdain. Or cette accusation lourde persiste. Après le massacre du 7 octobre, le Hamas est le meilleur moyen de discréditer toute tentative de paix. Or c’est méconnaître l’histoire : j’ai vécu comme correspondant à Jérusalem la période des accords d’Oslo, quand le Hamas a repris ses attentats suicides pour faire échouer le processus, et faire élire Benyamin Netanyahou en 1996, contre Shimon Pérès qui avait repris le flambeau d’Yitzhak Rabin. Les attentats du Hamas ont fait basculer une partie de l’opinion vers Netanyahou, tandis que le premier ministre israélien a favorisé l’émergence du Hamas à Gaza pour mieux diviser les Palestiniens. Tout cela est documenté : les deux États et le Hamas, c’est contradictoire.
•Troisième point. Emmanuel Macron a choisi de lancer son initiative, avec l’Arabie Saoudite, qui aboutit aujourd’hui au siège des Nations Unies, à un moment décisif : l’offensive israélienne à Gaza, et les projets de colonisation en Cisjordanie, sont en train de donner le coup de grâce à toute aspiration politique palestinienne ; voire à toute présence palestinienne si l’on écoute les plus extrémistes des ministres israéliens.
La reconnaissance seule ne suffira pas à les stopper, c’est un fait. Mais au moins des pays importants comme la France, le Royaume Uni ou le Canada disent tout haut qu’ils ne peuvent pas accepter l’éradication des Palestiniens de cette terre, et que la solution ne peut venir que d’un compromis.
Si l’initiative franco-saoudienne s’arrête là, elle n’aura servi qu’à sauver l’honneur à un moment de déshonneur collectif ; le vrai défi est donc « le jour d’après », dans un contexte où Israël et les États-Unis sont vent debout contre cette vision. La grande majorité des États du monde a approuvé par vote à l’assemblée générale de l’ONU la démarche franco-saoudienne ; mais c’est à Washington que se trouve la clé.
Deux images en ce jour, l’une cet après-midi dans la tour de verre de l’ONU, l’autre sur les routes de l’exode sous les bombes à Gaza. La première a la fragilité de l’espoir, l’autre la fatalité du désespoir. A New York, un groupe de pays a au moins le mérite de dire tout haut : « non » à la loi du plus fort.
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