Gaza, année zéro
72 000 morts. Un cessez-le-feu qui ne règle rien. Et deux millions de Gazaouis oubliés du monde
Vivre au milieu des rats
La fuite en avant meurtrière israélienne sème la désolation en Iran et au Liban. Les conséquences économiques de la fermeture du détroit d’Ormuz occupent les pensées des décideurs. Les plateaux télés sont abreuvés des images des derniers bombardements destructeurs à Téhéran, Beyrouth, au Sud-Liban. Parfois, on voit apparaître la face orangée de l’apprenti autocrate milliardaire éructer une nouvelle imbécilité. Le monde semble avoir oublié que plus de deux millions de Gazaouis vivent au milieu des rats, dans la crasse, la peur et l’indignité malgré le cessez-le-feu décrété il y a six mois.
Tsahal ouvre le feu, au mépris de l’accord
L’armistice — le mot « paix » serait un abus de langage — n’a tenu aucune de ses promesses : les bombardements se poursuivent, l’aide humanitaire reste insuffisante, et la libre circulation est toujours interdite. Chaque jour, Tsahal tire, au mépris de l’accord négocié. Selon le ministère de la Santé de Gaza — dont les chiffres, bien que contrôlés par le Hamas, n’ont jamais été contestés par l’ONU ou les grandes ONG —, 700 Palestiniens ont péri depuis le 10 octobre 2025.
Les victimes sont souvent de simples enfants.
Parmi les victimes, des enfants. Comme Ritaj Rihan, 8 ans, abattue le 9 avril par l’armée israélienne alors qu’elle se trouvait dans sa « salle de classe » de fortune, au milieu d’un campement surpeuplé.
Elle est morte peu après, alors que ses camarades de classe avaient assisté à la fusillade. Il s’agit aussi de journalistes, d’agents humanitaires… Tout ce qui peut permettre aux Palestiniens de survivre ou de faire connaître au monde leur situation. Le président de l’ONG Refugees International est catégorique : « les meurtres et les frappes indiscriminées continuent ».

Deux millions d’humains dans moins de 120 km2
Ces meurtres ont lieu alors que la population continue de manquer de tout.
Plus de 80 % des bâtiments sont détruits ou endommagés — un niveau de destruction inégalé depuis l’invasion de l’Allemagne par les Alliés. L’accord prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour : la réalité est bien en deçà.
Les maigres progrès en matière d’apports alimentaires risquent de s’effondrer d’ici la mi-avril, condamnant Gaza à une famine annoncée.
Toute la population vit entassée dans moins de 120 km², au sud de la « ligne jaune ». Prendre le risque de s’en approcher peut se terminer avec une balle de sniper dans la tête.
Donner la vie peut conduire à la mort
Les femmes et les filles vivent d’autant plus douloureusement ces privations à cause de leur vulnérabilité. Presque plus aucun hôpital ne fonctionne à Gaza et 46 % des médicaments sont en rupture de stock : donner la vie peut conduire à la mort. Les déplacements de masse les mettent plus en danger que les hommes. Un rapport onusien met en exergue leur plus forte propension à la déscolarisation, la faim ou la maladie.
Une réalité que le monde refuse de voir
Que fait la soi-disant « communauté internationale » ? Rien, ou pas grand-chose. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme prêche dans le désert quand il appelle à mettre fin à « deux ans et demi de crimes répétés au mépris du droit international ». Peut-être que l’Histoire le verra comme un nouveau Jan Karski, résistant polonais dénonçant l’Holocauste : un témoin de faits impossibles à accepter.
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