Gaza : comment le Hamas terrorise aussi les Palestiniens
Loin du seul affrontement avec Israël, le mouvement islamiste s’appuie sur une « justice punitive » pour écraser toute opposition et verrouiller son contrôle sur l’enclave
Une commission d’enquête de l’ONU documente des exécutions publiques, tortures et humiliations infligées par le Hamas à des civils palestiniens dans la bande de Gaza.
Exécutions sommaires en pleine rue, fractures infligées à la barre de fer, violences sexuelles et humiliations publiques : derrière l’image de la « résistance » à Israël, un autre visage du Hamas se dessine dans Gaza assiégée. Celui d’un régime de peur, tourné aussi contre les Palestiniens qu’il prétend défendre.
Dans un rapport publié sous l’égide des Nations unies le 9 juin, une commission d’enquête internationale sur la situation dans les territoires occupés en Israël et en Palestine décrit, pour les deux dernières années, un système de répression systématique contre les civils à Gaza. Entre août 2024 et janvier 2026, les enquêteurs ont identifié 249 cas individuels d’exécutions ou de violences physiques sévères, qui ont fait 108 morts et 384 blessés palestiniens. Et ce ne serait qu’une fraction des victimes.
Une « justice punitive » mise en scène
Pour la commission, ces violences ne relèvent ni de dérapages isolés ni d’initiatives locales. Elles obéissent à une logique : « éliminer l’opposition et contrôler Gaza ». Les exécutions sont organisées comme des démonstrations de force. Elles se déroulent dans des rues, près des mosquées, parfois dans d’anciens commissariats, devant des foules rassemblées – enfants compris – et sont filmées, photographiées, parfois diffusées en direct.
Dans une exécution, le 21 septembre 2025, trois civils accusés de collaboration avec Israël sont poussés au sol, devant la foule, avant d’être abattus d’une balle dans la tête et dans le dos. Un militant proclame face à la caméra : « La peine de mort a été prononcée contre ces traîtres. » Quelques semaines plus tard, huit membres d’un clan rival subissent un sort similaire, agenouillés, sous les cris de « collaborateurs » et « espions ».
Les sanctions ne se limitent pas à la mise à mort. Le rapport recense des passages à tabac prolongés, des fractures volontaires de bras ou de jambes, des violences sexuelles – notamment la nudité forcée – et des campagnes d’humiliation. Des hommes accusés de vols sont rasés, le mot « voleur » peint sur leur dos, exhibés devant leurs voisins. La punition devient un marquage social indélébile.
Trois forces en première ligne
Les violences sont attribuées à trois structures clés du dispositif sécuritaire du Hamas. L’unité Sahm, force paramilitaire créée en 2024 par le ministère de l’intérieur de Gaza, est tenue pour responsable directe de quatorze exécutions. La force Rad’a, mise en place en 2025 pour lutter officiellement contre le crime, les « collaborateurs » et les opposants politiques, aurait exécuté douze Palestiniens.
Les Brigades Ezzedine Al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, sont, elles, impliquées dans neuf exécutions. Ensemble, ces entités composent un appareil répressif étroitement imbriqué dans les structures du mouvement islamiste, capable de frapper à la fois des clans rivaux, des sympathisants d’autres factions, des opposants ou de simples citoyens accusés de détournement d’aide ou de consommation de drogue.
La commission relève « des schémas clairs quant aux moments choisis, aux méthodes et aux cibles » de ce qu’elle qualifie de « justice punitive ». Sur ses propres réseaux sociaux, le Hamas revendique régulièrement des « décisions punitives immédiates, sur place, sans procédure régulière ». Aucune garantie de procès équitable, aucune défense, aucun contrôle externe : l’arbitraire est institutionnalisé.
L’hôpital Nasser, symbole d’une dérive
Le rapport va plus loin en affirmant qu’il existe des « motifs raisonnables » de penser que des forces du Hamas ont torturé des civils palestiniens dans le complexe de l’hôpital Nasser, en violation directe du droit international humanitaire, qui impose la protection absolue des structures médicales.
Au début de l’année, Médecins sans frontières avait suspendu ses activités dans cet hôpital après avoir constaté la présence d’hommes armés masqués, des actes d’intimidation, des arrestations arbitraires de patients et un « déplacement suspect d’armes » dans l’enceinte du complexe. L’un des rares lieux encore perçus comme refuge à Gaza devient alors un prolongement du dispositif de contrôle armé.
Une population prise en étau
Cette enquête s’inscrit dans une série de rapports plus larges, où la commission a déjà estimé, en septembre 2025, qu’un génocide était en cours à Gaza, plus de 72 000 habitants ayant été tués par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023. Dans cette bande de terre largement détruite, où Israël maintient un contrôle étroit sur les entrées, les sorties et les infrastructures, les Palestiniens se retrouvent sans véritable recours, ni sécurité, ni horizon politique.
Mais le texte souligne, avec la même force, la responsabilité du Hamas : les Palestiniens « se retrouvent pris au piège entre la violence structurelle et les atrocités de masse des forces israéliennes et le régime prédateur et fondé sur la peur du Hamas », écrit la commission. Victimes des bombardements et du siège, ils le sont aussi des exécutions sommaires, de la torture et des humiliations infligées par la faction qui prétend les gouverner.
Des crimes de guerre, et une impunité
En qualifiant une partie de ces actes de « crimes de guerre » et de violations du droit international, les enquêteurs ouvrent la voie à d’éventuelles poursuites devant des juridictions internationales. Exécutions extrajudiciaires, torture, violences sexuelles, détentions arbitraires dans des hôpitaux : le dossier accumulé contre les forces du Hamas est désormais solidement constitué.
Reste la question centrale de l’impunité. Ni le Hamas, ni Israël, lui aussi mis en cause pour des crimes de masse, ne font aujourd’hui l’objet de mécanismes de responsabilité à la hauteur des violations documentées. Coincés dans une enclave ravagée, privés d’accès à la justice, les Palestiniens de Gaza restent pris entre deux systèmes de violence – l’occupation et le siège d’un côté, la terreur intérieure de l’autre – sans échappatoire ni protection.
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