Gaza : Israël sous tutelle américaine
La paix de Trump s’impose par la contrainte : Washington pilote désormais l’après-guerre à Gaza, face au gouvernement israélien de Netanyahou, furieux mais politiquement désarmé
Washington met Israël sous tutelle
Le cessez-le-feu à Gaza et la libération des otages israéliens encore détenus par le Hamas ont été obtenus par l’administration Donald J. Trump en mobilisant les pays arabes sunnites qualifiés de modérés, mais aussi avec l’appui du Qatar et de la Turquie, proches des Frères musulmans.
D’un conflit armé aux conséquences militaires et humanitaires devenues insupportables, on est passé brusquement à une nouvelle réalité encore difficile à déchiffrer.
Une seule certitude s’impose à ce stade : les États-Unis et les pays musulmans qui les accompagnent ne laisseront ni le Hamas ni le gouvernement israélien relancer les hostilités. Les deux belligérants ont perdu leur liberté d’action. Benjamin Netanyahou a beau déclarer qu’Israël reste maître de sa sécurité, les faits et les images montrent le contraire.
Kiryat Gat : le cœur du commandement américain
La ville israélienne de Kiryat Gat, située à 30 km de Gaza, était jusqu’ici connue pour abriter l’un des plus grands centres de production d’Intel hors des États-Unis. En quelques jours, un centre militaire interarmes regroupant 200 militaires américains y est devenu opérationnel.
Présenté à l’origine comme un simple centre de surveillance, il fonctionne en réalité comme un centre de commandement. Depuis le 17 octobre 2025, aucune action de riposte ou de représailles de l’Israel Defense Forces (IDF) dans la bande de Gaza ne peut être menée sans autorisation américaine préalable.
La fin du « seul maître à bord » Netanyahou
Le gouvernement israélien a décidé de bloquer l’arrivée de l’aide humanitaire à Gaza pour exprimer son mécontentement face aux lenteurs du Hamas à rapatrier les dernières dépouilles d’otages israéliens.
Les États-Unis ont immédiatement rappelé leur prééminence : ils ont interdit le blocus envisagé par Israël. L’aide humanitaire continue donc d’entrer sous contrôle américain depuis Rafah.
Netanyahou a affirmé à ses ministres d’extrême droite qu’il ne tolérerait pas la participation à la future force d’interposition internationale de pays comme la France ou l’Espagne, qui ont reconnu l’État de Palestine.
Les médias israéliens ont pourtant montré des militaires français et espagnols présents aux côtés d’émiratis, de Jordaniens, d’Anglais, d’Allemands et de représentants de l’IDF lors de la visite du secrétaire d’État Marco Rubio sur le site de Kiryat Gat.
Hamas : neutralisé… ou en sursis ?
Pour l’heure, Netanyahou comme le Hamas ont perdu la main. Mais la situation pourrait se retourner en leur faveur dans un avenir proche, pour deux raisons liées.
D’abord, les visions stratégiques des pays musulmans sur lesquelles Trump s’appuie sont difficilement conciliables entre elles.
Si le leadership revient à l’Arabie saoudite et aux alliés sunnites, un processus prudent et lent pourrait conduire à une solution réaliste au problème national palestinien.En revanche, si Trump laisse le Qatar et la Turquie prendre une position dominante dans le processus en cours, le Hamas pourrait rapidement reconstituer sa capacité de nuisance.
Une société israélienne meurtrie, une classe politique à la dérive
Entre Riyad, Abou Dhabi, Amman et Doha, les priorités divergent largement :
urgence humanitaire, sécurité régionale, influence théologique, normalisation ou non avec Israël…
Trump tente d’orchestrer ce concert hétérogène sans partition commune.Après deux ans de guerre, la société israélienne tente de se rétablir et de panser ses plaies.
Le débat public évolue : d’un pays gérant des menaces extérieures, Israël cherche à devenir un pays proposant des solutions de sortie de crise.
Ce sont aujourd’hui surtout des partis de gauche minoritaires et les partis arabes israéliens qui portent cette exigence.
Les partis d’opposition misent, eux, sur le ressentiment né du désastre du 7 octobre, sans parvenir à s’unir pour proposer une vision alternative de l’avenir.
2026 : le pari électoral de Netanyahou
Si le processus lancé par les États-Unis et leurs partenaires musulmans s’enlise, Netanyahou pourrait choisir d’avancer les élections législatives au début de l’année 2026.
Contrairement à ce que suggèrent les sondages actuels, il aurait alors des chances substantielles de l’emporter en se présentant comme le seul rempart face aux pressions de Trump et de ses alliés arabes.
🔎 Zoom
Le centre de commandement de Kiryat Gat
Nom officiel : Civil-Military Coordination Center (CMCC)
Inauguration : 17 octobre 2025 — United States Central Command (CENTCOM)
Mission : supervision du cessez-le-feu, contrôle des flux d’aide, coordination de la stabilisation de Gaza
Composition : militaires américains, britanniques, jordaniens, émiratis, autres alliés
Portée politique : limitation de l’autonomie israélienne dans les opérations à Gaza → autorité américaine de facto

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