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Gaza: là où les enfants meurent de faim

publié le 05/09/2025 par grands-reporters

Dans une ville assiégée et dévastée par la guerre, les hôpitaux débordent d’enfants squelettiques, victimes de la faim et des bombes. La survie de toute une génération est en jeu

Jana, gamine hospitalisée pour malnutrition

Sa mère, Nesma, lui caresse tendrement les cheveux. Mais la fillette, traitée pour malnutrition grave, reste sans réaction. Il y a un peu plus d’un an, l’UNICEF avait réussi à évacuer Jana vers le sud de l’enclave palestinienne pour la sauver de la faim. Le traitement avait fonctionné : elle avait retrouvé ses forces. La famille avait pu rentrer dans le nord de Gaza en début d’année, à la faveur d’un cessez-le-feu. Mais avec la reprise des hostilités, au printemps, et le blocus humanitaire israélien, la faim est revenue. Le mois dernier, la sœur cadette de Jana, âgée de deux ans à peine, est morte de malnutrition. Jana s’est affaiblie de jour en jour, au point de devoir être hospitalisée.

C’est là, entre la vie et la mort, que l’a trouvée la semaine dernière Tess Ingram, porte-parole de l’UNICEF dans la région. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Mme Ingram s’indigne :
« Comment se fait-il qu’une enfant comme Jana doive souffrir deux fois ? Qu’elle doive survivre deux fois à ces horreurs ? C’est inacceptable. C’est une honte pour le monde entier ».

La famine au cœur de la guerre

Invitée au point de presse de l’ONU à New York, la porte-parole a livré un tableau glaçant de la situation dans la ville de Gaza, sous le coup d’une intensification de l’offensive militaire israélienne.La métropole palestinienne, où l’état de famine a été déclaré le 22 août, n’est plus que l’ombre d’elle-même. « C’est une ville de peur, d’exode et de funérailles », affirme Tess Ingram.

Plus de la moitié des centres de nutrition locaux soutenus par l’UNICEF ont cessé de fonctionner. La malnutrition ronge les plus jeunes. Dans les hôpitaux, des enfants squelettiques meurent de faim, d’autres gisent sur des lits, « leurs petits corps déchiquetés » par des éclats d’obus. Des bébés perdent la vue, leurs cheveux et la force de marcher.

« Une heure dans une clinique de nutrition suffit à effacer toute question quant à l’existence d’une famine », insiste la porte-parole, en réponse à certains responsables israéliens qui nient la situation.

Hôpitaux saturés et vies suspendues

Les infrastructures de santé s’effondrent. Cinq hôpitaux sur 11 disposent encore d’unités de soins intensifs néonataux. La quarantaine d’incubateurs fonctionne « à 200 % de leur capacité », contraints d’accueillir deux nouveau-nés par appareil. « Pas moins de 80 bébés luttent pour leur vie dans des machines surpeuplées », indique Tess Ingram, dépendant d’un carburant qui menace de s’épuiser.Dans ce chaos, les drames individuels s’accumulent. Muna, 13 ans, amputée après une frappe qui a tué sa mère et ses deux jeunes frères et sœurs, confie :
« J’ai très mal, mais je ne suis pas triste pour ma jambe. Je suis triste d’avoir perdu ma mère ».

Une aide insuffisante

L’UNICEF continue d’acheminer nourriture, eau potable, biscuits énergétiques et soutien psychologique. Mais l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités. Depuis février, le nombre d’enfants admis pour malnutrition dans la bande de Gaza a explosé : de 2 000 par mois à 13 000 en juillet.Selon l’agence, 500 à 600 camions d’aide seraient nécessaires chaque jour. Or, « l’ONU et ses ONG partenaires doivent s’accommoder en moyenne de 41 camions par jour », rappelle Tess Ingram

La porte-parole exhorte la communauté internationale à agir. L’UNICEF réclame 716 millions de dollars pour sa réponse à Gaza en 2025. Pour l’heure, l’agence a reçu moins de 40 % des financements nécessaires. La nutrition, secteur vital, n’est couverte qu’à 17 %. « La vie des Palestiniens est en train d’être démantelée, régulièrement mais sûrement », martèle Tess Ingram.
« Le coût de l’inaction se mesurera à l’aune de la vie des enfants enterrés dans les décombres – épuisés par la faim et réduits au silence avant même d’avoir eu l’occasion de parler ».


📊 – Gaza en chiffres (juillet 2025)

  • 500 à 600 camions/jour nécessaires pour les besoins humanitaires.
  • 41 camions/jour seulement autorisés en moyenne.
  • 13 000 enfants admis pour malnutrition en juillet (contre 2 000 en février).
  • 716 M$ demandés par l’UNICEF, financements couverts à 40 % seulement.
  • Nutrition : financée à 17 %.

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