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Gaza présidée par Donald Trump : le plan américain est-il crédible ?

publié le 30/09/2025 par Pierre Haski

Oubliée la Riviera et ses tours futuristes, imaginée par Trump, mais le plan en 21 points présenté hier à Washington est-il susceptible de mettre fin à la tragédie qui se déroule depuis bientôt deux ans

Le plan en 21 points présenté hier par Donald Trump après son entretien avec Benyamin Netanyahou est en retrait par rapport au projet franco-saoudien adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Même s’il connait un début d’exécution, il n’ouvre pas la voie à une solution politique.

Voici donc le plan Trump pour Gaza ! Oubliée la Riviera et ses tours futuristes, imaginée par le président américain en début d’année ; mais le plan en 21 points présenté hier à Washington est-il pour autant réaliste et juste ? Est-il susceptible de mettre fin à la tragédie qui se déroule depuis bientôt deux ans dans ce petit territoire – celle des otages israéliens, et celle des deux millions de civils palestiniens ?

Il faudrait être bien optimiste pour le penser, car ce plan est bien en retrait du texte franco-saoudien adopté par l’Assemblée générale de l’ONU ; même si le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a déclaré hier qu’il était « largement inspiré des idées françaises », qui sont en effet mentionnées dans le point 9 du plan américain.

Certes, les 21 points ne correspondent pas non plus à la vision radicale du gouvernement israélien. Mais une phrase inquiétante du président américain, en phase avec Benyamin Netanyahou qui se tenait à ses côtés, laisse entrevoir une issue brutale : si le Hamas rejette ce plan, a-t-il dit, Israël aura « le soutien total des États-Unis » pour poursuivre sa guerre contre ce mouvement.

Quelles sont les chances de voir ce plan mis en œuvre ? Elles me paraissent faibles, car on voit mal quels Palestiniens, et pas seulement le Hamas, accepteront de confier, comme le prévoit le plan, la gestion de la bande de Gaza à une entité présidée par nul autre que … Donald Trump lui-même, et déléguée à l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair. Le retour de l’Autorité palestinienne, qui se voyait attribuer cette fonction dans le plan franco-saoudien, est ici renvoyée aux calendes grecques.

Washington a fait quelques concessions aux dirigeants arabes qui ont rencontré Donald Trump la semaine dernière. Pas d’annexion des territoires palestiniens, comme Israël en brandissait la menace ; pas non plus d’expulsion des Palestiniens, même si l’autorité de transition aura le droit de délivrer des « permis de sortie ».

Mais, concession à Israël cette fois, il n’y a pas de calendrier de sortie de l’armée israélienne de Gaza, alors que le cessez-le-feu négocié en janvier dernier prévoyait une telle échéance.

Donald Trump est-il médiateur ou acteur ? C’est la vraie question. Avec ce plan en 21 points, le président américain se présente en « honest broker », en « honnête courtier » selon l’expression concernée. Mais en sept mois au pouvoir, Donald Trump a donné son feu vert à chaque escalade israélienne : la reprise des attaques à Gaza en mars, la guerre en Iran en juin, l’attaque du Qatar en septembre, même si cette fois c’est allé trop loin.

Tous les acteurs de la région en sont convaincus, Donald Trump pourrait arrêter le conflit s’il le voulait. Ce plan complexe prolonge sans raison cette guerre, c’est exactement ce que veut le premier ministre israélien.

On aimerait croire que ce plan américain accélère la fin de cette crise bientôt dans sa troisième année. Mais il est trop bancal, trop unilatéral pour être vraiment crédible ; et même s’il connait un début d’exécution, il n’a quasiment aucune chance de déboucher sur la solution politique à deux États que promettaient les débats à l’ONU sur la reconnaissance de la Palestine la semaine dernière. C’est le retour à la réalité du rapport de force.


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