“Ghost”. Un groupe de snipers tue des civils désarmés à Gaza
Une enquête menée par des journalistes d’investigation de plusieurs journaux et collectifs jette une lumière crue sur un groupe de francs-tireurs de l’armée israélienne ayant perpétré des exactions à Gaza et tué des civils désarmés
Photo You Tube : des membres de sa famille affirment avoir reconnu Salem Doghmosh, abattu alors qu’il tentait de récupérer le corps de son frère Mohammed.
A Gaza , l’équipe de “Ghost” aurait tué environ 120 Palestiniens, revendique l’un de ses membres
Une enquête accablante, menée durant cinq mois par des journalistes d’investigation du Guardian, Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ), Paper Trail Media, Der Spiegel et la ZDF, jette une lumière crue sur un groupe de francs-tireurs de l’armée israélienne, baptisé “Ghost” (“Fantôme”, en anglais), ayant perpétré des exactions à Gaza et tué des civils désarmés, rapporte le journal britannique.
L’enquête porte notamment sur le meurtre de six Palestiniens, dont quatre membres d’une même famille, abattus en novembre 2023 de sang-froid par ces tireurs embusqués. Des “fantômes” qui ont grandi dans l’Illinois, aux États-Unis, et à Munich, en Allemagne, avant de rejoindre l’armée israélienne.
L’un d’eux, Daniel Raab, ancien joueur de basket-ball à la corpulence massive et originaire de la banlieue de Chicago, avoue ces meurtres “lors d’une interview réalisée dans des circonstances trompeuses par une équipe dirigée par le journaliste palestinien hébréophone Younis Tirawi”, relate le Guardian.
Raab avait reçu la promesse que son témoignage serait anonyme, mais Tirawi a publié des extraits de l’interview en ligne, car selon lui, elle relevait de l’intérêt public, compte tenu de l’ampleur des assassinats de civils.”
“C’était ma première élimination”,
Le journal précise ensuite quelles sont ces “circonstances” : “Raab a été contacté, en hébreu, par quelqu’un qui lui a expliqué qu’il souhaitait écrire au sujet de son groupe [Ghost] et rendre hommage aux soldats [israéliens] tués, explique Tirawi. Raab avait reçu la promesse que son témoignage serait anonyme, mais Tirawi a publié des extraits de l’interview en ligne, car selon lui, elle relevait de l’intérêt public, compte tenu de l’ampleur des assassinats de civils.”
“C’était ma première élimination”, dit Daniel Raab dans cette interview, en commentant les images montrant Salem Doghmosh, 19 ans, s’écrouler à côté de son frère dans une rue du nord de Gaza le 22 novembre 2023, soit un mois et demi après le début de la guerre dans l’enclave palestinienne.
“L’adolescent palestinien semble désarmé lorsqu’il est atteint d’une balle dans la tête
La vidéo de l’assassinat, filmée par un drone israélien – et postée en ligne quelques mois plus tard dans le cadre d’un montage réalisé par le soldat israélien Shalom Gilbert, d’après l’enquête –, ne dure que quelques secondes.
“L’adolescent palestinien semble désarmé lorsqu’il est atteint d’une balle dans la tête […]. Raab reconnaît qu’il le savait. Il affirme avoir tiré sur Salem simplement parce qu’il essayait de récupérer le corps de son frère aîné, Mohammed”, écrivent les journalistes d’investigation, qui ont mené une série d’entretiens et consulté des certificats de décès, des dossiers médicaux et des images géolocalisées.
“Qu’y avait-il de si important dans ce cadavre ? ”
Dans l’interview, postée sur les réseaux sociaux, Daniel Raab explique, non sans cynisme, ne pas comprendre pourquoi Salem Doghmosh s’est précipité sur la dépouille de son frère quelques minutes après sa mort.
“J’ai du mal à comprendre pourquoi il a fait ça […]. Peut-être qu’il était tout simplement idiot […]. Je veux dire, qu’y avait-il de si important dans ce cadavre ?” Après que Salem a été abattu, son père, Montasser, 51 ans, s’est précipité sur les lieux pour tenter de récupérer les corps de ses deux fils, mais il a son tour été mortellement touché par un sniper.
“C’est à ça que servent les snipers”
“Ils n’arrêtaient pas de venir pour essayer de s’emparer de ces corps”, lâche, avec un sarcasme macabre, Daniel Raab, diplômé en biologie de l’université de l’Illinois. “Ils se disent : ‘Oh, je ne pense pas [que je serai abattu] parce que je suis [habillé] en civil et que je ne porte pas d’arme, etc.’, mais ils avaient tort.” “C’est à ça que servent les snipers”, ajoute-t-il, estimant que son “équipe” a abattu près de 120 Palestiniens.
Selon The Guardian, ce récit met en évidence “les pratiques meurtrières des troupes israéliennes, qui ont à maintes reprises pris pour cibles des hommes non armés âgés de 18 à 40 ans à Gaza”. Il renforce les soupçons qui pèsent sur les actions des soldats israéliens à Gaza et appuie surtout les accusations portées par des ONG et des juridictions internationales contre Israël pour sa responsabilité dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Cet article a étté republié par Courrier International
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