Gregory Bovino, la répression policière selon Trump
Il est le chef d’ICE, la police anti-immigrés qui a fait deux morts à Minneapolis. Et incarne le flic selon Trump. Portrait
4 balles pour l’une, dix pour l’autre…
L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) tue. À Minneapolis, la police fédérale de l’immigration et des frontières a abattu deux citoyens américains en moins de trois semaines. Le 7 janvier, Renée Good, une mère de famille de 37 ans, est renversée au volant de sa voiture. Elle a été touchée quatre fois. Le 24, Alex Pretti, un infirmier du même âge, est jeté à terre puis achevé par une dizaine de tirs dont trois dans le dos. Dans les deux cas, avant même toute enquête — dont les autorités locales sont exclues —, avec un cynisme total, l’administration Trump incrimine les victimes. Dans le premier cas, Renée Good aurait essayé de percuter un agent de l’ICE. Dans le second, Alex Pretti aurait été armé et serait venu pour « commettre un massacre ».
Ni l’un ni l’autre n’était connu des services de police et l’infirmier possédait un permis de port d’arme parfaitement légal. Les vidéos prises par des témoins, publiées par des chaînes de télévision et décortiquées dans la presse écrite, infirment les assertions de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, qui salit la mémoire des victimes en essayant d’en faire des criminels avérés. Tous deux sont des citoyens américains blancs, pas immigrés du tout.
Minneapolis en ébullition
Dans la capitale du Minnesota, les manifestations sont permanentes contre l’ICE, dont le maire et le gouverneur réclament à Trump le retrait. La tension, avant le second drame, était à son comble: la police de l’immigration avait arrêté avec son père un enfant de 5 ans. L’image du petit garçon a fait le tour des États-Unis. Cette sorte de milice, qui dépend excessivement des autorités fédérales, agit hors de tout contrôle judiciaire. Elle piétine le droit.
Un dirigeant aux allures de milicien
Il est vrai que celui qui la dirige présente une personnalité inquiétante. Gregory Bovino est un ancien garde-frontière opérant autrefois en Californie, un secteur jugé trop calme à son goût. Il n’a cessé de chercher à faire parler de lui, espérant ainsi gagner du galon. La seconde investiture de Donald Trump va être pour lui une aubaine. Il adhère complètement à l’idéologie MAGA. Avant même la passation de pouvoir, Bovino monte un coup. Ses troupes arrêtent plusieurs dizaines de milliers de travailleurs agricoles. 78 d’entre eux n’ont pas de casier judiciaire. Peu importe, ce sont forcément des criminels selon l’ICE.
Uniforme vert, armes, grenades sur la poitrine, air farouche et provocateur
Vite repéré par l’administration Trump, le garde-frontière veut devenir célèbre. Il opère sans masque contrairement à ses hommes. Tempes rasées, visage buriné surmonté d’une brosse courte, hurlant des ordres, s’agitant en tous sens, le chef des miliciens trumpistes sait se mettre en scène. Les vidéos le montrant en action circulent sur les réseaux. Son allure très militaire — uniforme vert, armes, grenades accrochées au harnais qui entoure sa poitrine, air farouche et menaçant — fait que les opposants l’assimilent rapidement à un nervi nazi. Il est vrai qu’il rafle, arrête, emprisonne et déporte par milliers des immigrés et leurs familles.
Ce « m’as-tu-vu » viriliste ne peut que plaire aux trumpistes, notamment à Tom Hogan, le « tsar des frontières », âme damnée de Trump installé à la Maison-Blanche pour contrôler la politique anti-immigration. En septembre, à Chicago, il dirige une opération conjointe de l’ICE et des gardes-frontières (CBP, Customs and Border Patrol). Elle conduit à des milliers d’arrestations et confirme le statut de Bovino : celui de figure emblématique de la lutte contre les immigrés.
Une présence massive à Minneapolis
Du coup, il est à Minneapolis avec ses troupes, 3 000 agents alors que la police de la ville n’en compte que 600. Au moment de la mort de Renée Good, l’ICE se vante d’avoir effectué dans la ville plus de 10 000 arrestations. Depuis l’automne dernier, Kristi Noem l’a nommé commandant des opérations. À 55 ans, il est au sommet de sa gloire. Il a augmenté de 20 000 individus le nombre des agents d’ICE recrutés dans les clubs de tir ou de sport, sans aucune formation. C’est lui qui a mis au point les tactiques violentes de l’ICE qui prônent d’écarter toute procédure légale, telle celle de disposer d’un mandat pour entrer chez les habitants. Visage de la répression trumpienne, Gregory Bovino assure que ses hommes continueront leur action à Minneapolis. Il nie, bien sûr, toute bavure.
Un État démocrate en ligne de mire
Comme le président, il ne peut que détester cet État démocrate, proche du Canada, dont le gouverneur Tim Walz a été le colistier de Kamala Harris lors de la dernière élection présidentielle, et dont le maire de la capitale, Jacob Frey, a une action proche de la gauche du Parti démocrate. Pire encore, la députée de Minneapolis est une femme noire musulmane, tout comme le procureur de l’État. Aujourd’hui, les provocations de l’ICE ont mis l’État en ébullition, mais pas seulement : des manifestations ont gagné d’autres grandes villes des États-Unis.
Chaos et loi d’exception
Certains se demandent si Donald Trump ne cherche pas à provoquer un chaos qui lui permettrait d’invoquer l’« Insurrection Act », une loi de 1807 instaurant une sorte d’état d’urgence lui permettant de faire intervenir l’armée et de repousser les élections de mi-mandat qui ne lui seraient pas favorables. Une manœuvre parfaitement envisageable de la part d’un président qui cherche à briser la démocratie américaine. Gregory Bovino et sa milice seraient alors l’instrument de cette manœuvre infâme.
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