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Guerre au Yemen: la fin de la rébellion

publié le 03/02/2026 par Régis Poulain

En quelques semaines, l’histoire du Yémen s’est accélérée. Après dix ans de guerre civile et la pire crise humanitaire mondiale , la fin des combats semble proche

Une décennie de guerre, un tournant décisif

Depuis l’intervention militaire conduite par l’Arabie saoudite en 2015, avec le soutien initial des Émirats arabes unis contre les Houthis, les alliances régionales n’ont pas cessé d’évoluer, jusqu’au face‑à-face actuel entre Riyad ( Arabie Saoudite ) et Abou Dhabi (Émirats arabes unis) .

La chute surprise du Conseil de transition du Sud

Le Conseil de transition du Sud (CTS), l’une des nombreuses factions armées contrôlant des pans entiers du territoire yéménite, se pensait bientôt victorieux. Son offensive dans le nord-est du pays avait d’abord été un succès éclatant : deux provinces, autrefois membres du Yémen du Sud, avaient été rapidement conquises. C’était sans compter sur les frappes aériennes du voisin saoudien, qui ont arrêté net leur progression. Ces bombardements ont fâché le sponsor principal et soutien du CTS : les Émirats arabes unis.

Une mise en retrait qui rebat les cartes politiques

Ce bras de fer n’était que le prélude à la chute du CTS. Le 9 janvier 2026, sous la pression conjointe des frappes saoudiennes et d’une offensive terrestre des forces du gouvernement reconnue internationalement, le mouvement séparatiste a annoncé sa mise en retrait et a vu son projet s’effondrer. La chute d’Aden ouvre un nouveau chapitre de la refondation de l’État yéménite : pour la première fois depuis 2015, les rebelles n’ont plus la main.

Le Conseil présidentiel a nommé à la tête du gouvernement le ministre des Affaires étrangères, Shaya Mohsen al-Zindani, un diplomate originaire du Sud, selon des sources gouvernementales. Il devra composer avec l’ensemble des factions qui restent au gouvernement, mais aussi avec la base du CTS : bien que décapité, le mouvement garde de nombreux soutiens dans la population.

Riyad et Abou Dhabi, alliés rivaux

L’Arabie saoudite a pour objectif de restaurer un État yéménite unifié, ou du moins stable, capable de sécuriser ses propres frontières. Vingt mille soldats saoudiens y ont été déployés, symbole de l’importance que Riyad y accorde. À l’inverse, les Émirats arabes unis privilégient une stratégie d’influence maritime : ils cherchent à conserver le contrôle des ports stratégiques et des îles comme Socotra pour dominer les routes commerciales. Cette opposition est plus globale : le martyre des civils soudanais en est un autre exemple.

Riyad soutient le camp d’Abdel Fattah al-Burhan, tandis que les Émirats arabes unis apportent un soutien militaire significatif aux Forces de soutien rapide dirigées par Hemedti. Les États-Unis s’inquiètent de cette montée des tensions, alors que les dossiers d’importance dans la région qui nécessitent la coopération, ou du moins la non-hostilité de ces deux acteurs, sont légion : Gaza, Liban, Soudan, Yémen, Iran…

Une population épuisée par la crise humanitaire

Et pendant ce temps, les civils continuent de souffrir. La province du Hadramout est devenue le théâtre de cet affrontement par procuration. Cette lutte pour le contrôle des ressources pétrolières et des infrastructures se heurte à une population à bout de souffle. Près de 21 millions de Yéménites dépendent aujourd’hui de l’aide internationale pour survivre. Entre l’inflation galopante et le retrait progressif des donateurs, la victoire militaire que chacun appelle de ses vœux ressemble de plus en plus à un désert humanitaire. Riyad soutient à bout de bras la Banque centrale du Yémen pour éviter un effondrement de la monnaie. Si les combats entre factions s’essoufflent, la guerre contre la faim, elle, n’est toujours pas terminée.


Chronologie de la guerre au Yémen 🕐

  • 2011 : Révolution arabe inversée Ali Abdullah Saleh, président de 1990 à 2012 ; Abdrabbuh Mansur Hadi, son vice-président, devient président intérimaire.
  • 2014 : Les Houthis (rebelles zaïdites chiites du nord) prennent Sanaa, déclenchant la guerre civile.
  • Mars 2015 : Intervention de la coalition saoudienne (avec EAU – Émirats arabes unis – initialement) pour soutenir Hadi.
  • 2017 : Rupture croissante entre Arabie saoudite et EAU ; un conflit sudiste émerge avec le CTS (Conseil de transition du Sud).
  • 2022 : Trêve ONU fragile ; les affrontements par procuration s’intensifient (Marib, Hadramout).

Encadré

Bilan humain catastrophique ☠️

La guerre a causé environ 377 000 morts d’ici début 2022 (60% indirects : famine, maladies), selon l’ONU ; le total indirect pourrait atteindre 1,3 million d’ici 2030 si le conflit persiste.Al Jazeera+ 1

En 2026, 21 millions de Yéménites (2/3 de la population) dépendent de l’aide humanitaire, avec risque de famine pour 5 millions et choléra touchant plus d’ un million .cfr+ 2Un bilan humain catastrophique

La guerre a causé environ 377 000 morts d’ici début 2022 (60% indirects : famine, maladies), selon l’ONU ; le total indirect pourrait atteindre 1,3 million d’ici 2030 si le conflit persiste.
En 2026, 21 millions de Yéménites (2/3 de la population) dépendent de l’aide humanitaire, avec risque de famine pour 5 millions et choléra touchant plus d’un million


Dictionnaire: qui est qui

Abdel Fattah al-Burhan : Général soudanais, chef de l’armée soudanaise (Forces armées soudanaises – SAF), soutenu par Riyad dans la guerre civile soudanaise.

Abdrabbuh Mansur Hadi : Président yéménite reconnu internationalement (2012-2022), exilé à Riyad, figure du gouvernement légitime face aux Houthis.

Ali Abdullah Saleh : Président du Yémen (1990-2012), renversé par la révolution arabe de 2011 ; allié puis ennemi des Houthis (tué en 2017).

CTS (Conseil de transition du Sud / Southern Transitional Council) : Faction séparatiste sudiste, soutenue par les Émirats arabes unis, contrôlant Aden et le Sud jusqu’à sa mise en retrait en 2026.

EAU (Émirats arabes unis) : Puissance du Golfe soutenant les séparatistes sudistes (CTS) et les Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan.

Hemedti (Mohamed Hamdan Dagalo) : Chef des Forces de soutien rapide (RSF), milice paramilitaire soudanaise rivale de l’armée, soutenue par les EAU.

Houthis (Ansar Allah) : Rebelles zaïdites chiites du nord-Yémen, contrôlant Sanaa depuis 2014, soutenues par l’Iran.

RSF (Forces de soutien rapide / Rapid Support Forces) : Milice soudanaise dirigée par Hemedti, accusée de crimes de guerre, soutenue militairement par les EAU.

Shaya Mohsen al-Zindani : Ministre yéménite des Affaires étrangères, nommé Premier ministre en janvier 2026, originaire du Sud (selon sources gouvernementales).



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