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Guerre et hiver. Les Ukrainiens à l’âge de glace

publié le 30/01/2026 par grands-reporters

« On est très dépendants de la météo » : survivre sans électricité ni chauffage dans l’hiver ukrainien

Un pays plongé dans le froid et le noir

L’hiver frappe l’Ukraine avec une brutalité particulière. Dans plusieurs régions du pays, les températures descendent jusqu’à –30 °C tandis que les frappes russes continuent de viser les infrastructures énergétiques. Centrales électriques, lignes à haute tension, réseaux de chauffage urbain : ces installations sont devenues des cibles prioritaires. Résultat, des millions de civils vivent au rythme de coupures d’électricité prolongées, parfois pendant plusieurs jours, sans chauffage, sans eau chaude et avec un accès réduit aux services essentiels.

L’hôpital des enfants Odessa sans générateur

À Odessa, l’hôpital pédiatrique symbolise cette lutte quotidienne. Il y a un an, un drone russe a détruit son générateur. Depuis, l’établissement ne survit qu’avec des panneaux solaires et des batteries de secours.
« Avec ces panneaux solaires, on est très dépendants de la météo », explique son directeur, Sergeï Vereshchak. « Quand il fait beau et que les batteries sont entièrement chargées, on peut produire environ quarante kilowatts et faire fonctionner la polyclinique trois à quatre heures. »

Téléconsultations, transferts et médecine dégradée

Mais ces conditions sont rarement réunies en plein hiver. « Quand le black-out dure plus de trois jours, on doit faire autrement : on passe en téléconsultations ou on redirige les patients vers d’autres établissements », poursuit-il. Une situation critique pour un hôpital pour enfants, où chaque interruption d’électricité peut mettre des vies en danger.

Kiev sans chauffage, la survie au quotidien


À Kiev, la situation est tout aussi alarmante. Des centaines de milliers de logements ont été privés de chauffage après des frappes sur les réseaux énergétiques. Dans certains quartiers, l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour. Les habitants s’adaptent comme ils peuvent : une seule pièce chauffée, des bougies pour s’éclairer, des batteries portables pour maintenir un minimum de communication.
Dans les immeubles de grande hauteur, les ascenseurs sont souvent à l’arrêt, piégeant les personnes âgées dans des appartements glacés.

« On tremble dans nos appartements. Le froid pénètre partout. »


« On n’avait pas connu un froid pareil depuis la guerre », confie une habitante de la capitale. Pour les plus vulnérables, la situation devient rapidement insoutenable. Une femme de 91 ans témoigne : « On tremble dans nos appartements. Le froid pénètre partout. ». Le manque d’électricité affecte directement la santé publique. Les hôpitaux signalent une hausse des cas d’hypothermie, d’engelures et de maladies respiratoires, notamment chez les enfants, les personnes âgées et les malades chroniques. Dans certaines zones proches du front, les habitants ne disposent que d’une à deux heures d’électricité par jour, insuffisantes pour se chauffer ou conserver des médicaments sensibles.

Des points de chaleur pour secourir les habitants en danger

Face à cette urgence, les autorités redirigent l’énergie disponible vers les infrastructures dites « critiques » : hôpitaux, stations de pompage de l’eau, centres de télécommunication. Mais ces mesures ne suffisent pas. Des organisations humanitaires ont déployé des générateurs et mis en place des « points de chaleur », où les civils peuvent se réchauffer, recharger leurs téléphones et recevoir des repas chauds.
À Odessa, certains habitants se rendent désormais dans les hôpitaux équipés de générateurs simplement pour échapper au froid.

Un hiver comme une ligne de front

Malgré ces efforts, l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités actuelles. Les coupures répétées, combinées à un froid extrême, transforment l’hiver en épreuve de survie. « Chaque jour sans électricité est un combat contre le froid et l’épuisement », résume un habitant de Kiev.

Alors que les frappes se poursuivent et que les températures restent négatives, les civils ukrainiens affrontent une double violence : celle de la guerre et celle de l’hiver.


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