Guerre : l’oxygène des dictateurs
Triump, le faiseur de paix se révèle faiseur de guerre. L’aspiration historique des dirigeants en difficulté
Il l’avait promis, juré. Plus de guerre. Et des accords de paix à la pelle. Trump prix Nobel de la paix. Les accords ? Huit, dit-il. Ou 16, 32, 64. Avec lui, le réel n’a pas d’importance. Même si l’unique accord signé grâce à lui est celui entre la RDC et le Rwanda. Les deux ou trois autres ne sont que des cessez-le-feu ou des déclarations communes en cours de mise en œuvre.
En revanche, les guerres, oui. Frappes sur le Venezuela avec kidnapping du président ; raids contre les Houthistes au Yémen ; missiles sur la Syrie et, depuis vendredi, bombardements massifs contre l’Iran avec son allié Netanyahou, qui a réalisé enfin son rêve d’entraîner les États-Unis dans une guerre avec son voisin.
Une vraie guerre. Trump a réuni une armada dans le golfe Persique : deux porte-avions, des destroyers, des sous-marins nucléaires. Et des avions dans le ciel avec missiles et drones. Ils ont frappé et tué – notamment Ali Khamenei, le Guide suprême – sur tout le territoire iranien.
Des centaines de bombardements. Une guerre ouverte. Avec une stratégie à la Trump: il frappe de très haut et appelle le peuple iranien, civils désarmés, à se jeter face aux tanks dans les rues pour faire tomber le régime. Armons-nous, frappons et marchez.
Le tout, décoré d’une pompe grotesque propre aux militaires. Deux opérations nommées « Fureur épique » par les Américains et « Lion rugissant » par les Israéliens. Touchant. Les militaires sont de grands enfants dotés de jouets mortels. Quant aux dictateurs, même élus, ils ont toujours eu, historiquement, un net penchant pour la guerre, dès lors qu’ils affrontent des difficultés internes.
En 1935, Mussolini, en mal de remobilisation idéologique, envahit l’Éthiopie au nom d’une « mission civilisatrice ». En 1938, Hitler annexe les Sudètes. En 1939, il envahit la Pologne, toujours au prétexte de défendre les minorités allemandes en danger. En 1962, après l’échec majeur du Grand Bond en avant, Mao Zedong ouvre un conflit frontalier avec l’Inde contre les « provocations » sur l’Himalaya. En 1974, la dictature des colonels en Grèce, fragilisée par la révolte étudiante, provoque un coup d’État à Chypre et l’intervention turque qui aboutit à la partition de l’île, au nom de la « défense de l’hellénisme ».
En Amérique latine, en 1982, la junte argentine, en perte de légitimité et en crise économique, envahit les Malouines, au nom de la « défense de la souveraineté ». Au Moyen-Orient, en 1990, l’Irak de Saddam Hussein, trop armé et en crise financière, envahit le Koweït pour récupérer un territoire « historiquement irakien » et gavé de pétrole.
Dernière en date, la Russie de Vladimir Poutine, face au ralentissement économique et aux protestations internes, annexe la Crimée en 2014 et envahit l’Ukraine en 2022 pour, forcément, protéger les populations russophones menacées par les « nazis ». … Arrêtons-là.
La liste est longue de ces dictateurs invoquant un prétexte pour engager une guerre indispensable, meilleur moyen de faire oublier leurs difficultés intérieures. Pour survivre politiquement, Netanyahou ne cesse d’embraser le Moyen-Orient – une guerre sans fin à Gaza, en Syrie, au Liban, en Iran – avec le prétexte majeur du 7 octobre 2023, histoire de faire oublier qu’il devrait être derrière les barreaux pour corruption.
Quant à Donald Trump, peu lui importe le peuple iranien ou les négociations en cours sur le nucléaire avec l’Iran. À noter que ces négociations visaient à trouver un accord que le Trump du premier mandat avait lui-m^me rayé d’un trait de plume rageur. Mais soudain, voici les mollahs capables d’attaquer Washington ou New York avec leurs missiles balistiques. Le turban noir flotte sur la Maison-Blanche. Il y a donc urgence absolue.
Alors, vive la guerre ! Pour oublier qu’après un an de mandat, Trump accumule les échecs, témoins de sa mégalomanie. Oubliée la brutalité mortelle de la police de l’ICE à Minneapolis. Et l’épisode grotesque du Groenland où il se casse les dents sur un caillou glacé. Et les droits de douane, son arme fatale, annulés par la Cour suprême. Et l’affaire Epstein, où le cercle se resserre autour du nom de Trump. Effacé ! La presse mondiale ne parle plus, pour l’instant, que de raids, de succès, d’ennemis « liquidés » et de peuple « libéré ». Et l’Amérique, en grave danger, mais sauvée in-extrémis, respire, enfin…
Trump le tout-puissant s’essoufflait. Vite, une grande bolée d’oxygène. L’air de la guerre. Recette miracle. Comme tous les dictateurs avant lui, le faiseur de paix s’est mué, de président fol ondulé, en professeur Folamour.