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Haïti : les gangs veulent remplacer l’État

publié le 21/07/2026 par grands-reporters

À Port-au-Prince, les gangs armés ne se contentent plus de contrôler les quartiers populaires : ils s’attaquent désormais aux fonctions mêmes de l’État., tandis qu’une contre-offensive encore fragile tente de stopper leur ascension

De la crise politique à l’attaque contre l’État

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la crise haïtienne a basculé d’un blocage institutionnel vers une remise en cause du pouvoir public lui-même.
L’affaiblissement des institutions, les transitions de courte durée et les querelles de leadership ont laissé un vide que les gangs remplissent en s’imposant comme arbitres de la sécurité, de la circulation et du commerce dans de vastes zones urbaines.

Port-au-Prince sous tutelle des gangs

Dans la capitale, des groupes armés contrôlent désormais la majorité des quartiers, imposent péages et « taxes » sur les routes, filtrent les marchandises et dictent l’accès à la nourriture, au carburant et aux services essentiels.
Cette tutelle s’appuie sur une économie criminelle imbriquée à la vie quotidienne – trafic d’armes et de drogue, enlèvements, racket, contrebande – qui réduit encore la marge de manœuvre d’un État affaibli pour faire respecter la loi.

Quand les gangs recrutent une génération

La montée en puissance des gangs se traduit par un recrutement massif de mineurs, au point que les enfants représentent une part croissante, parfois la moitié, des effectifs armés.
Pauvreté extrême, écoles fermées, familles déplacées ou disloquées créent un vivier où des adolescents sans perspectives sont enrôlés de force, manipulés ou poussés par la nécessité à rejoindre les groupes armés.

La fermeture de nombreux établissements – menacés, occupés ou transformés en refuges improvisés – prive les enfants de l’un des rares espaces de protection hors de l’emprise des gangs.
Chaque sortie du système scolaire ne signifie pas seulement des années d’apprentissage perdues, mais la disparition d’un rempart symbolique contre l’enrôlement et la banalisation de la violence.

Une contre-offensive sécuritaire encore balbutiante

Face à cette emprise, une force multinationale chargée de lutter contre les gangs commence à se déployer dans plusieurs quartiers de l’agglomération de Port-au-Prince, en démantelant barricades, caches d’armes et réseaux de surveillance.
Mais ces opérations, encore limitées, se heurtent à des groupes capables de se disperser, de se recomposer rapidement et d’exercer des représailles, laissant les civils pris en étau entre interventions sécuritaires et menace quotidienne.

En parallèle, un calendrier électoral est esquissé pour tenter de sortir de la transition permanente, avec des scrutins prévus afin de rétablir un pouvoir élu après des années sans élections nationales.
Organiser un vote dans un pays où des groupes armés contrôlent une grande partie de la capitale et de nombreuses routes régionales pose une question centrale : qui pourra réellement voter, et sous quelle autorité seront appliqués les résultats.

Reconquérir une génération avant qu’il ne soit trop tard

Plus les gangs verrouillent l’espace social, économique et territorial d’Haïti, plus la reconquête de l’autorité publique devient une course contre la montre.
La véritable bataille ne se résume plus à reprendre des quartiers ou des routes, mais à empêcher qu’une génération entière, enrôlée et socialisée par les gangs, ne devienne le socle d’un pouvoir parallèle durable.


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