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Haïti : l’État tente de reprendre pied dans la capitale des gangs

publié le 17/03/2026 par grands-reporters

Gangs toujours dominants, mais routes rouvertes, patrouilles renforcées et premières zones reprises font naître une timide lueur d’espoir.

Photo : Le gouvernement haïtien demande depuis plusieurs mois une intervention étrangère armée pour mettre fin à la violence (Photo d’une manifestation dans une rue de Port-au-Prince en octobre). Odelyn Joseph / AP

La libération de territoires préalablement aux mains de gangs, ainsi qu’une présence policière plus « motivée et visible », offrent une « lueur d’espoir » à Haïti, alors que cette nation insulaire des Caraïbes continue de lutter contre la violence, l’insécurité et la pauvreté, a affirmé l’expert des droits de l’homme William O’Neill.

Au moins 1,4 million de personnes résidant principalement dans la capitale, Port-au-Prince, ont été contraintes de fuir leur domicile en raison de la violence des gangs — soit plus de 10 % de la population haïtienne. Selon William O’Neill, chargé de suivre la situation des droits de l’homme dans le pays, il s’agit d’un « niveau sans précédent de déplacements internes ».

Devant la presse à New York, à l’issue d’une mission de dix jours dans le pays, il a déclaré que la « crise des droits de l’homme en cours engendre des souffrances massives pour le peuple haïtien, et tout particulièrement pour les plus vulnérables ».

Une capitale encore sous la coupe des gangs

Au moins 26 gangs contrôlent jusqu’à 90 % de Port-au-Prince ainsi que sa banlieue. Environ la moitié des membres de ces gangs sont des enfants âgés de moins de 18 ans. Ils extorquent violemment les communautés, commettent des viols et procèdent à des enlèvements contre rançon, tout en combattant les forces de sécurité haïtiennes — déjà mises à rude épreuve — pour le contrôle du territoire.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’État haïtien n’exerce plus qu’une autorité limitée. Les gangs contrôlent de nombreux axes routiers, des zones portuaires et des quartiers entiers, paralysant une grande partie de la vie économique et sociale.

Des lignes de front mouvantes

Des milliers de personnes « demeurent piégées dans des zones contrôlées par des gangs ou le long de lignes de front mouvantes », a souligné M. O’Neill, confrontées à ce qu’il a qualifié de « frontières invisibles ».

Pour les jeunes femmes et les filles, ces frontières sont encore plus infranchissables : « Elles subissent des discriminations parce qu’elles sont des filles, parce qu’elles vivent dans des quartiers sous le contrôle des gangs et parce qu’elles sont pauvres. “Je veux juste vivre bien et en sécurité”, m’a confié une jeune fille, “parce que c’est mon pays” ».

Des signes concrets de reprise du terrain

Depuis 2024, une mission multinationale de soutien à la sécurité, dirigée par le Kenya, appuie la police haïtienne pour tenter de reprendre le contrôle de la capitale.Les forces conjointes ont notamment permis de sécuriser l’aéroport international Toussaint-Louverture, infrastructure stratégique longtemps menacée par les gangs. Des patrouilles régulières ont également été rétablies dans certaines zones de la capitale.

Dans plusieurs secteurs, la reprise de certains axes routiers a permis la circulation de convois humanitaires et la réouverture partielle de marchés et de commerces, éléments essentiels pour la vie quotidienne des habitants.Ces opérations restent limitées, mais elles ont permis le retour ponctuel des forces de sécurité dans des quartiers d’où elles avaient disparu depuis des mois.

Une crise humanitaire aggravée

Haïti est confronté à une crise humanitaire qui s’aggrave, exacerbée par la violence persistante et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes — notamment les inondations et les sécheresses — ainsi que par les tremblements de terre. Le pays est également plongé dans une incertitude politique profonde, n’ayant pas eu de président élu depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021. Les autorités de transition espèrent organiser des élections afin de restaurer des institutions stables.

Un moment difficile, mais prometteur

Dans ses fonctions, William O’Neill suit l’évolution de la situation des droits de l’homme et conseille les autorités haïtiennes ainsi que les organisations de la société civile — notamment les groupes de défense des droits des femmes — afin de soutenir les efforts visant à renforcer la protection des droits fondamentaux.

Il a déclaré demeurer « profondément préoccupé par la corruption, l’impunité et la faiblesse des mécanismes de responsabilisation », ajoutant que le pays traversait « un moment difficile, mais prometteur ». « Si nous parvenons à aider Haïti à faire face à l’insécurité, à combattre la corruption et l’impunité, et à protéger les droits de l’homme, alors chacun pourra prospérer », a-t-il affirmé.


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