Hamas contre Netanyahou: une guerre de gangsters
Les 251 otages du 7 octobre 2023 ont été pris deux fois en otage, la première par les terroristes du Hamas, la seconde par le gouvernement de Benjamin Netanyahou
Personne n’a oublié les images de soldats et de civils, hommes, femmes, vieillards, enfants, terrifiés, raflés et poussés par les terroristes du Hamas dans des véhicules vers Gaza. Vivants, blessés ou morts. Comme cette jeune femme dénudée, jetée au fond d’un 4×4, tenue sous les bottes des tueurs comme un cerf au retour de la chasse. Une prise d’otages massive, calculée, planifiée, pour servir de bouclier et de monnaie d’échange en prévision des représailles israéliennes.
La marchandise humaine se révèlera précieuse dès fin novembre 2023 quand le Hamas, en libérant femmes et enfants, obtient la libération de prisonniers palestiniens et une pause des combats. Ce qui n’empêche pas les islamistes d’entretenir la menace et l’espoir à petit feu, en distillant des images des captifs, hommes pâles, amaigris et hagards, coincés comme des rats au fond des tunnels bombardés.
Exactement comme un gang crapuleux qui aurait, si cela s’avérait payant, envoyé un doigt ou une oreille du disparu. En jouant, de plus, sur l’incertitude, donc l’angoisse des familles : qui est vivant, mort ? Qui détient qui ? Où ? Le Hamas, le Djihad islamique ou un autre groupe ? Commence alors le chapelet des libérations par petits groupes, au compte-goutte. En négociant à chaque fois l’avantage, le gain, le message politique.
Un an, deux ans de troc. Quand il n’y a plus de vivants, on négocie les dépouilles des morts. À déterrer, livrer, identifier, réinhumer. À vendre de plus en plus cher, au fur et à mesure que la chair se fait rare. Il faudra attendre la fin janvier 2026 pour que cesse ce « compteur des otages ». Le Hamas a sans doute gagné du temps, mais il a perdu tout crédit, toute dignité, toute valeur, tout le respect qu’on pourrait porter à un quelconque mouvement de résistance.
Le pire s’ajoute au sordide quand c’est le gouvernement israélien qui reprend le chantage à son compte. À sa tête, Netanyahou, et tout autour de lui, l’extrême droite, ultra-nationaliste, radicale, raciste, jusqu’au-boutiste. Pour eux, la guerre est la survie politique. Rayer Gaza et son peuple de la carte. Il faut certes sauver les otages, mais avant tout détruire le Hamas. En agitant l’idée que la victoire militaire fera revenir les otages. Mensonge.
Les actions militaires pour récupérer les captifs échouent ou obtiennent des résultats limités. Et les seules libérations — trêve de novembre 2023, grands échanges de 2025, puis récupération de la dépouille de Ran Gvili — viennent des négociations encadrées par Washington, Doha et Le Caire, souvent obtenues malgré la résistance d’une partie de la coalition au pouvoir à Jérusalem.
Alors la guerre continue et les otages peuvent, parfois doivent, attendre. Priorité officielle aux otages, priorité réelle à la guerre.
Les familles des otages l’ont bien compris, qui accusent le gouvernement d’avoir sacrifié leurs proches à une stratégie de victoire totale, irréaliste. Cette trop longue guerre qui a tué des otages qu’on aurait pu libérer. Sauf que le constat heurte de plein fouet la logique politique de Netanyahou : accepter un accord global sur les otages, c’est reconnaître une forme de fin de conflit et donc ouvrir la voie à un débat sur l’après-guerre. Parler de la gouvernance de Gaza, du rôle de l’Autorité palestinienne et d’un État éventuel ? Jamais ! Ou le plus tard possible.
Pour le retour de la dépouille du dernier otage, Ran Gvili, il faudra que les Américains tapent du poing sur la table pour que — par miracle ! — l’armée israélienne retrouve le lieu où il était enterré. Et son retour sera mis en scène comme un événement, avec un Netanyahou présent aux funérailles nationales, qui n’hésitera pas à le consacrer « héros national », lui qui a tout fait pour retarder le dénouement. La tombe à peine refermée, il s’empressera d’ailleurs d’insister sur la nécessité de poursuivre la démilitarisation de l’enclave et le refus d’un État palestinien.
Hamas ou Netanyahou, les captifs du 7 octobre n’ont jamais servi, tout au long du conflit, que de bouclier militaire ou politique. Arme de terroriste pour le Hamas. Arme de gangster pour un gouvernement cynique, utilisée contre son propre peuple pour survivre, et perpétuer une stratégie de guerre sans horizon.
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