Hong Kong : le démocrate Jimmy Lai condamné, la liberté enterrée
Vingt ans de prison à 78 ans. À Hong Kong, Jimmy Lai derrière les barreaux, la liberté de la presse au tombeau
20 ans de prison pour l’ex-magnat des médias prodémocratie pour « collusion avec l’étranger et publication séditieuse ». Le coup de grâce contre les droits civils à Hong Kong.
La peine prononcée ce lundi à Hong Kong à l’encontre de Jimmy Lai est la plus lourde jamais prononcée au titre de la loi sur la sécurité nationale, imposée en 2020 par la Chine après les manifestations prodémocratie, parfois violentes, qui avaient secoué en 2019 le territoire rétrocédé par le Royaume-Uni en 1997.
Londres a promis d’intervenir « sans délai » en faveur de Jimmy Lai, qui détient un passeport britannique. Pékin a jugé la condamnation « légitime » et a rejeté les ingérences étrangères.
À 78 ans, une vie derrière les barreaux
Son fils Sébastien, inquiet comme tous ses supporters et ses proches pour la santé déclinante de son père, âgé de 78 ans, s’est dit atterré dans un communiqué : « Condamner mon père à cette peine de prison draconienne est dévastateur pour notre famille et met sa vie en danger. Cela marque la destruction totale du système judiciaire de Hong Kong et la fin de la justice. »
Présent dans le box des accusés, Jimmy Lai est resté impassible à la lecture de la condamnation lors d’une audience qui n’aura duré que quelques minutes.
Alors qu’il était emmené, il a salué d’un geste de la main, le visage grave, les personnes présentes dans le public, parmi lesquelles son épouse Teresa et d’anciens journalistes de l’Apple Daily, le journal prodémocratie aujourd’hui fermé, dont il était le fondateur.
Sa femme a quitté sans mot dire le tribunal, autour duquel les autorités avaient déployé des dizaines de policiers, un engin blindé et un véhicule de déminage. L’homme d’affaires, reconnu coupable le 15 décembre, risquait la prison à vie.
Le tribunal a englobé dans les 20 années d’emprisonnement deux années d’une peine déjà prononcée contre lui pour fraude, ce qui devrait signifier qu’il purgera de fait 18 années de plus.
« Rancœur et haine » : le réquisitoire des juges
Le tribunal a également condamné huit coaccusés de Jimmy Lai, dont trois hauts responsables de la rédaction de l’Apple Daily, à 10 ans de prison.
Dans leur jugement de 856 pages prononcé le 15 décembre, les juges avaient écrit que l’ex-magnat avait « nourri sa rancœur et sa haine envers (la Chine) pendant une grande partie de sa vie » et qu’il avait cherché à « renverser le Parti communiste chinois ».
L’accusation présentait aussi M. Lai comme le cerveau de complots visant à des actes hostiles de la part de pays étrangers contre Hong Kong ou la Chine, et à l’instauration de sanctions ou d’un blocus.
Jimmy Lai avait plaidé non coupable. Il dispose désormais de 28 jours pour faire appel, selon son avocat Robert Pang. Ce dernier s’est gardé de dire s’il ferait usage de ce droit.
À l’AFP, qui lui demandait s’il s’attendait à cette peine, l’avocat a répondu : « Je ne sais plus à quoi m’attendre de nos jours. » Jimmy Lai est emprisonné depuis 2020 et est maintenu à l’isolement, « à sa demande » selon les autorités.
Liberté de la presse : « le coup de grâce »
« Cette décision scandaleuse porte le coup de grâce à la liberté de la presse à Hong Kong », a déclaré Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité pour la protection des journalistes, dans un communiqué.
Amnesty International a parlé de « nouvelle date sombre dans la transformation de Hong Kong d’une ville gouvernée par l’État de droit en ville gouvernée par la peur ». La peine « illustre parfaitement le démantèlement systématique des droits qui, autrefois, caractérisaient Hong Kong », a écrit Amnesty.
Les autorités de Hong Kong assurent que le cas de M. Lai n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse ».
« Les crimes de Jimmy Lai sont odieux et extrêmement graves », a assuré le chef de l’exécutif de Hong Kong, John Lee, placé au pouvoir par le biais de Pékin, dans un communiqué.
Londres proteste, Pékin revendique sa justice
La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper a promis d’« intervenir davantage et sans délai » en faveur de Jimmy Lai. « Nous nous tenons aux côtés du peuple de Hong Kong », a-t-elle dit.
Le Royaume-Uni dénonce le caractère « politique » du procès. La condamnation est prononcée alors que Londres s’emploie à réchauffer ses relations avec Pékin après des années de froid. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dit avoir évoqué le dossier lors de sa visite en Chine fin janvier, au cours de ses entretiens avec le président chinois Xi Jinping. Le président américain Donald Trump a également demandé la libération de Jimmy Lai.
La condamnation de Jimmy Lai est « raisonnable, légitime et légale », a dit un porte-parole des Affaires étrangères, Lin Jian. Il a pressé les pays concernés de « respecter la souveraineté de la Chine » et la justice de Hong Kong, et de « s’abstenir de faire des déclarations irresponsables ».
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