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Hongrie : le crépuscule d’Orban ?

publié le 10/04/2026 par grands-reporters

Les Hongrois décident ce dimanche s’ils mettent fin à seize ans de pouvoir de Victor Orban. En face : un parti neuf, un candidat de rupture mais une campagne noyée sous les vidéos deepfakes

Fiction

C’est une fiction générée par IA, diffusée par le camp Fidesz : par une nuit d’orage sur Budapest, Peter Magyar, l’homme qui menace de détrôner Viktor Orbán, décroche son téléphone. Au bout du fil : Ursula von der Leyen, sourire de la traîtrise aux lèvres, réclamante de l’argent pour l’Ukraine. Magyar au texte : « Peter ne peut pas leur dire non. ». Cette séquence résume à elle seule la campagne de 2026 : une bataille qui se gagne autant dans les algorithmes que dans les bureaux de vote.

Un candidat de l’opposition à près de 50 % dans les sondages

Les 7,8 millions d’électeurs hongrois sont appelés à renouveler les 199 membres de l’Assemblée nationale. En jeu : le cinquième mandat consécutif d’Orbán, ou la première alternance depuis saisir ans. Péter Magyar, 43 ans, ancien haut fonctionnaire passé par l’appareil Fidesz avant d’en claquer la porte en 2024, s’est imposé comme le principal challenger. Son parti, Tisza, est une formation neuve à la trajectoire fulgurante : près de 30% aux européennes de juin 2024, meilleur score non-Fidesz depuis 2006. Selon l’agrégateur PolitPro, Tisza recueille en moyenne 49,1% des intentions de vote, contre 40,2% pour le Fidesz-KDNP. Le cabinet Median projette même une majorité des deux niveaux — plus de 133 sièges — qui permettra de réviser la Constitution. Orbán, lui, cite ses propres instituts, proches du gouvernement, qui le créditent de 46 à 50%.

Guerre de l’image

Une guerre de l’image. Des fausses vidéos, Agnès Urbane en voit défiler des dizaines. La directrice de l’observatoire Mertek montre une petite Hongroise attendant son père envoyé en Ukraine — et qui ne reviendra pas. Message subliminal : voter Fidesz, c’est voter pour la sécurité. « Ce qui est vraiment nouveau cette fois-ci, c’est l’utilisation massive de l’IA — et certaines vidéos sont vraiment hallucinantes », dit Agnès Urbane au micro de Louise Bodé, France Inter.  Fait plus surprenant : la coalition démocratique de centre gauche diffusait elle aussi des vidéos trompeuses, de fausses interviews de Hongrois de l’étranger, légèrement désynchronisées mais très réalistes.

Zsófia Fülöp, journaliste de Lakmusz, débusque ces contenus et les campagnes de dénigrement — comme celle mêlant faussement une figure de Tisza à l’affaire Epstein. « La recette : vous créez un faux site, vous y publiez de fausses informations. Ils ont pris une séquence du fichier Epstein, falsifié un email. Mais le dossier étant en open source, j’ai retrouvé l’original. » Elle mène ces enquêtes grâce à des financements européens — exactement celles qu’Orbán veut bannir via son projet de loi sur la « transparence de la vie publique », copie de la loi russe sur les agents de l’étranger.

L’ombre de la Russie de Poutine

La menace sur les médias. « Après le 12 avril, nous nettoierons tout ça » , a lâché Orbán lors d’une réunion. Reporters sans frontières a formellement alerté Bruxelles, qualifiant le texte de « grave tentative de prise de contrôle des médias indépendants ». En saisissant ans, le gouvernement a placé sous son contrôle 80% des médias hongrois ; la Hongrie pointe à la 68e place du classement RSF. Parmi les « journalistes achetés » visés : le directeur de l’hebdomadaire Magyarnarancs , seul média conservateur indépendant, déjà contraint d’imprimer son journal en Slovaquie. En cas de réélection d’Orbán, la rédaction envisage l’exil : « Nous suivons ce qui s’est passé en Biélorussie, en Russie. Nous devons être prêts à nous mettre en mode survie. »

L’enjeu européen

L’enjeu du contrôle dépasse largement les frontières hongroises. Si Magyar l’emporte — et obtient une majorité des deux tiers — la Hongrie pourrait changer de cap sur l’Ukraine, les sanctions contre la Russie et l’État de droit, et débloquer des milliards de fonds européens gelés. Mais le système électoral amplifie structurellement les victoires dans les circonscriptions uninominales, et le Fidesz y dispose de réseaux constitués en saisie ans. Ce examen, jugé « le plus décisif depuis la chute du communisme », dira si un régime bâti sur le contrôle des médias et la désinformation industrielle peut encore être renversé — à bulletin secret, dans l’isoloir.


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