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Hongrie : panique chez les corrompus

publié le 09/05/2026 par Pierre Feydel

A Budapest, les oligarques-escrocs proches d’Orban vident les coffres et affrètent des jets privés… Péter Magyar promet de leur faire rendre gorge

Les oligarques fuient le navire

Il y avait bien quelque chose de pourri dans le royaume de Viktor Orbán. La corruption a complètement gangrené les instances politiques, économiques et médiatiques de la Hongrie. Depuis la défaite, le 12 avril, du Premier ministre Viktor Orbán, leader du parti d’extrême droite Fidesz, et la nomination de Péter Magyar à sa place, les profiteurs de l’ancien régime illibéral s’affolent. Déjà avant même le vote, alors que les sondages donnaient Orbán battu, ils avaient commencé à faire sortir leur argent de Hongrie. Le phénomène s’est accéléré avec la volonté affirmée publiquement du nouveau chef de gouvernement de faire rendre gorge à tous ceux qui ont « volé » l’État.

Le nouveau Premier ministre a affirmé que des oligarques proches d’Orbán ont transféré des dizaines de milliards de forints (un milliard de forints = 2,8 millions d’euros) vers les Émirats arabes unis, l’Uruguay, les États-Unis, entre autres. Le procureur général, la police et les autorités fiscales sont priés instamment de stopper ces transferts et d’arrêter leurs auteurs.

Les treize barons du système Orbán

Du coup, un début de panique gagne. Des médias révèlent que des jets privés sont affrétés pour acheminer argent liquide, objets de valeur hors de Hongrie et familles entières. Antal Rogán, ex-ministre chargé de la Propagande et des Services secrets, serait impliqué dans ces transferts. Il se préparerait comme d’autres à quitter la Hongrie vers des pays n’ayant pas d’accord d’extradition avec Budapest tels, justement, les Émirats ou encore la Russie, le Maroc, le Vietnam, etc. La fille d’Orban et son époux, un important homems d’affaire, ont déjà emménagée à New York. pour se mettre sous la protection des MAGA.

Sauf que Péter Magyar a déjà chargé une nouvelle Autorité de recouvrement des fonds et une commission d’enquête de surveiller les faits et gestes de cette bande de profiteurs. Dans le collimateur, une équipe de dignitaires « orbaniens ». On y retrouve Lőrinc Mészáros, ami d’enfance d’Orbán, devenu l’homme le plus riche de Hongrie à la tête d’un conglomérat qui regroupe des activités dans le BTP, l’énergie, la banque et les médias. Son groupe est gavé de contrats publics financés par des fonds européens. En 2018, il a capté un quart de la commande publique hongroise.

Bruxelles a payé

Quant à István Tiborcz, gendre de Viktor Orbán, il est accusé par l’Office européen de lutte anti-fraude d’avoir organisé la vente de lampadaires à des centaines de communes via des appels d’offres biaisés. Résultat, ses entreprises ont profité de centaines de millions d’euros de contrats publics, là aussi financés par l’Union européenne. Le Corruption Research Center de Budapest et des médias ont repéré au moins treize grands oligarques qui auraient bénéficié de 3,2 à 5,5 milliards d’euros de contrats publics. Dans la plupart des cas, c’est Bruxelles qui a payé.

Le noyau dur de la corruption

Parmi eux, Rogán, Mészáros et Tiborcz déjà nommés, mais aussi István Garancsi, propriétaire du club de football Videoton FC, de Mobil Adat Company qui commercialise la carte SIM nécessaire aux connexions avec les services fiscaux, de l’entreprise de BTP Market Építő ou d’Esma, société de publicité. Gyula Balásy est, lui, le patron du plus grand groupe de communication, aujourd’hui en pleine repentance. En larmes, il s’est dit prêt à « donner » toutes ses entreprises à l’État. On pourrait citer bien d’autres copains et coquins de ce noyau dur de la corruption hongroise.

Une machine de racket d’État

Le système bien rodé consistait à présenter des appels d’offres à des prix plus élevés, mais sans concurrence dans ce cercle où la surfacturation était systématique. Grâce à la connexion entre l’appareil d’État et la manne européenne, un groupe de patrons surpuissants était favorisé et évinçait de l’économie hongroise les anciennes élites libérales. Aujourd’hui, cette machine bien huilée de racket d’État s’effondre. Les Hongrois en ont eu assez de la corruption, contre laquelle s’est faite largement la campagne de Péter Magyar.

La mue de Péter Magyar

Il est vrai que l’avocat sait de quoi il parle. Autrefois fonctionnaire des Affaires étrangères, petit-neveu d’un ancien président de la République, élevé dans une famille influente de juristes, il a été membre du parti de Viktor Orbán. En 2024, il s’élève contre la grâce accordée par la présidente de la République Katalin Novák à Endre Kónya, directeur adjoint d’un foyer pour enfants, qui a contraint certains d’entre eux à dissimuler les abus sexuels commis par le directeur du foyer.

Le scandale est énorme. Les Hongrois manifestent en masse. L’ex-épouse de Magyar, ex-ministre de la Justice, qui a contresigné la grâce, toujours députée, renonce à la vie publique. À son tour, Péter Magyar démissionne de ses fonctions dans un certain nombre d’entreprises publiques et accorde des interviews à plusieurs grands médias. Il forge ainsi sa stature anti-corruption lorsqu’il révèle, entre autres, qu’à la tête de l’organisme de prêts étudiants, il a dû favoriser les appels d’offres de proches d’Orbán.

Ces « quelques familles qui possèdent la moitié du pays »

Dans le premier de ses entretiens, il affirme que « quelques familles possèdent la moitié du pays ». La séquence sera vue deux millions de fois en 2024. Sa carrière politique est lancée. La corruption de Viktor Orbán et de ses proches a garanti son succès, au moins autant sinon plus que ses convictions de conservateur libéral pro-européen.


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