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Hongrie. Violences, silence d’État, colère populaire. Plus de 50 000 manifestants exigent la démission de Viktor Orban

publié le 14/12/2025 par grands-reporters

A Budapest, un scandale de maltraitances dans des institutions pour mineurs fragilise le pouvoir de Viktor Orban à l’approche des législatives

Plus de 50 000 personnes ont manifesté samedi 13 décembre à Budapest pour exiger la démission du Premier ministre Viktor Orban, après la révélation de graves maltraitances dans des institutions publiques chargées de l’aide sociale à l’enfance. Le mouvement, d’une ampleur rare ces dernières années, marque une nouvelle étape dans l’érosion de l’autorité morale d’un pouvoir déjà fragilisé à l’approche des élections législatives du printemps 2026.

Une mobilisation exceptionnelle dans un pays verrouillé

Dans un pays où les grandes manifestations antigouvernementales sont devenues plus rares depuis la consolidation autoritaire du régime Orban, la mobilisation de samedi a frappé par son ampleur. Rassemblés au centre de Budapest, les manifestants ont dénoncé « l’impunité », « le mensonge d’État » et « l’abandon des enfants les plus vulnérables », scandant des slogans appelant au départ du Premier ministre.

À l’origine de la mobilisation, la diffusion cette semaine d’images de vidéosurveillance montrant le directeur d’un centre de détention pour mineurs donner un coup de pied dans la tête d’un garçon placé sous sa responsabilité. Ces images ont suscité une onde de choc dans l’opinion publique hongroise, déjà ébranlée par une série de scandales touchant le système de protection de l’enfance.

Des maltraitances documentées de longue date

Selon Peter Magyar, principal opposant au Premier ministre et figure montante de la scène politique, ces violences ne relèvent pas d’un cas isolé mais d’un dysfonctionnement structurel. L’ancien proche du pouvoir, aujourd’hui donné en tête des sondages, a rendu public vendredi un rapport officiel de 2021 resté jusque-là confidentiel.

Ce document établit que plus de 20 % des enfants placés dans des institutions publiques hongroises ont été victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Le rapport pointe également des carences chroniques en personnel qualifié, un manque de contrôles indépendants et une culture du silence au sein de l’administration.

Le centre de la rue Szőlő, symbole d’un système défaillant

La manifestation de samedi a été déclenchée par de nouvelles révélations concernant le centre de détention pour mineurs de la rue Szőlő, à Budapest, déjà connu pour des affaires antérieures. Quatre membres du personnel, dont le directeur récemment démissionnaire, ont été placés en garde à vue après la diffusion des images de violences.

Trois autres employés avaient été arrêtés précédemment, parmi lesquels un ancien directeur accusé d’avoir dirigé un réseau de prostitution impliquant des mineurs. Cette accumulation de faits criminels au sein d’un même établissement a renforcé l’idée d’un effondrement du contrôle de l’État sur des structures pourtant placées sous son autorité directe.

Une réponse sécuritaire du gouvernement

Face au scandale, le gouvernement a annoncé le placement de l’ensemble des centres de détention pour mineurs sous supervision policière. Une mesure présentée comme provisoire, mais critiquée par les ONG de défense des droits de l’enfant, qui y voient une réponse avant tout sécuritaire, sans réforme de fond.

Vendredi, Viktor Orban a tenté de circonscrire la polémique en affirmant que le centre de la rue Szőlő était « une institution particulière accueillant des mineurs délinquants ayant commis des crimes ». Reconnaissant néanmoins la gravité des faits, il a déclaré que le surveillant incriminé « a commis un crime » et que « même un jeune délinquant ne doit jamais être traité de cette manière ».

Un enjeu politique majeur à l’approche des élections

Au-delà du scandale judiciaire, l’affaire prend une dimension politique majeure. Elle touche un angle mort du discours officiel du Fidesz, qui se présente depuis des années comme le défenseur des valeurs familiales et de la protection de l’enfance, tout en menant une croisade idéologique contre les ONG, les médias indépendants et les institutions européennes.

Pour l’opposition, cette contradiction est devenue intenable. « Un État qui prétend protéger les enfants mais ferme les yeux sur leur maltraitance a perdu toute légitimité morale », a lancé Peter Magyar devant la foule. Reste à savoir si cette colère populaire, rare par son intensité, se traduira dans les urnes au printemps prochain.


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