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Intervention au Venezuela: le camp MAGA se déchire

publié le 06/01/2026 par grands-reporters

Certains partisans de Trump et élus républicains se demandent comment l’opération militaire au Venezuela s’accorde avec les promesses de la Maison-Blanche d’éviter l’aventurisme militaire à l’étranger

Au début était l’ « America First »

Le président Trump a réussi à prendre l’ascendant sur le Parti républicain “grâce à un programme anti-interventionniste baptisé ‘America First’ [‘l’Amérique d’abord’], qui rompait avec la politique étrangère du Parti républicain de l’ère Bush”, celle qui avait conduit à l’époque les États-Unis à s’embourber sur divers fronts à l’étranger, rappelle The New York Times.

Menace de fracture?

Aujourd’hui, la décision de Trump de recourir à l’armée américaine pour destituer le président vénézuélien, Nicolás Maduro, ainsi que la vague déclaration du locataire de la Maison-Blanche selon laquelle les États-Unis continueraient à “diriger” le Venezuela “menacent de créer une nouvelle fracture au sein du mouvement politique Maga”, souligne le quotidien new-yorkais, en référence au slogan de Trump “Make America great again” (“Rendre sa grandeur à l’Amérique”).

Certains républicains se demandent en effet comment une telle opération “s’accorde avec les promesses électorales faites par Donald Trump de ne pas s’engager dans des opérations de changement de régime à l’étranger ou de ne pas déclencher de nouvelles guerres”.

Opération « Détermination absolue »

L’opération Absolute Resolve (“Détermination absolue”) du 3 janvier a “été saluée comme une victoire par de nombreux républicains”, à l’instar du représentant de Californie Kevin Kiley qui a jugé qu’elle était tout à fait “conforme à une politique étrangère qui vise avant tout à protéger les intérêts des États-Unis”. Mais elle fait aussi grincer des dents dans le camp Maga.

Une volée de critiques

Elle a notamment suscité une volée de critiques de la part “de jeunes influenceurs et podcasteurs de droite qui exercent une influence considérable sur la base du mouvement Maga et qui ont forgé leur éducation politique en suivant les guerres prolongées en Irak et en Afghanistan sous les administrations Bush et Obama”. En outre, dans son podcast War Room, Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump pendant son premier mandat, a certes salué la manière dont l’opération militaire américaine avait été menée à Caracas, mais il ne s’est pas privé de se demander si cela ne finirait pas par “rappeler le fiasco en Irak sous George W. Bush”.

Une opération qui ne sert pas l’Amérique mais les intérêts des grands pétroliers

Parmi les réactions les plus hostiles à l’intervention militaire américaine à Caracas figure celle de la représentante républicaine de Géorgie Marjorie Taylor Greene, rapporte de son côté le quotidien USA Today. Déjà brouillée avec le locataire de la Maison-Blanche, à propos notamment de l’affaire Epstein, Marjorie Taylor Greene, qui démissionne ce 5 janvier de son siège au Congrès de Washington, a déclaré ce week-end à l’émission Meet the Press qu’elle avait l’impression d’assister “au même scénario à Washington dont nous sommes tellement las et qui ne sert pas les intérêts du peuple américain mais plutôt ceux des grandes entreprises, des banques et des dirigeants du secteur pétrolier”. Et la représentante démissionnaire d’enfoncer le clou en expliquant que, selon sa logique, “l’Amérique d’abord devrait strictement servir les intérêts du peuple américain”.

Les “impulsions jacksoniennes” du mouvement Maga

Reste que les réactions hostiles dans le camp Maga auraient pu être bien plus véhémentes, souligne pour sa part le site Unherd. Dans l’ensemble, la faible bronca liée à l’intervention militaire au Venezuela “n’a rien à voir avec l’explosion de dissidence Maga qui avait suivi la décision de Donald Trump de se joindre à la guerre de douze jours menée par Israël contre l’Iran en juin dernier”, note le site.

Le Venezuela plus proche que l’Iran

Et ce pour trois raisons principales, estime Sohrab Ahmari, qui dirige l’édition d’Unherd aux États-Unis. D’abord, le Venezuela “est bien plus proche du territoire américain que l’Iran”. Ensuite, argue ce journaliste conservateur, “ce pays d’Amérique latine est lié à deux des grandes crises” auxquelles sont confrontés les États-Unis : la “crise de la drogue et celle de l’immigration”.

Enfin, conclut-il, le fait que les États-Unis cherchent à limiter l’influence géopolitique étrangère dans leur hémisphère n’est pas une chose nouvelle : il remonte au début du XIXe siècle et au président Andrew Jackson. Pour Unherd, la récente opération éclair menée au Venezuela vient ainsi “flatter les impulsions jacksoniennes qui existent au sein du mouvement Maga”

Cet article a été traduit, traité et publié dans Courrier international


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