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Iran, Irak, Syrie, Budapest, Cuba…Quand la cavalerie américaine n’arrive pas

publié le 24/01/2026 par Pierre Feydel

Donald Trump a inventé un nouveau genre hollywoodien : le western qui finit mal. Celui où la cavalerie n’arrive jamais ou pire, trop tard, lorsque le massacre est consommé

« L’aide est en route« 

Le président des États-Unis a vivement encouragé la révolte iranienne. Il a poussé dans la rue un peuple qui affrontait à mains nues des forces de répression armées, qui tiraient à vue. Le 13 janvier, il annonce à la rébellion qui a gagné tout le pays que « l’aide est en route ». Ces millions de manifestants se sont d’abord mobilisés contre la situation économique désastreuse. Mais très vite, ils ont tourné leur colère contre les mollahs et leur police. La foule conspue le Guide suprême aux cris de « Mort au dictateur ». Le pouvoir islamiste enferme l’insurrection dans le pays. Toutes les communications avec l’extérieur sont coupées.

Le pouvoir peut tuer sans témoin ou presque… Les hôpitaux, les morgues débordent de cadavres. Au moins 3 500 morts, peut-être 20 000. Et Trump fait volte-face. Il assure que les mollahs ont renoncé à pendre les opposants arrêtés grâce à la menace d’une intervention. Rien n’est moins sûr. Mais le président des États-Unis en profite pour reporter toute opération militaire.

Trump recule, la répression écrase

Que s’est-il passé ? Plus question de bombarder les casernes des Gardiens de la Révolution, de chercher à éliminer Ali Khamenei. Vaincus par la violence de la répression, les manifestants rentrent chez eux pleurer leurs morts. Le chef de l’État iranien, tout en reconnaissant des milliers de victimes de l’insurrection, a beau jeu d’accuser Donald Trump d’avoir provoqué ce désastre en encourageant la révolte et en lui promettant une aide décisive. Le président des États-Unis ne manifeste aucun regret. Il est déjà passé à autre chose. Ce n’est pas la première fois que les Américains abandonnent une rébellion qu’ils ont fomentée, ou des alliés qu’ils ont sollicités.

1956, Budapest : l’Amérique promet, puis s’efface

En 1956, les insurgés hongrois. Radio Free Europe est créée en 1950 par les États-Unis. Elle émet depuis Munich dans cinq pays d’Europe de l’Est sous domination soviétique. Malgré les brouillages des autorités communistes, l’audience est forte. Ce média est financé par la CIA, l’agence de renseignement américaine.

En octobre 1956, une manifestation d’étudiants dégénère à Budapest. La police politique, l’ÁVH, leur tire dessus. La révolte s’étend à toute vitesse. Des conseils improvisés réclament partout des réformes politiques. Les symboles communistes sont arrachés des édifices publics. Le gouvernement fuit. Un autre le remplace, qui promet de se retirer du Pacte de Varsovie, qui lie militairement la Hongrie à l’URSS, promet des élections libres. Les troupes soviétiques se retirent. Un calme précaire s’installe.

 « Le soutien des États-Unis est de même nature que le soutien qu’offre la corde au pendu » Nikita Khrouchtchev.

Début novembre, l’Armée rouge envahit le pays. Les Hongrois se battent quelques jours. Radio Free Europe ne cesse d’encourager les insurgés. Les programmes en langue hongroise donnent des conseils tactiques. Les journalistes de la radio américaine qui ne sont pas sur place répercutent les informations des radios hongroises locales. La plupart croient à une intervention des forces de l’OTAN. Les États-Unis vont intervenir. À Washington, la question est posée. Allen Dulles, le directeur de la CIA, attend la décision du président Ike Eisenhower, qui décide de ne pas bouger.

L’insurrection est écrasée. 2 500 Hongrois sont tués par les Soviétiques, qui perdent 700 soldats. 200 000 Hongrois s’exilent et franchissent la frontière autrichienne. La répression va durer plusieurs mois. Commentaire de Nikita Khrouchtchev : « Le soutien des États-Unis est de même nature que le soutien qu’offre la corde au pendu. » Frank Wisner, vieux compagnon de Dulles depuis la création de l’OSS, ancêtre de la CIA, directeur de la programmation de l’agence, très partisan de l’intervention, est désespéré. Il a la haute main sur les réseaux, il sait que ses agents en Hongrie, qui ont soutenu activement la rébellion et qui, à cette occasion, se sont découverts, vont être décimés. Très culpabilisé, atteint d’une profonde dépression, il quitte l’agence. Il mettra fin à ses jours en 1962.

Cuba, la Baie des Cochons : l’opération sabordée

Ce n’est pas la seule affaire où les États-Unis vont laisser tomber ceux qu’ils ont parfois poussés au combat. L’opération « Pluto » est, à cet égard, exemplaire. Elle a été mise au point sous la présidence de Ike Eisenhower. Son successeur, Jack Kennedy, va décider de la mettre en œuvre.

Le plan est rebaptisé « Opération Zapata ». Il s’agit de débarquer les exilés anticastristes de la brigade 2506, formés et entraînés par les États-Unis, sur les côtes de Cuba pour provoquer le renversement du « Líder Máximo ». Mais Kennedy ne veut pas que les Américains aient l’air d’être impliqués. Pas de largage de bataillons parachutistes, huit bombardiers B-26 au lieu de seize, une seule vague de bombardements. L’aide américaine est réduite. Le 17 avril 1961, les anticastristes débarquent. Sans soutien aérien ou naval, ils sont cloués sur la plage. Leur commandant réclame désespérément des renforts qui ne viendront pas. Castro fait 1 100 prisonniers, qu’il libérera plus tard contre des tracteurs. La pusillanimité de Kennedy a été fatale.

1991, l’Irak : Bush s’arrête, Saddam massacre

Dans d’autres moments, le retrait américain a provoqué beaucoup plus de victimes. En 1991, la coalition sous mandat de l’ONU vient de vaincre l’Irak, qui avait envahi le Koweït. Le président Bush, premier du nom, le père de George W., encourage les Kurdes au nord et les chiites ud sud à se soulever mais il vetr pas aller jusqu’à Bagdad et renverser Saddam Hussein. Il ne fera pas ce plaisir aux Iraniens. Le président se soucie des équilibres régionaux.

Le pouvoir du dictateur irakien est affaibli par cette défaite, son armée sérieusement affaiblie. Dans le Sud, la région de Bassora, les chiites se révoltent. Les Kurdes dans le Nord en font autant. Saddam Hussein a regroupé ses forces. Les rébellions sont écrasées. Les États-Unis abattent deux avions irakiens, mais ils laissent s’accomplir le bombardement des insurgés au napalm, au phosphore, aux armes chimiques. La CIA chiffre à 50 000 le nombre des morts, dont 15 000 pour la seule région de Bassora. D’autres estimations vont beaucoup plus loin, jusqu’à des centaines de milliers. Un million de réfugiés se regroupent dans les marais du Sud. Des centaines de milliers de Kurdes s’enfuient vers la Turquie.

La promesse américaine, une histoire de trahisons

Les États-Unis finissent presque toujours par trahir ceux qu’ils prétendent aider dans leur lutte pour la liberté. Même sous Obama, l’Amérique a renoncé à punir la Syrie de Bachar el-Assad qui avait franchi la « ligne rouge » tracée l’utilisation des gaz contre sa population rebelle. Le temps des deux guerres mondiales est bien fini, celui où, en 1917, les « Sammies » du général Pershing débarquaient en France précédés du slogan « Lafayette, nous voilà ! » Les États-Unis ont souvent rompu leurs promesses. Sous Trump, en s’en prenant à l’Europe, ils trahissent cette fois leur propre histoire.


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