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Iran : le silence des agneaux

publié le 10/02/2026 par Jean-Paul Mari

Le rideau de plomb est retombé. Les Iraniens ont crû aux promesses de Trump, au retour d’un Shah fantomatique, à la chute des Mollahs. Aujourd’hui, prison, torture et potence se joue à huis-clos

Voilà. Le rideau de plomb est retombé sur le peuple iranien. Après des manifestations qui ont duré près de trois semaines et ont culminé avec deux jours d’émeutes, les 8 et 9 janvier, quand le pouvoir a ouvert le feu à l’arme lourde. Le bilan est impressionnant. On a parlé de 30 000 morts – chiffre irréaliste en deux jours, mais une ONG iranienne de défense des droits humains (HRAI) a recensé 5 800 cas confirmés. Et 17 000 autres sont en cours de vérification. Morts ou disparus.

Aujourd’hui, le couvre-feu nocturne est instauré. Les forces de répression marchent en armes dans la rue. Les milices font pression sur les hôpitaux et les soignants, sommés d’identifier les « rebelles » blessés. Médecins et infirmiers ont été arrêtés. Des perquisitions saisissent données, registres, caméras. Tout ce qui permet d’arrêter encore plus de monde. En tout, 41 000 personnes auraient été interpellées, dont 18 000 toujours détenues. Ce n’est plus une répression : c’est une revanche, une vengeance, une purge. Implacable.

« Détenues » ? En Iran, cela signifie, pour chaque manifestant arrêté, homme ou femme : privation de sommeil, isolement, torture, viol, sévices sexuels. Avec, à la clé, des « aveux » filmés, sous peine de voir sa famille menacée. La « détention » est un enfer. Au bout du chemin : de longues années de prison, ou pire, l’ombre de la peine de mort. Le pouvoir judiciaire a ordonné d’être « sans indulgence » pour des chefs d’inculpation aux sonorités médiévales : « guerre contre Dieu », « corruption sur terre », et l’inévitable « atteinte à la sécurité ».

Déjà, ces dernières années, les exécutions ont explosé. Ici, on pend. Haut et court. Amnesty affirme que 1 000 personnes ont été exécutées à fin septembre 2025. Davantage que les 972 de l’année 2024. Une ONG iranienne en a recensé 1 500 pour l’ensemble de l’année 2025.

Le pouvoir tire à hauteur des yeux. Il torture sauvagement. Il pourchasse les blessés. Et il met à mort au bout d’une corde. Voilà ce que les Iraniens ont oublié lorsqu’ils sont descendus dans la rue en famille.

Le président de l’Amérique avait promis de venir les aider. Ils ont scandé – faute d’une opposition capable de s’unir – le nom du fils du Shah, faux-nez d’une nouvelle révolution, parti avec l’argent de l’Iran pour s’installer dans une résidence dorée du Maryland. Ils croyaient que tout était possible : l’intervention américaine, l’arrivée du sauveur, la chute du régime des mollahs, la fin du cauchemar.

Ils avaient oublié qui ils avaient en face d’eux : un régime religieux fanatique. Les Gardiens de la révolution, qui contrôlent 20 à 40 % de l’économie, la surveillance, la répression, le renseignement. La milice paramilitaire des Bassidji, forte de 600 000 à 900 000 hommes, chargée de réprimer les dissidents, d’imposer la morale publique, d’infiltrer la société. Et le Farraja, police placée sous le contrôle du Guide suprême, garante de la sécurité quotidienne, collaborant avec les Bassidji pour les opérations antiterroristes.Tous ont tout à perdre.

Trump allait-il tout balayer ? Il a suffi que le pouvoir annonce la suspension de « 800 » condamnations à mort – chiffre sorti de nulle part, façon promo bidon de Black Friday – pour que l’ogre américain estime que le régime avait cédé. Trump, bien plus occupé par le pétrole et par un nouvel accord nucléaire – celui qu’il avait lui-même pulvérisé lors de son premier mandat – que par le sort du peuple iranien, dont il se fiche totalement.


Oui, les Iraniens ont oublié la menace. Et l’insoutenable légèreté morale de Trump. Aujourd’hui, tous les spécialistes le disent : nous savons finalement très peu de choses sur la réalité de l’enfer iranien. Une chose, en revanche, est certaine. Le rideau est retombé. Sur le silence des agneaux qu’on égorge.


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